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« Shoah par balles » ?
12 avril 2008

La télévision de service public a diffusé mercredi, dans l’émission de France3 ’Pièces à conviction’ un film de Romain Icard produit avec l’aide du CNC, sur la Shoah par balles, ou « l’histoire oubliée » des Juifs ukrainiens. Mais qui a “oublié” les 5 millions d’Ukrainiens - dont un bon nombre de Juifs - assassinés par les Nazis ?
Tout démarre par l’enquête personnelle d’un prêtre français, Patrick Desbois, dont le grand-père est revenu d’un camp de la mort situé en Ukraine. Le travail est remarquable, précis, et il met le doigt sur une des pages terribles de la 2nde guerre mondiale.
C’est l’habillage de l’émission qui laisse un malaise. Pourquoi parler d’« histoire oubliée » ? Il faut sans doute prendre cela au 1er degré, comme l’aveu d’un « oubli » par ceux qui en parlent aujourd’hui. Ils le disent eux-mêmes : tant que l’Ukraine a fait partie de l’URSS, ils ne s’y sont pas intéressés : ils tenaient le témoignage des Ukrainiens et des Soviétiques en général pour « pas crédibles ». C’est leur problème.
Ils « redécouvrent » aujourd’hui, donc, que des hommes et des femmes vivent en Ukraine, et qu’ils ont une histoire. Avant, cette histoire était sujette à caution - ce sont toujours eux qui le disent. Elle est devenue “crédible” comme par miracle. A chacun de juger de la “crédibilité” de telles assertions.
Sur le fond, il est faux de dire qu’il s’agit d’une histoire oubliée. Cet “oubli” ne fonctionne véritablement que dans la mythologie construite autour de la Shoah, à des fins mythologiques. Les historiens n’ont, heureusement, pas tous eu les préventions naïves affichées par certains protagonistes dans le reportage. Il faut ici rappeler l’excellent travail laissé - notamment, mais il n’était pas le seul - par le germaniste Gilbert Badia, décédé en novembre 2004 à l’âge de 88 ans.
Sa remarquable "Histoire de l’Allemagne contemporaine" - parue en 1962 puis plusieurs fois rééditée jusqu’à l’édition entièrement refondue de 1987 - mentionne également des choses très précises dans la 4e partie du IIème volume (édition de 1964), intitulée “De l’invasion de l’URSS à la chute du IIIème Reich”. Tous les chapitres évoquant l’invasion, l’échec de la Wehrmacht devant Moscou, la barbarie nazie, ou la mise à sac de l’URSS, fourmillent de détails et de référence à des documents d’histoire parfaitement connus des historiens. Il y est question, entre autres, d’un document signé de Himmler en mai 1940 (treize mois avant l’invasion de l’URSS) fixant le cadre du traitement qu’il faudra réserver aux populations des territoires occupés. « Avec toutefois une réserve importante » - note l’historien. « A partir du printemps 1941, toute idée de “tri racial” est abandonnée et même certaines considérations économiques (conserver sur place une main d’œuvre utilisable) passent au second plan. »
Documents connus des historiens
Trois mois avant l’invasion, Hitler dit à ses généraux : « Notre guerre contre la Russie (...) il importe de la mener avec une vigueur implacable. Vous allez tous devoir vous libérer de vos scrupules périmés. » Ce que le général Keitel va traduire dans plusieurs notes par des instructions donnant des mesures de terreur. Au procès de Nuremberg, un document connu sous le nom de Kommissarbefehl mentionne les « commandos spéciaux » auxquels doivent être livrés « les responsables politiques (non militaires) » ; et un ordre de la Gestapo du 17 juillet 1941 ajoute : « Exécuter hors des camps tous les fonctionnaires politiques dirigeants ou moyens, les intellectuels, les Juifs. »
Les mentions qui sont faites des victimes ne sont pas exhaustives, mais elles montrent que les principes de l’extermination ont été les mêmes : « En septembre 1941, à Kiev, 33.000 Juifs soviétiques furent fusillés en 48h ; (...) à Riga, sur les 29.500 Juifs, 27.000 furent massacrés ». Bilan ponctuel, encore une fois. Dans le seul hiver 41-42 (un an avant Stalingrad), « sur 5 millions de prisonniers de guerre soviétiques, trois millions moururent ou furent exécutés » lit-on encore dans les documents cités. Et encore ceci : « Le soldat allemand doit comprendre la nécessité des dures représailles exercées contre les Juifs, initiateurs intellectuels du terrorisme bolchevique » dit un document cité au procès de Nuremberg.
Sur le fond, et sans rien enlever au remarquable travail d’enquête du père Patrick Desbois, il n’y a aucune « découverte » ou « redécouverte » dans ces faits. Mais une autre question se pose : Pourquoi certains tiennent-ils absolument à faire de la Shoah un génocide différent des autres génocides ?
Les Nazis unifiaient Ukrainiens et Juifs dans un même mépris : ils étaient des « sous-hommes » combattus en tant que protagonistes du complot judéo-bolchevique. Pourquoi chercher aujourd’hui à faire, entre leurs victimes, un « tri » que les Nazis n’ont pas fait eux-mêmes ?
P. David
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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