Le Boulevard Sud à Saint-Denis et la politique des déplacements à La Réunion

Faut-il subir le diktat de l’automobile ?

23 août 2004

Une partie du Boulevard Sud de plus - la section Source-Mazagran - a été inaugurée samedi matin. Commencé en 1985, le Boulevard Sud devrait être terminé totalement en 2008, soit vingt-cinq ans pour réaliser la traversée routière de Saint-Denis d’Est en Ouest par le Sud de l’agglomération. Pour tous, cette expérience doit amener à réfléchir davantage aux futurs travaux structurants, vu notamment le coût important des terrains, équivalent à celui des travaux. Par manque d’anticipation, la ville a été construite d’abord et il a fallu percer la route ensuite, ce qui a causé de nombreuses expropriations. Les mêmes problèmes se reposeront pour la route des Tamarins et pour le transport collectif en site propre (TCSP - tram train).

Lors de l’inauguration du nouveau tronçon la Source-Mazagran, avant-dernière partie du Boulevard Sud, le député-maire de Saint-Denis, René-Paul Victoria, mettait en avant le fait que le Boulevard Sud est "une alternative au front de mer", permettant une meilleure circulation. Il a tenu a remercier les Dionysiens pour leur patience, les écoles voisines, les riverains, les commerçants, les chefs d’entreprises ainsi que les techniciens et les ouvriers. La prochaine et dernière étape, prévient-il, nécessitera de lourds travaux car il est prévu une voie souterraine.
Nassimah Dindar, présidente du Conseil général et conseillère municipale, faisait part de ses craintes de voir le Boulevard Sud très vite saturé sous la pression du tout-automobile. Pour elle, la réflexion s’impose sur la problématique du transport en commun.
Toute La Réunion doit se poser le problème, dit-elle. Le Département s’engage pour le transport collectif, pour l’aide aux déplacements à vélo, et veut travailler au tram-train avec l’ensemble des partenaires.

"Un cadeau très lourd à gérer"

Paul Vergès se réjouissait, en tant que responsable de l’aménagement du territoire, de l’importance et de la qualité du travail accompli en soulignant que le coût du foncier est aussi cher que la réalisation.
Mais en tant qu’homme politique, voyant ce boulevard passer sur les lieux du Saint-Denis historique, sur toute la zone de l’esclavage, sur le camp Calixte, sur le lieu de vie de nos ancêtres, il en tire la leçon que "le passé ne doit pas être effacé par les besoins du présent". Il affirmait lui aussi que dans cette course en avant entre le nombre de voitures et les équipements, il faut impérativement réfléchir à d’autres modes de transport.
Il concède à René-Paul Victoria qu’aménager 8 kilomètres d’un boulevard urbain dans une ville déjà construite est "un cadeau très lourd à gérer". Constatant qu’il a fallu un quart de siècle pour aller de la conception à la livraison de ce projet et constatant que les conditions entre temps ont été transformées, il ne posait qu’une question à l’assemblée : "Est-ce que c’est nous qui trouvons les solutions ou est-ce la filière automobile qui nous dicte ce que nous devons faire, réduisant les aménageurs à être les exécutants d’une loi économique implacable visant à satisfaire à un mode de locomotion qui n’a rien à voir avec l’aménagement du territoire ?"
Une question qui remet le projet de tram-train au premier plan. D’autant plus qu’il faudra le mailler aux boulevards existants et qu’à la mort du chemin de fer, le foncier a été dispersé.
Le préfet Dominique Vian, pour sa première inauguration, dit son vif plaisir de voir les quatre pouvoirs réunis (État, Région, Département, commune). Pour lui, en 20 ans, Saint-Denis s’est projeté sur le futur tout en mettant en valeur son riche patrimoine.
Il faisait noter que "en 20 ans la population a augmenté de 40 % et le parc automobile de 235%", pour montrer combien l’automobile est une contrainte forte. Il invite tous les partenaires à la recherche d’une synergie pour traiter les problèmes de demain en se positionnant pour une formule innovante de transport collectif en site propre.

Eiffel


Inauguration et apprentissage de la citoyenneté

L’école Raymond Mondon est concernée en premier lieu par la construction du Boulevard Sud. Elle est constamment confrontée au trafic, aux problèmes de bruits, de sécurité. Une classe de CM2 et une Classe d’intégration scolaire de niveau 1 étaient présentes sur le site le jour de l’inauguration. C’était pour les professeurs un moment fort d’apprentissage de la citoyenneté. Malheureusement les enfants n’auront pas pu attendre le discours des personnalités. Ils feront quand même un article et des photos qu’ils intégreront sur le CD ROM de la vie de l’école.


La section Source - Mazagran : présentation de l’opération

Coût de l’opération : 16,6 millions d’euros
Foncier : 7,58 millions d’euros
Études : 0,43 millions d’euros
Travaux : 8,58 millions d’euros
Longueur de la section : 680 mètres
Largeur variable de 33 à 46 mètres
Vitesse limitée à 50 Kilomètres
Partenaires financiers :
Maîtres d’ouvrage : Région Réunion - État
Co-financeurs : Union européenne (FEDER) : 26%
Région Réunion : 60%
Commune de Saint-Denis : 14%
Maître d’œuvre : DDE de La Réunion.


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus