Meurtre à Saint-François

Une prévention défaillante

27 décembre 2004

La mort atroce de Johnny Catherine, champion du monde de boxe française, taillé en pièces hier par une vingtaine de jeunes de son quartier, est la énième tragédie d’une société où les signes avant-coureurs de la violence sont rarement pris en considération et interprétés à leur juste valeur. Et pourtant, cette tragédie, comme beaucoup d’autres, était hautement prévisible, de l’avis de divers témoins.

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Hier, dimanche, l’ex-champion du monde de boxe française et animateur sportif, Johnny Catherine, organisait un tournoi de football avec des enfants de son quartier, Saint-François, dans les Hauts de Saint-Denis. En arrivant au stade de Saint-François, vers 9 heures, l’animateur sportif était attendu par des jeunes du quartier, armés de sabres à canne et de couteaux.
Une poursuite s’est engagée dans des ruelles du quartier et Johnny Catherine s’est réfugié dans une maison avoisinante, celle d’une proche parente, où ses poursuivants l’ont finalement coincé au fond d’une cour sans issue et l’ont taillé en pièces. La scène a dû être d’une violence inouïe car les premiers commentaires ont parlé de mutilation et d’un morceau de membre exhibé en trophée.
Cette mise à mort collective serait l’issue tragique d’un contentieux entre l’animateur sportif et plusieurs jeunes du quartier. Pour quels motifs ? Depuis combien de temps ? C’est, entre autres circonstances, ce que l’enquête judiciaire se devra d’éclairer. Quelques heures après le drame, sept personnes - sur les quatorze qui auraient agi à visage découvert et devant plusieurs témoins - étaient en garde à vue.

Des signes avant-coureurs, comme le volcan

Mais au-delà des circonstances, la violence de cette tragédie amène à s’interroger sur la façon dont la société dans son ensemble prend ou non en compte les facteurs déclenchants dans ce genre d’histoire.
Les éruptions de violence - tout comme celles de notre volcan - sont généralement tout à fait imprévisibles. Une multitude de signes avant-coureurs se manifestent qui, dans la durée, viennent mettre en émoi la vie d’un quartier. Jusqu’au paroxysme tragique. L’Observatoire du volcan se charge d’annoncer les éruptions magmatiques : pourquoi ne fait-on rien pour prévenir les tragédies humaines ?
La personnalité de Johnny Catherine était notoirement connue : pour ses nombreuses contradictions, ses dérèglements et débordements divers. Champion de haut niveau, animateur sportif dans sa ville, il présentait - de l’avis même des habitants du quartier- un visage lorsqu’il était à jeun et un autre lorsque l’alcool avait pris le dessus. Ses défaillances, sa propre violence - contre les siens, contre les autres - avaient dû nourrir de solides et tenaces haines.

Où sont les moyens ?

Le champion avait aussi suscité des gestes de solidarité de la part d’autres grands sportifs. Jean-René Dreinaza notamment a beaucoup fait pour tenter de soustraire Johnny Catherine à l’emprise de l’alcool. Quoi qu’il en soit, on ne peut qu’être confondu par la violence déclenchée et par la théatralisation du drame, l’exécution ayant été accomplie dans le quartier, en plein jour, devant de nombreux témoins.
C’est ce qui laisse penser qu’il était hautement prévisible. Comment dès lors accepter que l’on ne mette pas plus de moyens - humains surtout - dans l’analyse des manifestations de violence sporadiques, très souvent révélatrices d’un malaise ou d’un problème de fond qui, parce qu’il n’est pas traité à temps, dégénère par accumulation de haines et de rancœurs ? Où sont les moyens d’une prévention qui prendrait enfin au sérieux les blessures symboliques les plus graves, pour s’attacher à en prévenir les débordements les plus prévisibles ?

P. David


Expédit Valin, deux fois champion de jiu-jitsu brésilien

"Une punition atroce, intolérable"

Expédit Valin est éducateur sportif au Port, pratiquant plusieurs sports dont la boxe et le jiu-jitsu brésilien, dans lequel il s’est illustré deux fois cette année, remportant la médaille d’or au championnat d’Europe en janvier 2004 et au championnat du monde du Brésil, en août dernier. Il a réagi hier au drame.
"C’est choquant... la façon dont ça s’est déroulé. Il y a eu des choses qui ont dû se passer avant, mais c’est assez crapuleux. On revient à l’époque des bandes rivales. C’est une punition horrible, atroce et ce n’est pas tolérable. Même s’il était mauvais, même s’il y a eu un ralé-poussé... C’est un niveau de violence incroyable. Johnny Catherine a porté les couleurs de La Réunion, il a été champion de France, champion d’Europe et champion du monde de boxe française. On en vient à se demander : qu’est-ce qui a fait agir les jeunes, quelles pulsions peuvent conduire à une telle violence ?"


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