Tram-Train et nouvelle route entre Saint-Denis et La Possession

L’alternative des Hauts

30 octobre 2004

Dans une contribution au débat, Joseph Luçay Maillot propose un projet de liaison Saint-Denis La Possession par les Hauts, et met en garde sur les coûts importants et difficilement mesurables d’une solution utilisant le principe de la digue en mer.

Dans les colonnes du “Journal de l’Ile” du 13 octobre 2004, Monsieur Paul Vergès a déclaré que, parmi d’autres, il y a la solution d’une digue sur la mer de 10,5 kilomètres depuis La Possession plus 1,5 kilomètres de tunnel à l’arrivée sur Saint-Denis pour le passage de la nouvelle liaison routière entre Saint-Denis et La Possession et pour le passage du Tram-Train. Selon Monsieur Vergès, cette solution pourrait même être préférée à un passage par les Hauts car la route des Hauts nécessiterait un tracé de 25 kilomètres et le creusement de deux longs tunnels en ligne droite qui pourraient désorienter les conducteurs et entraîner des pertes de contrôles.
Je pense que Monsieur Vergès, s’est appuyé sur des informations erronées ou qu’il s’est trompé pour affirmer cela. Car, si l’on prend comme base de références les cartes topographiques au 25.000 ème réalisées par l’Institut géographique national, le tracé de la route par les Hauts ne nécessiterait pas le creusement de deux tunnels mais d’un seul tunnel d’environ 3,5 kilomètres de long pour relier Saint-Denis et Le Ruisseau Blanc, plus environ 7,5 kilomètres de voies à l’air libre pour rejoindre la route à quatre voies à l’entrée de La Possession.

Le tracé de cette route partirait de l’intersection du Boulevard Sud et de la route de la Montagne à l’altitude de 70 mètres, puis il passerait par un tunnel en pente douce qui déboucherait au Ruisseau Blanc à l’altitude de 375 mètres environ et de là, après avoir franchi la Grande Ravine, il redescendrait vers La Possession en franchissant d’abord la Ravine à Jacques à l’altitude de 358 mètres puis la Ravine de la Grande Chaloupe à l’altitude de 351 mètres, puis la Ravine de la Petite Chaloupe à la cote 318, puis la Ravine à Malheur à la cote 200 d’où il continuerait en pente douce vers La Possession pour rejoindre la quatre voies actuelle soit à l’aide d’un petit tunnel, soit grâce à un viaduc comme il est prévu pour la Route des Tamarins à son arrivée à Saint-Paul.

2 départs possibles à Saint-Denis

La liaison de cette route des Hauts avec la quatre voie longeant le littoral de Saint-Denis pourrait se faire, soit en prolongeant le boulevard du front de mer depuis la rue Labourdonnais jusqu’au Cap Bernard et en construisant une voie supplémentaire sur la portion du boulevard Sud comprise entre le cap Bernard et l’intersection avec la route de la Montagne ainsi qu’un nouvel échangeur au niveau du cap Bernard, soit en creusant un tunnel sous Saint-Denis en partant du boulevard de l’océan pour déboucher au niveau des rampes Ozoux et en reliant ce tunnel à la nouvelle route sous la montagne par un nouveau pont sur la rivière Saint-Denis.

3,5 kilomètres de tunnel

Comme on pourra le constater en se référant à l’échelle de la carte de l’IGN, la longueur de la route des Hauts, qui serait ainsi réalisée pour recevoir à la fois le trafic routier et le Tram-Train, serait inférieure à celle que l’on envisage de construire sur la mer. Et les 3,5 kilomètres de tunnel qui relieraient Saint-Denis à Ruisseau Blanc ne perturberont pas plus les automobilistes de La Réunion que ceux de Lyon lorsqu’ils passent par le tunnel de la Fourvière ou que ceux de Marseille lorsqu’ils empruntent le tunnel du Prado ou encore ceux qui empruntent tous les jours les 11 kilomètres du tunnel du Mont Blanc.

