Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Déjà 33 morts depuis le début de l’année
20 novembre 2025, par

Les chiffres de l’insécurité routière à La Réunion d’octobre 2025 publiés hier rappellent une vérité que certains refusent encore de regarder en face : à La Réunion, la route tue, et elle tue de plus en plus. En dix mois, 33 personnes ont perdu la vie, contre 27 l’année dernière. Pendant qu’on nous répète que la prévention suffit, les faits démontrent le contraire : notre dépendance forcée à l’automobile est devenue un problème de santé publique.
Les accidents corporels diminuent (-5 %), les blessés aussi (-10 % pour les hospitalisations). Et pourtant, la mortalité grimpe de 12 %. Pourquoi ? Parce que sur une île où l’on a détruit le train et jamais reconstruit d’alternative crédible, les Réunionnais n’ont d’autre choix que de s’entasser sur un réseau routier saturé, avec des véhicules toujours plus puissants, toujours plus rapides, toujours plus dangereux.
La route est devenue un piège quotidien, et les plus vulnérables y laissent leur vie.
Les causes des accidents sont connues :
Alcool : 39 %
Vitesse : 26 %
Inattention : 22 %
Stupéfiants : 10 %
Mais derrière ces chiffres, une autre réalité : la voiture est devenue l’unique mode de déplacement possible.
Les véhicules importés, homologués pour rouler bien au-delà des limites locales, transforment chaque route en piste de vitesse potentielle.
L’inattention explose avec les smartphones. Et comment s’en étonner ? Passer des heures dans les embouteillages favorise forcément les comportements à risque.
Encore une fois, les individus sont blâmés — jamais le système.
Depuis des décennies, les gouvernements successifs refusent d’investir dans le rail, pourtant le mode de transport le plus sûr au monde.
Sinon à La Réunion, où le train a été détruit, où chaque projet ferroviaire est sabordé, où l’on préfère multiplier les routes, les échangeurs et les parkings… puis s’étonner que les morts augmentent.
Les 33 victimes de cette année ne sont pas une fatalité.
Elles sont le résultat direct :
d’une dépendance automobile imposée,
d’une absence totale d’alternative de mobilité,
d’une vision archaïque du transport héritée de choix coloniaux où l’économie routière prime sur la vie humaine.
Tant que l’île restera prisonnière du tout-voiture, les campagnes de prévention ou de répression ne créeront pas le risque zéro.
La seule réponse durable, efficace et égalitaire, c’est la reconstruction du train, appuyée par un véritable réseau de transports publics modernes.
La sécurité routière n’est pas qu’une affaire de comportements individuels.
C’est un choix de société.
Cette année encore, 33 familles en paient le prix. À nous de décider si l’année prochaine devra ressembler à celle-ci — ou si nous avons enfin le courage d’investir dans un avenir où nos routes ne seront plus des couloirs de mort.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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