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L’État transforme une aide sociale en une subvention quasi-générale des billets d’avion entre La Réunion et la France
26 janvier 2024, par

L’élargissement des critères pour bénéficier de l’aide de l’État pour acheter un billet d’avion entre La Réunion et la France fait que même des familles qui ont les moyens de payer auront droit à une aide publique pour voyager vers ce pays. Le quotient familial maximal est en effet réévalué de 11 991 euros à 18 000 euros.
L’aide est versée aux compagnies aériennes. L’élargissement du nombre de bénéficiaires augmentera donc la part des aides publiques dans leur chiffre d’affaires. Avec cette rente assurée, pourquoi baisser les prix des billets d’avion ?
L’aide au voyage entre La Réunion et la France financée par les pouvoir publics est appelée « aide à la continuité territoriale ». Ceci permet de bénéficier d’une réduction sur le prix des billets d’avion pour un voyage arrivant en France. Il faut pour ceci être résident dans une ancienne colonie intégrée à la République.
Un communiqué de la préfecture annonce que « revalorisée en 2023, la participation de l’Etat est de 50 % en moyenne du prix des billets. Cette aide est délivrée sous condition de ressources afin de cibler les ménages les plus modestes ».
Jugé comme « mesure phare du Comité interministériel des Outre-mer, le seuil d’éligibilité, calculé sur le quotient familial, passe de 11 991 euros à 18 000 euros. C’est l’objet de l’arrêté du ministre de l’Intérieur et des Outre-mer modifiant les critères d’éligibilité à l’aide fonds de continuité territoriale du 22 janvier 2024, publié au Journal officiel du 25 janvier. Selon les territoires, « entre 75 % et 91 % des foyers fiscaux deviennent ainsi éligibles à compter du 26 janvier 2024 ».
Le seuil d’éligibilité est relevé de plus de 50 %, par conséquent même des familles qui ont les moyens de s’acheter des billets d’avion pour aller en France seront aidées par l’État.
D’ailleurs, le communiqué rappelle que l’objectif reste de faciliter les voyages vers la France, « tout en réaffirmant le caractère social de cette aide ».
Les compagnies aériennes sont, au final, les bénéficiaires de cette aide qui est comprise dans le prix du billet d’avion. La Cour des comptes avait d’ailleurs fait observer que cette aide n’encourageait pas les compagnies aériennes à baisser leurs tarifs. Grâce à une aide de l’État qui représente 50 % du prix du billet, le reste à charge du bénéficiaire de l’aide correspond aux prix pratiqués il y a quelques années entre La Réunion et Paris.
En donnant à ceux qui ont les moyens de payer, Paris transforme cette aide à caractère social en une subvention quasi-générale des billets d’avion entre La Réunion et la France.
L’objectif est de favoriser le voyage des Réunionnais en France. Ceci incitera donc des Réunionnais qui auraient pu passer leurs vacances dans leur pays à aller en France pour y dépenser l’argent économisé pour cette période.
Une telle politique avait été mise en œuvre pour des raisons clientélistes par l’ancien président de Région Didier Robert. L’enveloppe allouée à cette aide au voyage vers la France s’élevait à plusieurs dizaines de millions d’euros par an d’argent public, soit l’équivalent du lycée par an que la Région a stoppé de construire durant l’époque Didier Robert. Le hall de l’hôtel de Région était transformé en guichet d’agence de voyage, avec comptoir et salle d’attente.
Le changement de majorité à la Région a remis de l’ordre : la continuité territoriale relève de l’État, à lui de mettre en œuvre et de gérer.
L’État revint à des critères sociaux : des personnes qui étaient aidées par la Région sous Didier Robert ne l’étaient plus car selon les critères, elles peuvent se payer un billet d’avion sans aide publique.
Cette mesure avait suscité des critiques à La Réunion. L’État les a entendues et ce sont entre 75 % et 91% des foyers fiscaux qui seront éligibles. Rappelons que plus de 30 % des Réunionnais sont sous le seuil de pauvreté, et que plus de 50 % des enfants vivent dans une famille pauvre.
Manifestement, des familles ayant les moyens de payer pourront de nouveau être aidées, comme à l’époque Didier Robert.
M.M.
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