La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Aménagement du territoire
15 septembre 2007

On peut tous être fiers de ces ouvriers qui construisent la route des Tamarins. À voir l’ouvrage, et l’effort des ouvriers réunionnais, on ne peut que saluer l’initiative de la collectivité régionale, qui rendait hier hommage à ces hommes et femmes qui travaillent pour l’ouverture de cet axe routier majeur pour le devenir de l’île et son futur million d’habitants.
Nous avons roulé sur ce qui sera la route des Tamarins. Pour l’heure, le macadam laisse la place aux cailloux et à la poussière, et nous attendons tous avec empressement la livraison de cet axe routier primordial pour le devenir de notre île, et les futures générations réunionnaises. Dans les Hauts de la Saline, une gigantesque salle de réception accueillait hier les acteurs de la création de la route des Tamarins.
Pourquoi un tel rassemblement d’ouvriers de la route des Tamarins ? Et pourquoi pas en fait ? « Nous sommes en présence du plus grand chantier routier de toute l’Europe, et qui aura une importance considérable pour La Réunion. Nous aurons dans 1 an et demi l’inauguration, avec des personnalités, sans doute gouvernementales, régionales. Et nous avons pensé qu’il était juste, même si cela n’était pas habituel, de rendre hommage d’abord à ceux qui ont construit la route », débute Paul Vergès, Président de la Région Réunion, sous les applaudissements des 1.300 ouvriers invités et des personnalités politiques et économiques. Il s’agissait de « rendre hommage à tous les ouvriers de la route des Tamarins », poursuit Paul Vergès, mais l’hommage ne va pas seulement à ceux-là. Tous les collaborateurs, représentants de l’Etat, entreprises, des collectivités aussi, ont été associés à cette réussite. Chacun reçoit, en signe de reconnaissance régionale, un trophée “Route des Tamarins” et un certificat prouvant la participation à ce grand projet. Leur travail servira pour des décennies et des décennies, d’autant que notre population est appelée à augmenter et approcher le million d’habitants, ce qui oblige à la prévoyance et l’anticipation.
Mobilité durable et nouvel axe routier ?
Notre île vit à l’heure des grands travaux routiers. Mobilité durable, et création d’une route hors normes comme celle des Tamarins, est-ce cohérent ? La question, posée à Paul Vergès par un confrère, est pertinente. Certains continuent à scander que la collectivité mène méli-mélo son combat pour un développement durable, s’affichant tantôt pour un mode de déplacement propre, mais ouvrant une voie pour le tout automobile.
A l’échéance 2015, selon des sources de la DDE (Direction Départementale de l’Équipement), entre 50.000 et 65.000 véhicules devraient circuler sur la route des Tamarins, voire près de 69.000 automobiles en heure de pointe. « Mais sur une deux fois deux voies, voire sur trois voies quelques fois. Moi, je pense que c’est le plus grand chantier que nous avons fait pour le moment. Et quand il y aura la réalisation du tracé du tram-train et puis le nouveau tracé de la route en corniche, enfin les Réunionnais se déplaceront avec facilité. On pourra habiter dans le Sud sans craindre de partir travailler dans le Nord, d’autant que l’on aura le choix en termes de modes de déplacement. Paul Vergès est pour moi ce grand architecte qui a compris comment développer La Réunion. Et ce qui est appréciable, c’est qu’il le fait avec les Réunionnais », déclare un invité soucieux de son anonymat. « Moin mi trouv sé in bon loportunité po nou, mason. Astèr, n’i pé dir nou la travay dési in gran shantié, sérié. Astèr, an pliss, i di anou mèrsi po sat nou la fé, karéman i mèt nout non dan listoir, moin lé kontan. Mi espèr mon bann marmay sora fièr de moin. Epi, mi koné lété inportan i konstrui inn rout komsa. Ou yèm èt dann boushon, ou ? Moin, non, mi siport pa », m’explique Jean-Claude. Encore faut-il rappeler que cette route des Tamarins aidera les Hauts dans leur développement, notamment en termes touristiques. Les nombreux points de vue qui longent la route des Tamarins ne manqueront pas de séduire nos touristes. Pour autant, cela ne devra pas changer le fait que La Réunion s’équipera de son réseau tram-train.
Les 3 routes circulaires et le tram-train
Cela faisait 20 ans que le débat nourrissait les discussions réunionnaises. Aujourd’hui, une forte majorité de Réunionnais approuve fermement la création de cette route de moyenne altitude, qu’ils considèrent comme un élément majeur de l’aménagement du territoire. Cela constituera un atout pour la région Ouest, mais surtout pour la microrégion Sud de l’île. Le fonctionnement de la société et de l’économie réunionnaises se verra fluidifier, propice au travail de la population. À la fin des travaux de la route des Tamarins, le Président Vergès annonce qu’il faudra envisager les grands projets qui influeront sur les siècles à venir.
