Tillier : un “modèle” de journalisme trash

13 mars 2008

Le principal trait de caractère du PDG-rédac-chef du “JIR” n’est pas, il le donne à lire chaque samedi, la modestie. Tous ses confrères et concurrents sont affublés de “noms d’oiseaux” dont certains sont employés - on a pu en juger récemment - par le Président de la République.

Chaque lundi, Jacques Tillier commence quasi rituellement par expliquer à sa Rédaction que lui seul est capable de sortir chaque semaine « un rat d’une cave ». Outre le fait que cette séance est ressentie comme une volonté d’humilier ses collaborateurs, cette expression a le mérite de clairement situer le niveau auquel cet étrange journaliste entend situer ses écrits.

Et l’examen de ses éditos démontre qu’il a, de ce point de vue, parfaitement réussi. Les centres de préoccupation de Jacques Tillier sont d’abord et avant tout de faire le plus “trash” possible. Tout y concourt, le vocabulaire employé, les descriptions au-dessous de la ceinture, les orientations sexuelles de tel ou telle, on sent que ce “journaliste” a été éduqué aux méthodes de la DST à une époque où, du fait de la morale ambiante, la mise au jour de la moindre histoire de petite culotte adultérine permettait de faire chanter les notables et les asservir. Prenez tous les éditos-fleuves de cet ancien (?) indic et vous êtes certains de ne jamais y trouver le moindre développement en faveur d’une vision de l’avenir de La Réunion.

Quand Tillier a pris les rênes du “JIR”, celui-ci était à la remorque du “Quotidien” du fait notamment de son attitude béni oui-ouiste durant toute l’ère Debré. L’alternative qui s’offrait à Tillier était simple : soit il mobilisait toutes les énergies pour faire de son journal le promoteur d’un débat politique type “Le Monde” ou “Libé”, soit il s’inspirait des méthodes de la presse anglo-saxonne style Rupert Murdoch.

Après les premières années de valse-hésitation entre ces deux voies, Tillier a délibérément choisi de vendre du papier journal et de l’espace publicitaire en misant, pour ce faire, sur les plus tristes ressorts de l’âme humaine : du sang, du sexe et du scandale - réel ou inventé - à la Une et, ne l’oublions pas, un réel mépris pour la démocratie.

J’ai personnellement été le témoin de plusieurs moments du parcours de ce chef de vente de papier journal. Je n’en citerai que trois qui, à mon avis, résument bien la “philosophie” du personnage.

- À une époque de l’Internet balbutiant, il m’arrivait parfois d’aller porter moi-même dans les Rédactions les communiqués de presse du PCR. Un soir, entrant à la Rédaction du “JIR” pour y retrouver le journaliste qui m’avait demandé de lui remettre notre communiqué, j’ai assisté à cette scène où un jeune journaliste (disparu depuis) proposait à Tillier la lecture de son article. Coup d’œil rapide du boss sur l’écran et verdict : « Si tu veux faire du Libé, tu vas à Libé ! ».

- Autre période : au cours d’une université de la Communication des Mascareignes, lors d’un débat, Brigitte Croisier pose cette question à Tillier : « Si une personne gravement mise en cause à plusieurs reprises par votre journal est innocentée, quelle place consacrerez-vous au rétablissement de son innocence ? ». Tillier : « Aucune, l’innocence, ça n’intéresse personne ».

- Récemment, j’avais mis en cause dans nos colonnes les indics de Tillier. Dans une affaire où il n’y avait pas de plaignant, pas de partie civile, et traitée directement par un procureur-adjoint qui avait pris l’instruction à son compte, je m’étonnais de ce que le “JIR” puisse harceler un élu - Maurice Gironcel - sur la foi d’informations qui ne pouvaient provenir que du sommet de l’enquête. J’avais écrit que les affirmations - qui se sont révélées fausses lors des procès - dont Tillier émaillait ses éditos constituaient autant d’atteintes graves à la présomption d’innocence et de violations du secret de l’instruction lesquelles auraient du alerter la hiérarchie judiciaire.

Le jour même de la parution de cet article, j’ai eu la surprise de recevoir un coup de téléphone de Tillier lui-même : « Écoutez, la presse quotidienne connaît déjà des difficultés importantes, si en plus vous vous en prenez à nos sources, comment voulez-vous qu’on s’en sorte ? ».

CQFD : tel est le visage du “meilleur” journaliste de La Réunion.

À demain.

Jean Saint-Marc

Paco Ignacio Taibo II : « Le journalisme, c’est aussi le refuge des rats, la zone la plus contaminée de notre société. Un espace qui se dignifie parce qu’on le partage avec les types les plus abjects, les plus serviles, les plus lâches, les plus corrompus ».


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