Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
2 mai 2008

Les contes de fées commencent toujours par « Il était une fois » et la fin est toujours heureuse pour les gentils. Les histoires vraies ne se déroulent pas de la même façon et sont moins agréables à raconter.
Il y a quelque temps, nous (membres de l’association Grain d’sel) avons fait la connaissance d’une vieille dame qui habite au fond d’une impasse rue Fréjaville, juste à côté des belles maisons tamponnaises que tout le monde nous envie. Elle, ça tiendrait plutôt du garage aménagé, sa demeure, le soleil n’y pénètre pas beaucoup et la propriétaire se borne à encaisser le loyer qui paraît exagéré vu l’état des lieux.
Et pourtant, "mémé" ne voulait pas aller ailleurs, elle se débrouillait, et si quelqu’un lui faisait de temps en temps les courses, elle vivait modestement avec sa télé pour compagne. Seulement, à 87 ans, la santé est fragile, et en décembre 2007, elle a dû être hospitalisée. De retour chez elle, rien n’allait plus comme avant, perte de tonus, d’appétit, de goût à la vie. Joachine, notre présidente, a alerté le service social de la mairie mi-janvier 2008 car mémé ne pouvait plus vivre seule dans ce logement insalubre. Une enquêtrice est venue sur place et a pu se rendre compte de la situation préoccupante de la dame, elle a confirmé ses constatations par courrier.
Nous avions bon espoir qu’une assistance à domicile serait mise en place ou un placement en famille d’accueil. En même temps, Joachine alertait l’ORIAPA par téléphone, une enquêtrice de cet organisme s’est elle aussi déplacée et a été atterrée par la grande solitude morale et la détresse matérielle de mémé.
De plus, la DRASS était aussi mise au courant de la vétusté du logement.
Après les élections du 9 mars, comme rien n’avait évolué et que mémé était toujours seule et abandonnée, Joachine a écrit au Maire et au Conseiller général du 4ème canton, les courriers sont bien arrivés, mais aucune solution immédiate n’a été proposée. Heureusement que la solidarité de proximité a joué, la voisine s’est investie en s’occupant quotidiennement de la mémé, avec l’aide bénévole d’une amie. Elles ont nettoyé la maison, qui en avait bien besoin, et ont assuré une présence quasi permanente auprès de la grand-mère.
Jeudi 24 avril, Joachine et moi sommes passées pour une petite visite, mémé était dans un état de faiblesse extrême, parlait à peine, respirait avec difficulté et refusait toute nourriture. Inquiètes, nous avons appelé le 15, gros reproches du médecin de service, il fallait prévenir le docteur traitant. Nous le faisons, mais sans résultat.
Nous rappelons le 15, même accueil sans humanité du même médecin, il interprète notre angoisse comme de l’agressivité et consent à nous envoyer une ambulance.
Bon contact avec les ambulanciers, ils comprennent notre désarroi face à des symptômes qui paraissent alarmants. Nous pensions que l’hôpital allait garder la malade un court séjour pour lui permettre de se rétablir, hélas, elle a été renvoyée chez elle sans personne pour la réceptionner à 9 heures du soir.
Nous attendons toujours que les autorités compétentes, mairie et Conseil général, proposent rapidement une solution d’hébergement dans une famille d’accueil où mémé trouverait soins, confort et réconfort.
Nous constatons que nous vivons dans une société où l’on est coupable d’être malade, coupable d’être vieux, coupable d’être seul, coupable d’être pauvre.
Société où le Président Sarkozy demande à ceux qui triment d’être responsables et leur fait payer des franchises médicales pendant que les nantis empochent des sommes fabuleuses quand ils quittent leur entreprise.
Nous allons continuer pour que le dossier aboutisse, car nous nous sentons responsables en tant que citoyennes et ne pouvons accepter ce grand abandon d’une partie de la population.
Pour Grain d’sel, Marie-Hélène Berne
Nos peines
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