Déplacements hier, aujourd’hui et demain

De l’urgence d’une alternative au tout-automobile

4 novembre 2004

En supprimant le “ti train” au début des années cinquante, en balayant les voix progressistes qui étaient contre, le Conseil général de l’époque a pris une décision lourde de conséquences. Aujourd’hui, le coma circulatoire nous guette. À l’horizon 2015, certains axes connaîtront un taux de saturation de 150%.

"Un mode de transport fiable, rapide, séduisant". C’est en ces termes que nombre de Réunionnais qui ont apporté leur contribution au débat public sur le thème “Mieux se déplacer demain” dressent le portrait-robot du futur mode de déplacement collectif, le Transport en commun en site propre, qu’ils préféreraient voir prendre la forme d’un train ou d’un tram-train.

Une fois ce plus petit dénominateur commun posé, le débat n’est pas clos pour autant. Avec près de 300.000 véhicules circulant sur nos routes, la course de vitesse entre l’allongement et l’amélioration du réseau routier et les nouvelles immatriculations est perdue d’avance. Le coma circulatoire est proche.

Aberration

D’autant que les améliorations en cours se font - même provisoirement - au détriment de la circulation. Ainsi, la réalisation de l’échangeur de Gillot, point final du boulevard Sud, véritable serpent de mer qui devient enfin réalité, ce sont les quelque 60.000 véhicules qui affluent chaque matin de l’Est vers Saint-Denis qui font du sur-place.
Si la quatre-voies de l’Est met en théorie Saint-Benoît à une vingtaine de minutes de Saint-Denis, dans la pratique, il en va tout autrement. Chaque matin, ça coince à partir de la pente de Bel-Air à Sainte-Suzanne et, dans le meilleur des cas, on roule au pas jusqu’à la capitale.
Et l’on en arrive à cette aberration qui fait qu’un automobiliste venant de la Plaine des Cafres, par exemple, mettra moins d’une heure pour arriver jusqu’à Sainte-Suzanne, et devra ensuite patienter jusqu’à trois quarts d’heure pour effectuer la quinzaine de kilomètres séparant Sainte-Suzanne de Saint-Denis !
Une prise de vues aériennes effectuée le matin, ou en fin d’après-midi en certains endroits de l’île, donnerait une idée exacte de ce coma circulatoire qui nous guette. Que ce soit aux abords de Saint-Denis, aux entrées Est et Ouest, ou dans le Sud, avec les traversées de Saint-Joseph ou de Grand-Bois, vues du ciel, de longues files de voitures illustreraient parfaitement l’impasse vers laquelle nous conduit le tout-automobile.

108 véhicules neufs vendus chaque jour

Pourtant, malgré la hausse constante des carburants, malgré le prix des voitures (masqué, il est vrai, par un accès au crédit mettant la voiture à la portée du plus grand nombre), malgré les embouteillages qui s’allongent chaque année un peu plus, aucune alternative crédible au tout-automobile n’a été initiée par les pouvoirs publics au cours de ces dernières décennies.

Certes, l’idée d’un TCSP n’est pas nouvelle. En 1995, le Schéma d’aménagement régional (SAR) confirmait le principe de la mise en place d’un TCSP reliant les agglomérations. Or, le boom de l’automobile à La Réunion démarre à cette période également. De 139.000 véhicules en circulation en 1990, nous sommes passés à 280.771 l’an dernier, soit une augmentation de 102% du parc automobile réunionnais, avec ce qu’il convient d’appeler des “années-records”.
Si en 1998, il s’est vendu une moyenne de 85 véhicules neufs par jour, dimanche non compris (INSEE-TER 2000), l’an dernier, cette moyenne est montée à 108 véhicules neufs vendus par jour ouvré, soit une augmentation de 27% en cinq ans !
Au vu de ces chiffres, on comprend que la fuite en avant, longtemps considérée comme la seule solution, qui consiste à construire des routes, n’est pas viable. Entre le temps de décision, les études techniques, le montage du dossier et le bouclage du financement, il se passe entre trois et cinq ans pour la réalisation de quelques kilomètres de route.

