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À voir ou revoir ce soir sur Tempo : “L’Aveu” de Costa-Gavras
24 août 2005

Le film ’L’Aveu’, de Costa-Gavras, est programmé ce soir sur Tempo. C’est un film à voir, ou à revoir - comme tous ceux du réalisateur d’origine grecque -, qui n’a fait pratiquement que des films essentiels. ’L’Aveu’ est le deuxième film de ce que certains appellent sa ’trilogie politique’, après ’Z’ (1969) et avant ’État de siège’ (1973). Curieusement, le cycle actuel n’a pas respecté cette chronologie filmique et historique, ce qui est une façon déviante de rendre compte de l’œuvre d’un cinéaste témoin de son temps. Serait-ce le signe que son œuvre continue de déranger ?
Dans le contexte où j’ai vu "l’Aveu", à sa sortie en 1970, c’est celui des films de Costa-Gavras qui m’a révélé l’idéal communiste et qui a probablement accéléré mon engagement dans cette voie. À ce stade de mon témoignage, ceux qui voient les choses par le petit bout de la lorgnette sont tombés assis : qu’ils le restent, je n’ai pas fini.
Il faut au moins rappeler que Costa-Gavras a fait ce film à partir du récit autobiographique d’Artur et Lise London, communistes tchécoslovaques. Ancien vice-ministre des Affaires étrangères de son pays, Artur London est l’un des trois rescapés des procès de Prague (novembre 1952).
J’avais 14-15 ans quand des parents de copines lycéennes, engagés au P.S.U. depuis les événements de 1968, nous ont emmenées voir "l’Aveu" (aucun adulte susceptible de m’accompagner au cinéma deux ans plus tôt n’avait jugé utile de me faire voir "Z" à sa sortie...).
En surface et sur le moment, le contenu historique m’échappant en grande partie, je me rappelle avoir été sensible à la violence des faits et, par écho, à celle de la propagande anti-communiste qui, à l’époque en France, confinait à l’hystérie collective. Mais je ne devais pas tarder à m’apercevoir de la profondeur de quelques messages subliminaux, beaucoup plus structurants que les bavardages des médias sur “le rideau de fer” et ce qui était censé se passer de l’autre côté.
Une colère est née
J’avais donc 14-15 ans et j’étais très en colère. J’allais l’être longtemps. Avec "l’Aveu", je me suis trouvée face à des gens qui vivaient dans le même monde que nous, sauf qu’ils n’avaient pas le consumérisme pour horizon, qu’ils se battaient - jusqu’à la mort s’il le fallait - pour un idéal, y compris contre un appareil d’État auquel le nôtre n’avait rien à envier en termes d’arsenal répressif et de bourrage des crânes.
Les personnages de "l’Aveu" m’ont montré la voie de la résistance : c’étaient des communistes. J’ai découvert par la suite la vie courageuse de Rudolf Slansky, entre autres... Celle aussi d’Artur London, ancien des Brigades internationales en Espagne, puis engagé dans la Résistance au sein de la Main-d’Œuvre immigrée (MOI) avec ceux de l’Affiche rouge, puis rescapé d’un camp de la mort nazi. Par la suite, l’œuvre de François Fejtö m’a fait connaître d’autres destins exceptionnels qui, à l’époque, ont nourri la quête de sens à laquelle n’échappe aucun(e) adolescent(e).
Je le dis d’autant plus sereinement que ce film est utilisé par les simplets (et aussi quelques enragés...) comme un argument de propagande anti-communiste. Faut-il être aveugle !...
Dans le souvenir que j’en ai gardé, c’est une œuvre qui parle de liberté et de résistance, dans un contexte stalinien, extensible à tout système de pouvoir criminogène. Et je n’allais pas tarder à découvrir que tout pouvoir est criminogène.
Ceux qui ont vécu de près la dérive politique de “l’affaire Dumez” ici - c’est-à-dire au plus près d’une institution judiciaire utilisée à des fins politiques - savent qu’ils sont passés, dans un contexte et des circonstances bien sûr très différents, par l’équivalent de "l’Aveu" - à la peine de mort près, remplacée par le lynchage médiatique.
Une œuvre-témoin remarquable
35 ans après, ce film reste une œuvre-témoin remarquable. Les communistes, et pas seulement dans l’Est européen, s’ils n’ont pas su instaurer une forme de pouvoir alternatif convaincante, ont largement démontré en revanche qu’ils étaient dans l’adversité, y compris dans les contextes les plus durs, la pierre angulaire de la résistance à l’oppression. Le “bloc de l’Est” a disparu, le stalinisme a sombré corps et biens, mais l’esprit du communisme est plus que jamais vivant dans le monde : c’est la victoire des "vaincus".
Puissent les idéologues et les médias d’aujourd’hui - qui ont changé de peur - en tirer les leçons sur la complexité des systèmes d’émission/réception des propagandes d’État, et sur les effets “boomerang” du maniement des peurs collectives.
P. David
Nos peines
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