« Cette route de 40 kilomètres, de Saint-Paul à l’Etang-Salé, n’est que l’amorce du grand projet nécessaire à la population et à l’économie du pays, c’est-à-dire c’est l’amorce de la route circulaire de moyenne altitude qui va aller jusqu’au Sud, jusqu’aux Lianes, et qui va aller vers le Nord et vers l’Est et qui va aller jusqu’au-delà de Saint-Benoît. Et ce n’est qu’à ce moment-là que La Réunion du million d’habitants et du développement aura à sa disposition les trois routes circulaires, du littoral, la route Hubert Delisle, chemin gouvernement comme on dit, et au milieu, la route des Tamarins. Et cette route va aider à la circulation, mais elle va être le point d’appui, la colonne vertébrale qui aidera au développement de tous les Hauts de l’île. Sans elle, il n’était pas possible d’envisager ce développement », déclare Paul Vergès.
Ces travaux ne sont que le commencement du vaste programme d’aménagement structurel pour notre île. Le BTP local est loin de mourir tellement il sera impliqué dans ce développement. Pour autant, la collectivité régionale rappelle sa volonté de créer le réseau tram-train. « L’objectif, c’est d’avoir le tram-train depuis Saint-Benoît jusqu’à Saint-Joseph », poursuit Paul Vergès. En 2009, les travaux du tram-train devraient s’ouvrir. Ce qui signifie pour les entreprises et travailleurs l’assurance de l’emploi jusqu’en 2017. Applaudissements de l’assemblée.
Bbj
Fier d’être fils de maçon
Jean-Hugo Técher faisait partie de ceux que l’on oublie. La mémoire conserve les noms des grands architectes, mais ignore même les prénoms des vrais bâtisseurs, ceux qui écrivent l’histoire du développement réunionnais avec leur truelle. Depuis 26 ans maintenant, Jean-Hugo (56 ans, marié, père de 5 enfants) parcourt l’île pour construire La Réunion, mettant parfois sa vie en péril, longtemps pour un salaire de misère. Le métier de maçon est pénible, souvent jugé ingrat par bon nombre de gens, et pourtant, quel métier ! Sans maçons, pas de développement. On connaît bien l’adage « Quand le bâtiment va, tout va ». Jean-Hugo a construit des maisons individuelles, des logements sociaux, des routes, des ponts, a construit le barrage de Takamaka avec Bouygues, avec la SOGEA, il érigera le captage du Pont du diable, et aujourd’hui, fait partie des 1.300 ouvriers qui construisent la route des Tamarins. Membre de l’équipe TOARC 3 et 4, il a participé à la construction des ouvrages 208, 290, 295 et aujourd’hui, l’ouvrage 283. Il peut en être fier. Fait rare, on inscrit enfin les noms des ouvriers dans l’histoire réunionnaise. Cette reconnaissance régionale devrait servir d’exemple aux patrons du BTP. Après cette reconnaissance historique, on n’attend plus que la reconnaissance salariale pour un métier rude.
Willy Técher
À propos de la route des Tamarins
La route des Tamarins, faut-il encore la présenter ? Pourquoi s’en priver, au vu de cette prouesse réunionnaise, qui sert au rayonnement de notre île, en Europe comme à travers le monde ? C’est le plus gros chantier du moment au niveau européen. La route des Tamarins, longue de ses 33,7 kilomètres, facilitera les déplacements entre le Sud et le Nord de l’île et contribuera sans nulle doute au développement de La Réunion, et notamment des Hauts de l’île, si longtemps contraints par les difficultés de déplacement des hommes et des marchandises. La route des Tamarins comporte notamment 4 ouvrages d’art exceptionnels, 3 tunnels, 23 ouvrages d’art non-courants, 69 ouvrages hydrauliques, 32 rétablissements de communication. Sa construction, financée en majorité par les deniers régionaux, aura été le terrain de formation d’une jeunesse en quête de professionnalisation. Conducteurs de grue mobile, conducteur de Dumper, chefs d’équipes VRD, chefs d’équipes ouvrage d’art, conducteurs de niveleuse, laborantins de BTP, mécaniciens de chantiers, topographes, bref, au total, 210 personnes ont été formées à des métiers qui exigent de la compétence. Parmi elles, 141 sont en emploi à ce jour. La route des Tamarins est un chantier qui génère de l’emploi, faut-il en douter ? Près de 1.600 emplois nouveaux dans des domaines divers ont été créés, comme il est plus qu’envisageable que cela influe indirectement sur l’emploi local en général. À l’horizon 2015, entre 40.000 et 69.000 véhicules doivent emprunter chaque jour cette route, qui se veut respectueuse de son environnement, en harmonie avec sa faune et sa flore, répondant au souci de l’insertion paysagère. D’où son nom. Il fut un temps où les hauteurs de l’île abondaient d’arbres endémiques, dont le tamarin péï. Tout le long de ce tracé, qui relie la quatre voies de l’Etang-Salé et celle de Saint-Paul, on pourra circuler dans l’ombrage d’espèces endémiques de notre île.
Honneur aux ouvriers morts pour leur pays
La cérémonie a débuté par une minute de silence en l’honneur de deux travailleurs décédés sur le chantier.
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