Dans le même laps de temps, ce sont plusieurs dizaines de véhicules qui sont mis en circulation et qui, au final, annihilent l’effort consenti par la collectivité, c’est-à-dire par le contribuable-automobiliste. Quels que soient les efforts consentis et la volonté politique affichée, la route ne peut plus être considérée comme la seule solution. D’autant que le foncier se fait rare.

La route des Tamarins réalisée plus vite

Lorsque les éternels insatisfaits ronchonnent devant le délai de réalisation de la Route des Tamarins, se demandant si elle sera réalisée en quatre ou cinq ans, on peut rétorquer, à titre de comparaison, que la quatre-voies de l’Est, entre Saint-Denis et Saint-Benoît, a été réalisée par tronçons espacés dans le temps, en une quinzaine d’années.
La mise à quatre voies entre Bras-Panon et Saint-Benoît ne date que de 1999 et la déviation de Sainte-Marie est nettement plus récente. Or, la Route des Tamarins, longue de 35 km, malgré la réalisation d’ouvrages d’art exceptionnels et le franchissement de plus d’une centaine de ravines, sera réalisée en trois fois moins de temps que les 39 km séparant Saint-Denis et Saint-Benoît, sachant qu’il n’existe pas entre ces deux villes les mêmes obstacles physiques nécessitant d’importants ouvrages d’art...

Route du Littoral : triplement

Toujours à titre de comparaison, les déviations de la Saline et de Saint-Leu sont sorties de terre dans des délais relativement courts. Mais quels que soient les exemples, le problème reste entier : l’afflux annuel de nouveaux véhicules a toujours une sacrée longueur d’avance sur l’augmentation du réseau routier. Qu’il s’agisse de nouvelles routes ou d’amélioration des conditions de circulation, le constat est toujours le même.
Illustration par l’exemple : la traversée de Saint-Denis. Malgré la mise en service de nouveaux tronçons du boulevard Sud, malgré la mise en sens unique et l’élargissement de la RN1 et de la rue Léopold-Rambaud, avec la création dans les deux cas de nouvelles voies de circulation, la circulation est toujours aussi difficile. Au point que l’on peut se demander comment un tel flux de circulation a pu être absorbé par deux chaussées de moins de huit mètres de large !
S’il fallait encore un exemple à cette litanie, rappelons que lors de son inauguration en 1976, la route du Littoral absorbait un trafic quotidien de moins de 20.000 véhicules par jour. En moins de trente ans, ce chiffre a été multiplié par trois.
Selon le dossier de synthèse rendu en 2001 par les bureaux d’études travaillant sur le projet de TCSP “tram-train” entre Saint-Benoît et Saint-Paul, les choses ne peuvent qu’empirer avec un taux de saturation qui se situerait à l’horizon 2015, entre 80 et 90 %. Entre Saint-Paul et le Port, la quatre-voies connaîtrait un taux de saturation variant entre 100 et 150%.

Même chose entre Saint-Denis et Sainte-Marie, alors qu’entre le Port et la Possession, on frôlerait les 100%. Pourtant, depuis 1986, ce sont près de 100 km de quatre-voies qui ont été réalisées. Alors, la pa asé, mète ankor ?

S.D.


De 1990 à 2003, +102% de voitures

En 1990, le parc automobile réunionnais comptait 139.000 véhicules. En 2003, ce parc s’élevait à 280.771 unités, non compris les deux-roues. Soit une augmentation de 102% en moins de quinze ans !
Même si la comparaison vaut ce qu’elle vaut et ne repose pas sur des situations similaires, en France, dans le même temps, l’augmentation du parc automobile français a été lui, de 14%.
La décennie 1990-2000 aura vu un développement de 77,6% du nombre de véhicules sur nos routes. Sur les cinq dernières années, la croissance aura été de près de 20%. Quant aux immatriculations de véhicules neufs, à quelques variables près, elles se maintiennent à un niveau élevé : 23.350 en 1999, 21.463 en 2000, et une année record en 2001, avec 24.651 immatriculations. Un chiffre qui est quelque peu retombé, puisque l’on est passé à 22.231 en 2002 et 22.750 l’an dernier.


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Témoignages - 82e année


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