Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Mise en service de la T.N.T. (télévision numérique terrestre) en 2005
12 février 2005

Rien ne sert d’accuser R.F.O. : ce n’est pas la chaîne publique qui retarde l’arrivée de la télévision numérique terrestre sur l’île. Guy Jarnac, vice-président du Conseil régional, se dit prêt à se battre pour l’égalité des Réunionnais avec les autres Français.
(Pages 6-7)
"La TNT, pour les Réunionnais, ce sera rien !" fulmine Guy Jarnac. De retour d’un voyage à Paris, le vice-président du Conseil régional surmonte son rhume pour fustiger ses interlocuteurs ministériels. Là-bas, il a bien compris que personne n’avait envie de financer cette nouvelle technologie pour un confetti de l’ex-empire colonial. "Les chaînes publiques ont eu la directive, de la part du gouvernement, de ne pas répondre à l’appel d’offres qui a été lancé en octobre dernier. C’est grave !"
Pourtant, de nombreuses voix réunionnaises - dont le tonitruant Guy Jarnac - se sont déjà élevées pour réclamer l’égalité télévisuelle avec la Métropole. Pourquoi les Réunionnais n’auraient-ils pas le droit de regarder “Envoyé spécial” ou “Thalassa” en même temps que les Parisiens ou les Strasbourgeois ?
La diffusion en différé de ces émissions d’un service public de qualité ressemble à une aumône. Tant pis pour les évènements filmés en direct, comme le départ d’une course transatlantique : les Réunionnais rectifient d’eux-mêmes.
La télévision numérique terrestre (lire nos encadrés) permettrait de toute évidence une offre plus importante de chaînes. D’abord françaises, puis chinoises, indiennes, voire africaines ou australiennes. "Oui, tout est possible" concède Guy Jarnac qui, en tant qu’élu régional, aura son mot à dire lorsque le CSA étudiera les dossiers. "Moi, je privilégierai la culture française, ainsi que les cultures de l’océan Indien".
Car l’élu de Free-Dom ne s’avoue pas vaincu. Il assure même avoir trouvé une oreille compatissante en la personne de Dominique Baudis, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, qui lui aurait suggéré : "Faites-moi savoir que des télés privées et publiques sont disposées à répondre à un appel d’offres, et je le lancerai".
Selon Guy Jarnac, la réticence des autorités françaises s’explique par la volonté de ne pas nuire à Télé Réunion (RFO) en lui assénant la concurrence directe des chaînes publiques métropolitaines : "Télé Réunion pique ses programmes ailleurs, la TNT tuerait Télé Réunion" accuse-t-il sommairement.
David Mignot, directeur général délégué de Parabole Réunion, enfonce le clou : "RFO a très peur de France2 et France3 dans un bouquet satellite". Le patron de l’un des deux bouquets satellites de l’île ajoute immédiatement : "C’est une mauvaise analyse, car Antenne Réunion se porte encore mieux depuis l’arrivée de TF1 et M6" en direct à La Réunion.
La chaîne publique RFO a bon dos. Sa directrice régionale Dominique Richard dément ces accusations. "Nous sommes conscients que nous allons devoir étendre la TNT en Outre-mer. C’est normal. Mais tant qu’il n’y a pas eu d’appel à candidatures sur le plan régional, on ne peut rien faire", plaide Mme Richard, qui renvoie ainsi le CSA à ses responsabilités.
Mais alors, si tout le monde est d’accord, pourquoi rien ne bouge ? Des problèmes de normes techniques ? Rien d’insurmontable, selon les différents interlocuteurs. La peur de mouvements syndicaux protestant contre d’éventuelles suppressions de postes ? Dominique Richard dément. Des coûts supplémentaires ? Rien de rédhibitoire non plus, puisque les chaînes numériques passeront par les mêmes satellites qu’avant. Seuls changeront les boîtiers et les antennes (lire notre encadré) .
Et si c’était une simple passivité métropolitaine... La TNT doit démarrer en région parisienne et dans les grandes villes métropolitaines en mars prochain, soit pour 35% de la population française. La mise en service d’autres sites permettra de couvrir 50% de la population en septembre 2005. Une couverture de 80 à 85% de la population est prévue pour... 2007.