Prendre du recul

Les projets de Tram-Train et de nouvelle liaison entre Saint-Denis et La Possession font l’objet depuis quelques jours d’un large débat dont on ne peut que s’en féliciter. Mais il ne faudrait pas que ce débat soit pipé par la diffusion d’informations erronées par ceux qui veulent à tout prix faire passer leur projet, sans doute parce qu’il vaut mieux pour eux faire adopter les projets les plus chers puisque les primes qui leur seront attribuées seront calculées en définitive sur le montant du coût des travaux réellement réalisés.
Pour ma part, je demeure sceptique devant les arguments invoqués par les défenseurs de la solution basse, surtout lorsqu’ils prétendent que le passage par les Hauts sera deux fois plus long que le passage par les Bas, que cette solution va porter atteinte à l’environnement, ou encore lorsqu’ils prétendent que la construction d’une digue en blocs rocheux ou en blocs de béton armé sur une hauteur pouvant dépasser les 50 mètres compte tenu de la profondeur à laquelle il faudra l’accrocher sur le fond de la mer, coûtera moins cher que les travaux de creusement de 3,5 kilomètres de tunnel et de 7,5 kilomètres de route à l’air libre comprenant des travaux de terrassement et la réalisation de 5 ouvrages d’art pas plus importants que ceux que nous avons déjà réalisés sur les diverses rivières de La Réunion, ou que ceux qui sont prévus par la Route des Tamarins.

Contraintes du choix de la digue

En effet, pour être définitivement à l’abri des éboulements et des chutes de pierres, cette digue devra être construite assez loin du rivage actuel (entre 25 et 30 mètres du bord).
Par ailleurs, pour être à l’abri des houles cycloniques exceptionnelles qui peuvent être supérieures à 20 mètres de hauteur notamment lorsque les vents dépassent les 300 kilomètres/heure (ce qui va être de plus en plus fréquent avec les conséquences du réchauffement de la planète), cette digue devra s’élever à au moins 25 mètres au dessus du niveau de la mer. Et comme son sommet devra avoir entre 35 et 40 mètres de larges pour permettre le passage des quatre voies destinées à la circulation routière et des deux voies destinées au Tram Train, il faudra que sa base s’étale au fond de la mer sur une largeur comprise entre 70 et 100 mètres. C’est donc un ouvrage colossal digne des pharaons d’Egypte qui ont construit les pyramides ou des empereurs qui ont construit la grande muraille de Chine que l’on envisage de réaliser. Et j’ai du mal à croire que cet ouvrage coûtera moins cher qu’une route par les Hauts.
Ceci d’autant plus que d’après la carte bathymétrique N°7183, les fonds marins entre La Possession et Saint-Denis sont à plus de 20 mètres de profondeurs à 100 mètres du rivage actuel, et qu’il faudra travailler au moins jusqu’à cette profondeur de 20 mètres pour réaliser les fondations de cette digue qui devra être très profondément ancrée dans le sol, par des pieux de béton armé descendant au moins jusqu’à 50 mètres au dessous du niveau du sol, si on ne veut pas qu’elle glisse sur la pente de l’océan, emportée par son propre poids.
Or, le travail en mer par 20 mètres de fonds nécessite des engins et des personnels très spécialisés et surtout est tributaire de l’état de la mer, ce qui aura pour conséquence, non seulement d’influer considérablement sur les prix du marché qui devra être passé pour la réalisation du chantier, mais également de rendre très difficile le respect des délais prévus. En effet, comme la période cyclonique dure quatre mois, de début décembre à début avril, on peut supposer sans risque de se tromper que les travaux de fondation devront être arrêtés pendant une bonne partie de cette période.
Par ailleurs, comme il sera impossible de réaliser le chantier en une année, il faudra prévoir d’importantes mesures de protection de l’ouvrage au fur et à mesure de sa réalisation si on ne veut pas qu’il soit emporté par un violent cyclone survenant avant son achèvement. Ce qui bien entendu aura pour effet d’augmenter le coût des travaux dans des proportions considérables.
Toute cette argumentation démontre bien que le passage par la mer tel qu’il est proposé actuellement par les services de la DDE, et semble-t-il accepté par le président Vergès, ne sera pas forcément plus facile à réaliser et moins cher qu’un passage par les Hauts.
En choisissant la solution basse, non seulement nous défions les éléments mais nous reproduisons la situation crée par le chantier du basculement de l’eau d’Est en Ouest. C’est à dire que nous nous mettons dans l’incapacité de dire combien ce chantier coûtera réellement et quand il sera terminé, tout en étant impossible de revenir en arrière lorsqu’il sera commencé.

