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par le Dr Raymond Vergès

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Gazoducs Nord Stream : un bénéficiaire des sabotages pas suspecté en Occident

Quand la frontière entre information et propagande s’estompe

jeudi 29 septembre 2022, par Manuel Marchal


Selon plusieurs États, les fuites observées dans les gazoducs Nord Stream 1 et 2 passant dans les eaux territoriales de membres actuels et futurs de l’OTAN sont le résultat d’un sabotage. En Occident, les médias dominants accusent sans preuve la Russie. Mais aucun d’entre eux n’interroge sur la responsabilité éventuelle d’un bénéficiaire évident de ces actes présumés délictueux : le lobby du gaz aux États-Unis.


Les 26 et 27 septembre, plusieurs fuites ont été observées dans les gazoducs Nord Stream 1 et 2. Elles se situent au large des côtes d’États membres de l’OTAN, Pologne, Allemagne et Danemark, et d’un adhérent potentiel à cette organisation militaire, la Suède. Selon les déclarations de plusieurs dirigeants d’États membres de l’OTAN, ces fuites sont le résultat de sabotage. Des explosions sous-marines auraient été entendues peu de temps avant que les fuites ne furent découvertes.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, ces gazoducs ne servent plus à transporter le gaz livré par la Russie à des États membres de l’Union européenne. Ils étaient depuis longtemps dans le collimateur des dirigeants des États-Unis. En effet, Nord Stream 1 permettait l’approvisionnement en gaz de l’Union européenne depuis la Russie sans passer par l’Ukraine. Nord Stream 2 devait doubler la capacité de livraison. Ce nouvel itinéraire mettait les Européens à l’abri de tout prélèvement inopiné de cette énergie par le régime de Kiev, un pouvoir tenu à bout de bras par Washington et l’OTAN depuis le coup d’État de 2014.

Création de Nordstream : un coup porté à l’hégémonie de Washington

Il ne faisait guère de doute qu’une fois terminée la guerre en Ukraine, les livraisons de gaz russe à l’Union européenne ne tarderaient pas à reprendre. Les deux gazoducs Nord Stream auraient alors tourné à plein régime. L’économie des anciennes puissances coloniales du Vieux-continent est en effet fortement dépendante au gaz, et le gaz venant de Russie est le moins cher. Autrement dit, la Russie n’a aucun intérêt à détruire une telle infrastructure.

Tel n’est pas le cas du lobby du gaz et du pétrole aux États-Unis qui a tout à gagner d’une dépendance de l’Europe à ses produits. Avant la guerre, le gaz US était plus cher que celui venant de Russie. Depuis l’effondrement de l’euro par rapport au dollar a encore augmenté son prix pour les consommateurs européens, les profits suivent la même tendance. L’industrie gazière des USA vise d’importants profits en exportant son gaz sous forme liquéfiée vers l’Europe. Une course contre la montre est engagée, avant que l’Afrique puisse être une alternative importante à la diminution des livraisons russes.
Autrement dit, Nord Stream 1 et 2 sont une menace pour les profits d’une partie de la classe dominante aux USA.

A qui profite le sabotage ?

Les membres de cette classe sont bénéficiaires des dommages infligés aux gazoducs Nord Stream. Mais la responsabilité des États-Unis en cas de sabotage n’est pas évoquée en Occident. Pourtant, ces fuites ont lieu dans les eaux territoriales de membres de l’OTAN ou d’un État qui aspire le devenir. Est-ce à dire que ces États puissamment armés ne puissent anticiper un tel acte ? Au lieu de cela, la Russie est accusée sans preuve, alors qu’elle est la principale victime d’un sabotage éventuel.

Mais cela n’est pas étonnant. La guerre entre l’Ukraine soutenue par l’OTAN et la Russie a montré combien s’est estompée la frontière entre information et propagande en Occident. Il suffit de constater les fermetures de médias russes qui étaient loin d’être des menaces pour la sécurité nationale des alliés européens de Washington.
Ceci est amplifié par l’attitude des principaux acteurs de l’Internet, battant tous pavillon US. Tous ont pris fait et cause pour Washington, et donc pour l’OTAN. La pensée unique domine.

Dans ces conditions, le niveau du débat régresse également. L’arrivée de l’extrême droite au pouvoir déjà dans plusieurs États de l’OTAN, ou à ses portes dans d’autres, illustrent l’ampleur de cette régression.
Cela s’accompagne, sur le plan économique, par l’effondrement de l’euro qui atteint son cours historiquement le plus bas par rapport à la monnaie US : un euro vaut moins qu’un dollar sur le marché du change à Madagascar par exemple. Cette situation profite à la classe qui domine les États-Unis, et qui trouve dans la guerre en Ukraine une occasion inespérée de placer l’Europe sous sa dépendance.

M.M.


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