Médias

Une alliance régionale de l’information pour faire entendre les voix des peuples de l’océan Indien

Pour valoriser les avancées contre la COVID-19 obtenues aux Seychelles, aux Comores, à Maurice et à Madagascar

Manuel Marchal / 10 octobre 2020

Alors que des pays en développement mettent au point des remèdes contre le coronavirus et font progresser la recherche, ces travaux sont trop souvent dénigrés par une certaine presse occidentale, qui s’appuie sur une soi-disant réserve de l’OMS alors que pour ce qui concerne au moins Madagascar, l’OMS fait part de son soutien à la création d’une industrie pharmaceutique pour lutter contre la dépendance aux médicaments importés. Mais ce sont ces faits déformés par une vision occidentale qui sont imposés à l’opinion mondiale par le truchement des agences de presse. D’où l’importance de faire entendre une autre voix pour rétablir les faits et donner à chacun les moyens de se forger sa propre opinion.

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Voici comment RFI présente l’inauguration de la première usine pharmaceutique dans l’océan Indien, Pharmalagasy, située à Madagascar :

« Une gélule matin, midi et soir pour éviter d’avoir la Covid-19. C’est la promesse faite par le CVO + qui n’attend plus qu’un dernier arbitrage sur son prix pour être mis en vente. 20 000 flacons sont déjà produits chaque jour à l’usine Pharmalagasy. Pendant des mois, le chef de l’État de la Grande île, Andry Rajoelina, a fait la promotion d’une tisane, Covid-Organics, pour prévenir et traiter la maladie causée par le coronavirus. L’OMS, très sceptique, n’a jamais conseillé ce remède car sans preuve scientifique. Et comme pour la tisane, aucun test scientifique ne prouve l’efficacité du CVO + préventif » (…) Le Pr Jean-Baptiste Nikiema, en charge des médicaments essentiels à l’OMS Afrique reste prudent : « Nous n’avons pas de documentation sur cette pilule. Donc il sera difficile pour nous d’en dire plus sur les détails. Par exemple, sur les aspects qualité ou sur les aspects innocuité/efficacité. »

Pour sa part, le site Outremer 360 reprenant une dépêche de l’Agence France presse écrit ceci au sujet de l’inauguration de Pharmalagasy :

« Après la tisane « miracle » contre le Covid-19 baptisée Covid Organics ou CVO, présentée par les autorités comme un remède au virus, le président malgache Andry Rajoelina a lancé vendredi la version gélule de cette potion à base de plantes. Selon les statistiques officielles du gouvernement, 7 millions de personnes ont testé la tisane Covid Organics à Madagascar, mais à ce jour aucune étude scientifique n’a prouvé son efficacité. En mai, l’OMS a mis en garde contre toute tentation de promouvoir sans test scientifique la potion vantée par Andry Rajoelina. Madagascar a enregistré 16 493 cas de Covid-19 et 232 décès pour 25 millions d’habitant. »

Pendant ce temps, en France, des candidats sont recherchés pour tester un vaccin expérimental. Force est de constater que la France dénombre plus de cas de COVID-19 que le nombre total de cas cumulés depuis près de 7 mois à Madagascar. Pourtant, des médias en France prennent un ton professoral pour dire que les remèdes mis au point à Madagascar n’ont pas d’efficacité scientifique prouvée. Comment l’opinion publique française jugerait-elle des médias d’un pays en développement qui dénigrerait par avance ces travaux ? Il serait pourtant facile d’utiliser la catastrophe sanitaire en France avec près de 30.000 morts dans cette optique. Mais cela n’est pas fait, tout simplement parce que ces peuples respectent les autres peuples.

L’OMS censurée dans les compte-rendus en France

Rappelons que lors de l’inauguration de l’usine le 2 octobre dernier, l’OMS justement a souligné « sa disponibilité à apporter son soutien, notamment sur les bonnes pratiques de fabrication, les inspections réglementaires et la préqualification pour les médicaments éligibles ». Sa représentante à Madagascar « a salué une « dynamique de renouveau » en insistant sur la « technicité » de l’usine Pharmalagasy. Cette dernière a été d’ailleurs conçue selon les normes internationales GMP/FDA en vigueur. ». Si les médicaments qui sortent de l’usine étaient nocifs pour la santé, l’OMS apporterait-elle un soutien aussi appuyé ?
Manifestement, cette prise de position de l’OMS soutenant ce projet n’a pas été portée à la connaissance de l’opinion par RFI ou l’AFP. Sans doute parce qu’elle remettait en cause la vision occidentale de la question : un pays qui a été colonisé par l’Occident ne peut être un concurrent mais reste une terre à exploiter qui doit acheter des produits fabriqués en Occident au prix décidé par l’Occident.
C’est le point de vue occidental qui est principalement relayé, car ses agences d’information disposent de moyens pour vendre partout ces nouvelles. Et ce sont ces nouvelles vues d’Occident qui sont ensuite présentées comme la position d’une soi-disant « communauté scientifique » à l’opinion.

Rétablir les faits déformés par la vision occidentale

Pour rétablir la réalité des faits, les médias de nos pays n’ont pas la même force de frappe. Or, la lutte contre la COVID-19 rappelle toute l’importance de donner à la population l’information la plus complète possible. Dans ce combat mondial, aucune avancée dans la recherche doit être négligée. Or, la réalité montre que dans ce combat, un pays de notre région est parmi les plus avancés. Cette réalité souligne également que des pays comme les Seychelles, Maurice et les Comores ont eu très peu de cas et peuvent envisager un redémarrage tandis que les seuls territoires sous souveraineté française dans notre hémisphère sont en queue de peloton. A Mayotte et à La Réunion, il est fort probable que les mesures empêchant les manifestations et autres rassemblements politiques dureront tant que l’industrie pharmaceutique occidentale ne trouvera pas un vaccin suffisamment rémunérateur, à moins que d’ici là le calendrier des élections amène le gouvernement à revoir les mesures prises.
Mais dans le monde tel qu’il est présenté en Occident et dans ces anciennes colonies, les vieilles puissances coloniales sont toujours les références en matière de recherche.

Faire sans la COI ?

Pour sortir de cette propagande culturelle qui fait de l’Occident, de son mode de vie et de ses décisions un modèle à suivre, il est important de faire entendre une autre voix.
C’est ce qui est proposé à l’ASEAN, au travers de la création d’une alliance régionale de l’information, destinée à faire contrepoids aux idées véhiculées par les agences de presse occidentale.
Le même problème se pose dans notre région, avec une difficulté supplémentaire : l’organisation régionale, la COI, est financée en grande partie par une ancienne puissance coloniale, la France. Cela suppose donc de chercher des pistes en dehors de la COI qui ne mentionne même plus La Réunion dans la déclaration de ses chefs d’État et de gouvernement.

M.M.