La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
29 mars 2007

Hier s’ouvrait le colloque sur le Journalisme dans l’Océan Indien. Bernard Idelson, le Directeur d’Infocom, le département de la communication à l’Université de La Réunion, a commencé en plantant le décor. Il a rappelé que si le premier journal de l’espace indocéanique (Madagascar, les Mascareignes, l’archipel des Comores et les Seychelles) a été créé en 1769, à Maurice, les journalistes professionnels n’existent dans la zone que depuis 50 ans seulement. Il a notamment souligné que certains journalistes avaient exercé un vrai pouvoir. Ainsi, du temps de Jean-Vincent Dolor, Paul Vergès n’a-t-il pu accéder à un plateau de télévision entre 1948 et 1983.
Une vision comorienne par un journaliste engagé
Kamal Eddine Saindou, le Directeur de “Kashkazi” (qui veut dire "alizés" en comorien), est venu apporter son témoignage. Il a tout d’abord mis en exergue que les Comores sont sans doute le pays de l’Océan Indien où la presse est la plus jeune. En effet, le journal fondateur a été créé en 1985. Certes, selon Kamal Eddine Saindou, avant cette date, il y avait eu d’autres organes. Néanmoins, ces organes étaient avant tout militants.
Paradoxalement, c’est donc le pouvoir qui crée le journal. L’intervenant se demande alors : « Comment se positionner dans ce journal alors qu’il est verrouillé par l’Etat ? En effet, j’ai fait mes études en France avec une éthique et je reviens aux Comores où il n’y a qu’un seul journal. Très rapidement, on se rend compte qu’il y a trop d’obstacles. Nous sommes des fonctionnaires. La première demande que nous avons faite a été d’avoir un statut particulier. Je suis arrivé à négocier un statut de contractuel. Néanmoins, devant l’absence de cadre juridique et de perspectives professionnelles pour travailler ailleurs, j’ai décidé de quitter ce journal ».
Kamal Eddine Saindou raconte alors la fondation du journal “L’archipel” : « Pour sortir le premier numéro, il a fallu se déplacer à Mayotte. Puis, nous avons mis 2 ans pour sortir un deuxième numéro. Après, nous avons décidé de vendre une page A4 par jour. Pour trouver des compléments de salaire, je suis devenu correspondant de presse pour RFO et RFI ».
La troisième expérience réside dans son arrivée à Mayotte en 1997, dans un territoire où il n’a pas à lutter pour la liberté de la presse, mais à travailler « normalement ». Il se rend compte néanmoins qu’il doit « écrire dans une île qui est comorienne d’histoire, mais française de statut ».
Enfin, « la dernière aventure de mon parcours est la création de “Kashkazi”. C’est difficile. Je choisis de voir ce qui est commun et différent dans les différentes îles des Comores. Je m’efforce de concevoir une mise en page qui ne reproduit pas les frontières ».
Au cours des débats, Kamal Eddine Saindou reconnait que le mensuel “Kashkazi” est assez cher. En effet, il coûte 3,50 euros. Puis, à une personne qui lui demande s’il est allé demander de l’argent auprès de fondations, il répond qu’avant d’effectuer un tel démarchage, il est d’abord primordial d’exister. Il résume : « Le problème n’est pas l’Etat, mais l’argent. “Kashkazi” est financé par ses fonds propres. Le manque de publicités et un lectorat déficient sont à l’origine d’une telle situation ».
Une référence du journalisme mauricien parle
Henri Marimootoo est titulaire de nombreux Prix de journalisme. Il en a obtenu un à l’échelle internationale pour avoir « déterré », selon son expression, le dossier des Chagos. Travaillant à “Week-end”, il est Président de l’Association des Journalistes de Maurice.
S’il critique le mythe de la liberté de la presse à Maurice, il tient à rappeler que ce pays est classé 32ème au niveau mondial de la liberté de la presse. Donc, selon ses dires, elle se trouve à un meilleur classement que la France, qui est, en effet, 35ème du classement 2006 de Reporters Sans Frontières.
Il regrette particulièrement que le journalisme mauricien soit encore trop mou. Il met en évidence la rareté extrême du journalisme d’investigation à Maurice, qui existe depuis 30 ans aux Etats-Unis. Il rappelle que 2 des plus grands scandales de ces derniers temps, à Maurice (les billets gratuits chez Air Mauritius ou des détournements de fonds à la Mauritius commercial Bank), ont été le fait de citoyens et non pas de la presse.
Il remarque qu’il est « impossible pour un journaliste de se déclarer communisant à Maurice. En revanche, cela est possible à un citoyen pour une tribune libre ». Il note également que dès qu’on parle du « père de la nation », on ne peut aller plus loin. Par exemple, des historiens avaient travaillé sur les Chagos, mais ils n’ont rien révélé du fait que la responsabilité du premier chef de l’Etat mauricien aurait pu, de facto, être écornée.
Un point de vue réunionnais
Enfin, Laurent Decloître a clôturé cette matinée d’échanges en mettant en évidence son expérience de correspondant pour “Libération” à La Réunion ou encore ses nombreuses années de travail au sein du “Quotidien”. Il est surtout revenu sur le grand mouvement de grève qui a touché La Réunion en 2003. A l’époque, les enseignants s’opposaient à la décentralisation et à la réforme des retraites. Ils se sont rendus compte que les faits étaient déformés par les reporters, notamment ceux de "leur" journal : “Le Quotidien”. Ils se sont alors mis à envoyer leurs courriels directement à “Libération”. En effet, à l’époque, la position de Jean-Louis Rabou, le Rédacteur en chef du “Quotidien”, était contre le maintien de la surrémunération des enseignants. A Saint-Pierre, des manifestants n’ont pas hésité à jeter du papier toilette contre l’antenne local du journal. Jean-Louis Rabou a alors commis un troisième édito, qui a été très dur contre les enseignants. Ces derniers ont appelé au boycott du journal... Présent dans la salle, Jean-Louis Rabou, évitant le débat sur le rôle du journalsite, s’est défendu en disant que, premièrement, il trouve qu’en Métropole, les professeurs ne sont pas assez payés. En revanche, il continue à s’élèver contre la surrémunération de ces fonctionnaires à La Réunion et dans les DOM... Débat parallèle qui faisait l’économie de celui du rôle du journaliste dans la société.
Matthieu Damian
Commentaires
Avant toute chose, il faut se féliciter d’une telle conférence qui, pendant 2 jours, permet de réfléchir sur un métier qui est malmené en France. Comme l’a rappelé Henri Marimootoo, l’Ile Maurice fait mieux que la France en matière de liberté de la presse !
Cependant, le titre de notre premier article ("Le journalisme dans l’Océan Indien") est volontairement neutre. En effet, il se veut le reflet des formulations employées par les organisateurs du colloque. Il est dommage que les problématiques n’aient pas été plus ouvertement consacrées à quelques-uns des grands dossiers que le journalisme connaît : la fabrication de l’opinion publique, la construction des médias, les salaires, le poids des annonceurs, etc... Les thématiques sont absentes, ou presque, et le découpage du travail s’est effectué avant tout par le biais des territoires. Enfin, il y a trop d’universitaires et pas assez de journalistes. En tant que tel, aucun professionnel du “JIR”, du “Quotidien” ou de “Témoignages” n’est intervenu.
M. D.
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