Et La Réunion dans tout ça ? Guy Jarnac ne décolère pas : "Bordeaux et Ajaccio seront couverts, et pas Saint-Denis-de-la-Réunion ! C’est un progrès phénoménal dont les Réunionnais ne bénéficieront pas !" Une réflexion confirmée par notre chroniqueur de télévision Philippe Tesseron, qui parle en connaisseur : "La TNT, c’est un combat à mener, pour une qualité d’image incomparable". Notre collaborateur rejoint ici la réflexion de Guy Jarnac, prêt à se battre pour le principe de continuité territoriale. "Je revendique une approche égalitaire pour La Réunion", tonne l’élu de l’Alliance. Avis aux téléphiles électeurs...
Nastassia
Pour quelques chaînes de plus...
Ne pas confondre le but et la technologie
En 2005, les Réunionnais ont accès en tout à une soixantaine de chaînes de télévision, en comptant les deux bouquets satellites (Canal Satellite et Parabole Réunion). Selon David Mignot, directeur général délégué de cette dernière, plus de 50% des Réunionnais possèdent un abonnement à l’un des deux bouquets. Disposant de 30 à 40 chaînes, ces téléphiles peuvent zapper d’un dessin animé à de l’info en continu (en français ou en anglais), et passer d’un film d’auteur à la chaîne des courses hippiques.
Quelles qu’elles soient, "80 à 90% des gens regardent les chaînes locales pour les informations" a observé le patron de Parabole Réunion. Ce qui limite l’évasion supposée des téléspectateurs de Télé Réunion vers les chaînes métropolitaines. La directrice régionale de RFO, Dominique Richard, dément d’ailleurs toute crainte de perte d’audience si France2 et France3 arrivaient en direct dans les foyers réunionnais grâce à la TNT et rejoint totalement l’analyse de David Mignot (lire ci-dessus).
Tout en réfutant l’argument de la concurrence néfaste entre chaînes publiques régionales et nationales, David Mignot et Dominique Richard estiment tous deux que la TNT n’est pas “la” réponse à l’exigence d’égalité et de continuité territoriale. "Il ne faut pas confondre le but et la technologie. Le but, c’est l’égalité de traitement entre Réunionnais et Français de Métropole. La technologie pour y arriver, c’est le satellite". Et pas le câble SAFE, qui a déjà donné quelques soucis aux internautes, et qui n’exonère pas de l’obligation d’installer un antenne-râteau.
Avec ou sans TNT, les communications par satellites continueront à souffrir des brouillages dus à la pluie, affirme David Mignot. Avec ou sans TNT, il est possible de proposer dans un bouquet satellite un ensemble de chaînes publiques gratuites : il suffit de le vouloir...
Mais David Mignot tempère l’enthousiasme des élus militants : "Si l’on voulait installer la TNT ici, il faudrait augmenter de 30% la redevance audiovisuelle" assène-t-il, évoquant les exigences du relief tourmenté de l’île. Les élus sont prévenus.
An plis ke sa
o La télévision numérique terrestre (TNT) permettra aux foyers raccordés à une antenne “râteau” (soit plus des trois quarts des foyers français) de recevoir plus d’une trentaine de chaînes publiques et privées, nationales et locales, en qualité numérique. Coût de l’antenne installée : environ 300 euros.
o Cinq ou six chaînes par fréquence seront possibles, là où l’analogique ne permet d’en faire passer qu’une seule. Le choix de chaînes TV sera plus large, ainsi que de services de type météo, achats et réservations, services bancaires... Dans chaque "multiplex" (fréquence), il y aura autant de chaînes privées que de publiques.
o Pour recevoir les chaînes numériques, les foyers devront équiper leurs postes de télévision d’un adaptateur (entre 80 et 100 euros). Il sera également possible de bénéficier de la TNT via l’acquisition d’un téléviseur numérique intégré.
o Gratuité : plus de la moitié des nouvelles chaînes seront disponibles gratuitement. Parmi les chaînes gratuites, on retrouvera les chaînes hertziennes actuelles, ainsi que de nouvelles chaînes proposées par les éditeurs actuels, le service public audiovisuel et de nouveaux éditeurs.
o La qualité du son et de l’image sera meilleure qu’avec l’analogique.
o 6 millions d’euros par an : c’est le coût de l’utilisation d’un satellite pour Parabole Réunion. Avec ou sans TNT, la retransmission des émissions par satellite a un coût.
Nos peines
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