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16 septembre, par

Contrôlé à 210 km/h sur la demi route en mer dite nouvelle route du littoral, un conducteur circulait avec un permis suspendu, sous l’emprise de l’alcool et après consommation de cocaïne. Au-delà de cette conduite irresponsable, l’affaire interroge le modèle automobile imposé à La Réunion : pourquoi y commercialiser des véhicules capables de dépasser très largement les vitesses autorisées ? Dans une ancienne colonie, la voiture puissante et chère reste un marqueur de réussite, au bénéfice d’un système néocolonial qui exploite la mentalité du colonisé et peut privilégier le profit à la sécurité. La limitation technique des véhicules doit être débattue. A La Réunion, la vitesse maximale autorisée est de 110 km/h. Aucun véhicule circulant à La Réunion ne doit, par construction, dépasser cette vitesse. Les autorités doivent cesser d’autoriser l’importation dans notre pays de véhicules capables de dépasser cette vitesse, le massacre des Réunionnais sur les routes doit cesser.
Photo : le jouet cher et dangereux a été confisqué. Seul le conducteur sera sanctionné, l’importateur et le vendeur bénéficient de l’impunité.
210 km/h sur la Nouvelle route du Littoral, avec un permis suspendu, de l’alcool et de la cocaïne : l’affaire contrôlée lundi soir illustre jusqu’à la caricature les dangers du modèle automobile imposé à La Réunion.
Lundi soir, la Brigade motorisée de nuit a intercepté un véhicule roulant à 210 km/h sur la demi route en mer dite « Nouvelle route du Littoral », alors que la vitesse maximale autorisée y est de 90 km/h. Le conducteur avait un permis suspendu. Le dépistage d’alcool était positif, tout comme celui aux stupéfiants, révélant la présence de cocaïne.
Placé en garde à vue, il devra répondre de ses actes devant le tribunal judiciaire. Son véhicule a été placé en fourrière. Pour les policiers, l’association de la vitesse, de l’alcool, de la cocaïne et de la conduite malgré une suspension constitue un « cocktail extrêmement dangereux » pour les autres usagers.
Mais derrière ce comportement individuel se pose une question collective : pourquoi autorise-t-on la vente à La Réunion de véhicules capables de rouler à des vitesses totalement incompatibles avec nos routes et notre réglementation ?
Dans notre pays, la vitesse maximale autorisée ne dépasse pas 110 km/h. Pourtant, le marché français propose des véhicules capables d’atteindre deux, voire trois fois cette vitesse. Ces voitures sont homologuées selon des normes pensées à l’échelle européenne et pour des infrastructures qui n’ont rien à voir avec celles de La Réunion.
C’est d’abord une question de domination économique et culturelle. Dans une ancienne colonie française intégrée à la République, la consommation de produits importés est souvent présentée comme un signe de réussite. Posséder une voiture puissante et coûteuse devient ainsi un marqueur social, le colonisé a l’illusion d’être riche. Les profits restent du côté des constructeurs, importateurs et distributeurs, tandis que la collectivité réunionnaise supporte les conséquences d’un modèle fondé sur l’automobile, les embouteillages, les accidents et les émissions polluantes.
Le problème n’est donc pas seulement le conducteur arrêté lundi soir. C’est surtout le système néocolonial qui met à sa disposition un objet dont les performances dépassent largement ce que la loi autorise et les capacités à conduire en sécurité un tel objet de consommation.
La sécurité routière ne peut se limiter à multiplier les radars et les sanctions après les infractions. Elle doit aussi agir en amont. À La Réunion, pourquoi ne pas imposer que les véhicules importés soient techniquement limités à la vitesse maximale autorisée ?
Le droit à la mobilité ne signifie pas le droit d’importer n’importe quel véhicule. Le droit des Réunionnais à vivre et circuler en sécurité doit passer avant les profits du lobby néocolonial du tout automobile.
Après tant de vies brisées sur les routes, il est temps de poser cette question : combien de morts faudra-t-il encore avant de remettre en cause ce système ?
M.M.
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