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Transports : au moins 20 ans de retard de La Réunion sur Madagascar
30 avril, par

Pendant que Madagascar relance le rail, La Réunion reste bloquée dans le tout-automobile. Avec 200 millions de dollars de la Banque mondiale notamment pour réhabiliter 371 km de voie ferrée vers Toamasina, Madagascar investit dans l’avenir. À La Réunion, l’abandon du tram-train continue de peser. Ce contraste montre que le sous-développement de La Réunion est politique. Sans relance des transports collectifs structurants, l’écart avec nos voisins de l’océan Indien risque encore de se creuser.
Avec l’approbation par la Banque mondiale d’un financement de 200 millions de dollars pour un projet multimodal de transport et de logistique, Madagascar franchit une étape stratégique. Ce plan comprend notamment la réhabilitation de 371 kilomètres de voie ferrée entre Antananarivo et le port de Toamasina, axe vital pour le transport des marchandises et des voyageurs remis en service en juin 2023 sous la présidence d’Andry Rajoelina, avec le train Dia Tsara. L’objectif est clair : moderniser les infrastructures, réduire les coûts logistiques, renforcer les échanges économiques et préparer le pays aux défis climatiques.
Pendant ce temps, à La Réunion, le constat est accablant. Alors que notre île dispose de moyens financiers largement supérieurs, grâce aux fonds publics français et européens, elle continue d’accumuler du retard en matière de transports collectifs structurants. Le contraste est saisissant : un Madagascar relance son chemin de fer quand, à La Réunion, le train a été abandonné avant même d’exister.
Cette annonce venue de Madagascar rappelle avec force une réalité trop souvent occultée : le retard réunionnais n’est pas une fatalité géographique, mais le résultat de choix politiques. Le projet de tram-train, qui aurait pu transformer durablement les déplacements dans l’île, a été sacrifié au profit des intérêts du lobby du tout-automobile et de sociétés françaises. Depuis, les politiques routières dominent, avec leur cortège d’embouteillages, de pollution, de dépendance automobile et de gaspillage d’argent public.
Le projet malgache montre pourtant qu’une autre voie est possible. Miser sur l’intermodalité, articuler rail, route et logistique portuaire, penser le transport comme outil de développement : voilà une orientation cohérente. À La Réunion, où la saturation routière freine l’économie et pèse sur la qualité de vie, une telle vision manque cruellement.
Plus grave encore, ce retard risque de s’aggraver. Si Madagascar améliore son efficacité logistique et ses connexions intérieures pendant que La Réunion reste enfermée dans le tout-automobile, l’écart en matière de compétitivité régionale se creusera. Dans l’océan Indien, les dynamiques évoluent. Ceux qui investissent aujourd’hui dans les infrastructures durables prennent de l’avance.
Cette décision de la Banque mondiale doit donc interpeller les responsables réunionnais. Comment accepter qu’un territoire doté de davantage de moyens reste en retrait sur un enjeu aussi central ? Comment justifier l’absence de réseau ferré, quand les urgences sociales, écologiques et économiques imposent des alternatives ?
L’exemple malgache remet une vérité au centre du débat : le progrès n’est pas réservé à ceux qui se disent Français, il dépend d’abord d’une volonté politique. À La Réunion, il est temps de sortir du renoncement et de remettre à l’ordre du jour une politique ambitieuse de transports collectifs. Sinon, le retard sur Madagascar, déjà considérable, sera irrattrapable illustrant le sous-développement de La Réunion.
M.M.
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