Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Koudkongn de Raymond Mollard
22 janvier 2007

Il y a ceux qui jouent avec leur pelle en plastique sur le sable chaud du lagon, et construisent, entre deux vagues, les murs d’éphémères châteaux que la prochaine vague emportera vers le large...
Il y a ceux qui ne construisent jamais rien, qui regardent la mer comme les vaches regardent le train, qui doutent même que l’horizon existe puisque quand ils avancent, il recule, et comment veux-tu comment veux-tu qu’on ne m’adule...
Il y a les purs et durs, qui se sont embarqués une fois pour toutes sur la “Jamais Contente”, qui cinglent vent arrière, battus par les Quarantièmes Impuissants, vers le Cap des Frustrations, où après naufrage ils brûleront leur épave avant d’exiger un rapatriement immédiat, au nom bien sûr de la Continuité Territoriale, vers la terre ancestrale d’où les marchands d’illusions auront commis la faute de ne pas les empêcher de se déraciner eux-mêmes...
Il y a les intégristes de la démocratie, qui ne regardent ni la terre, ni la mer, ni le vent ni la lumière, ni le passé ni l’avenir, et qui s’enfoncent dans la contemplation extatique de leur nombril, aussi rond que leur parti politique et que ce cadran d’horloge où leur militantisme exigeant les astreint, tout en écoutant pousser leurs cheveux, à observer 24 heures sur 24 la transformation du temps en éternité...
Il y a ceux qui ont des yeux et qui ne voient goutte, qui ont des oreilles et qui n’entendent que dalle, qui parlent la bouche ouverte une langue qu’ils sont les seuls à comprendre, qui nient, qui dénient, qui contestent, qui râlent, qui bavent, qui se convulsent sur leur matelas de certitudes après avoir, dans cette posture qui se veut la marque authentique des révolutionnaires, abondamment uriné en cercle pour marquer l’inviolable pourtour de leurs avantages acquis...
Et puis il y a ceux dont le regard, par-dessus le marigot des médiocrités quotidiennes, se porte vers le soleil levant plutôt que vers le couchant. Qui cherchent à déchiffrer les “nouveaux orients” d’où émergeront nos lendemains communs, qui repèrent les écueils, tracent la route, préparent le voyage, négocient les escales, remplissent les cales.
Nous en sommes là. Le navire est prêt, l’équipage a fait son choix. La traversée sera longue, mais tout ce qui peut permettre de tenir le cap, voire de raccourcir la route, a été pesé, choisi, négocié, entreposé dans nos cales. La destination, ce n’est pas seulement la construction d’une route, d’un tram-train ou de quoi que ce soit de spectaculaire ou de gigantesque dont pourra s’enorgueillir, comme un nouveau Jason sur sa nef Argo, quelque capitaine courageux. La destination, ce n’est même pas de laisser un nom d’homme ou de parti dans les archives de l’Histoire.
La destination, c’est seulement de débarquer tous, un million et peut-être plus, sains et saufs, solidaires, enthousiastes, ouverts à notre environnement proche et lointain, prêts à forger sans faillir notre avenir commun, sur une Réunion mieux équipée, mieux structurée, mieux organisée pour construire, pour se construire, pour aller de l’avant. Il y faudra sans doute, et nous devrons les faire, bien des efforts encore. Raison de plus pour larguer les amarres, et prendre le grand large.
Sans tarder, et tous ensemble.
Nos peines
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