Conserver la route du littoral

Faut-il vraiment prendre ce risque ou choisir le passage par les Hauts qui permet au moins de se baser sur des chiffres fiables et de savoir où l’on va réellement ? En tout cas, c’est le choix que je ferai, d’autant plus que le passage par les Hauts présente d’autres avantages non négligeables, qui consistent non seulement à mener la ville à la campagne entre Saint-Denis et La Possession, mais également à continuer d’utiliser la route du littoral actuelle après avoir achever son programme de sécurisation, et peut-être comme je l’ai suggéré dans un courrier des lecteurs du “Quotidien de La Réunion” du 25 mai 2001, à trouver, grâce au percement des tunnels, les déblais nécessaires à la réalisation de certains travaux de la commune de Saint-Denis, tels que l’endiguement de la Rivière Saint-Denis, son port de plaisance, ou tout simplement pour gagner du terrain sur la mer là ou les fonds marins de la bande côtière sont inférieurs à 5 mètres.
Comme je l’ai indiqué dans un courrier des lecteurs publié dans le “Quotidien de La Réunion” du 18 avril 2001, une route ne sert pas seulement à relier un point à un autre, mais elle participe également à l’aménagement du territoire et peur contribuer à un développement harmonieux d’une région, en orientant l’habitat et l’activité économique sur les terres ayant le moins de valeur agricole.
D’autre part je reste persuadé que la construction d’une nouvelle route sur la mer va entraîner l’abandon de la route actuelle alors que la solution par les Hauts permettrait de la conserver et de l’affecter au passage des poids lourds ou des transports en commun qui n’auront pas besoin de passer par La Montagne. Ce qui permettrait du même coup de ne pas jeter par la fenêtre les sommes énormes qu’elle a déjà englouties tant pour sa réalisation que pour son entretien et sa sécurisation.
Quelle incohérence que de dépenser tant d’argent pour un investissement, puis de le jeter alors qu’il peut encore servir, pour dépenser de nouveau des sommes folles dans un projet qui restera, malgré tout ce que l’on pourra dire, à la merci d’un houle cyclonique exceptionnelle ou d’un tsunami géant provoqué par une éruption volcanique ou par la chute d’une grosse météorite dans l’océan !

Attention aux phénomènes climatiques extrêmes

Le tsunami provoqué par l’éruption du volcan de l’île de Krakatoa en 1883, qui créa une vague de plus de 40 mètres de hauteur qui déferla jusque sur les côtes de l’Angleterre, et celui qui balaya les côtes de l’Alaska en 1964 avec une vague de 67 mètres de haut, nous démontrent bien que ce risque n’est pas une fiction. Et ces seuls exemples devraient suffire à nous faire adopter le projet de passer par les Hauts. Car la route en hauteur supprimera tous les risques pour les automobilistes et pour l’économie réunionnaise, et coûtera moins en cher en entretien.
Actuellement le conseil d’État refuse d’indemniser les victimes de la route du littoral si elles n’arrivent pas à prouver l’existence d’une faute au niveau de l’entretien de la route. Mais n’y a-t-il pas également faute lorsque l’on persiste dans une voie pleine d’embûches et de risques alors que l’on peut raisonnablement choisir une autre voie ne comportant aucun risque ? L’avenir nous dira peut être quelle sera la position des juges administratifs sur ce point lorsque la question leur sera officiellement posée dans le cadre d’une procédure engagée par une victime d’une fermeture de la nouvelle route construite sur la mer.

Encore une fois : “Errare humanum est sed perseverare diabolicum est”

Joseph Luçay Maillot


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Témoignages - 82e année


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