Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
7 juillet 2006

Le journaliste de RFO dans sa revue de presse d’hier a bien voulu citer “Témoignages”, en mentionnant un de ces titres d’articles "la catastrophe écologique n’a pas eu lieu", phrase qui était entre guillemets puisque ce n’était qu’une reprise d’une phrase du Préfet Laurent Cayrel.
Cette citation hors contexte faisait croire aux auditeurs que “Témoignages” cautionnait les dires des autorités préfectorales ainsi que ceux du Directeur de la DIREN. Or une simple lecture de l’article et de l’éditorial en première page suffisait à contredire ce qu’a crû énoncer comme vérité le chroniqueur de RFO.
De deux choses l’une, soit notre confrère, pour faire sa revue de presse, ne lit pas les articles dont il parle, soit (et nous nous refusons à le croire) “Témoignages” bénéficierait d’un traitement particulier qui aurait comme objectif de déformer ses prises de positions...
En tout état de cause, nous souhaitons que la revue de presse de RFO soit le reflet réel des contenus des journaux, et non pas des prétextes politico-manipulateurs d’un autre âge.
A.I.C.
Haïti : manger de la terre pour tromper la faim
Dans l’édito d’hier, Lucien Biedinger évoquait ces galettes de terre "comestibles" pour ne plus avoir faim... Nous revenons aujourd’hui sur ce qui nous paraît comme symptomatique d’une situation qui ne devrait pas exister.
Assise parmi ses sacs de terre blanchâtre dans une rue des Gonaïves, une ville de l’Artibonite à l’Ouest d’Haïti, Altagrace Danastore, marchande de tablettes d’argile, n’est nullement désarçonnée quand on lui fait remarquer que la terre n’est pas, en principe, une denrée alimentaire. "Moi aussi, je mange des tablettes de terre et ça apaise ma faim !", rétorque cette femme de 57 ans, mère et grand-mère d’une vingtaine d’enfants. Elle pratique ce commerce depuis que les rizières de l’Artibonite sont à l’abandon, concurrencées par l’importation massive de riz américain, moins cher parce que subventionné.
Elle prend son argile dans le Plateau central. "Là-bas, le sac de 50 kilos ne coûte que 250 gourdes (environ 5 euros)", explique-t-elle. Elle mélange ensuite la terre avec de l’eau, y ajoute un peu de beurre et de sel, puis filtre la boue ainsi obtenue dans une bande de tissu afin d’en extraire le gravier et autres débris. La boue est alors moulée en disques de 2 centimètres d’épaisseur aux dimensions d’un CD, qui sont ensuite séchés au soleil. "Je prépare mes tablettes dans de bonnes conditions afin que personne ne prétende qu’elles sont sources de maladies", dit la marchande.
Pour 2 euros par jour
Altagrace n’est pas la seule marchande de terre alimentaire en Haïti. À mesure que la misère augmente dans les bidonvilles et certaines zones rurales touchées par la sécheresse, ils sont nombreux à exploiter ce nouveau filon. "Des familles très pauvres ont vu leur situation économique s’améliorer grâce à cette activité", confirme Armand Nozé, un ancien Maire de Plaisance du Sud.
À Anse Rouge, une commune perdue du département du Nord-Ouest, 700 personnes fouillent le sol à la recherche de l’argile, qu’elles mettent ensuite en sac. Au total, plus de 2.000 familles vivent de ce commerce dans cette commune oubliée, à moins de 200 km - et plus de 12 heures de route - de Port-au-Prince. "Mon équipe travaille ici depuis 8 ans et aujourd’hui, grâce à la terre, nous avons de quoi éduquer nos enfants", se félicite Emmanuel Dieulifèt, un paysan.
La préparation des tablettes d’argile s’y fait dans des conditions d’hygiène déplorables. Dégoulinant de sueur sous un soleil de plomb, des brasseurs de terre qui disent gagner jusqu’à 75 gourdes par jour (moins de 2 euros) malaxent argile, beurre et sel, puis disposent les tablettes à sécher parmi les ordures où prolifèrent rats et chiens faméliques. "Ces ordures ne peuvent pas infecter la marchandise puisque le soleil tue les microbes !", assure Dalien Rosemarie, brasseuse de terre à Cité Soleil.
Une honte pour nous
De plus en plus répandue dans le pays, la mode de l’argile semble gagner la diaspora. Certains Haïtiens de l’étranger développent le goût de la terre. "Mes amis de New York m’ont demandé des tablettes de terre de même que du café haïtien, explique Yvette Dolcin qui réside aux États-Unis, en saisissant une poignée de tablettes, vendues 3 gourdes l’unité (0,06 euros), dans un marché du centre-ville de Port-au-Prince. Ils seront contents à mon arrivée, car là-bas cette terre est rare".
Jusqu’ici, les autorités ferment les yeux sur cet usage risqué pour la santé publique, qui ne répond à aucune tradition. "Nous voudrions en finir avec cette pratique, dit Rodolphe Malebranche, un ancien Ministre de la Santé publique. Mais comment l’empêcher si les gens qui en font le commerce n’ont pas d’autre activité économique ? Chose certaine, c’est une honte pour nous".
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