Lamentable échec de la manifestation contre la Région

Le peuple a tranché : il n’a pas marché dans la manipulation

31 mars 2006

Plutôt que d’assumer la responsabilité de l’échec de leurs manœuvres contre la Région, les instigateurs de la manifestation de mardi tentent de polémiquer et de jeter le discrédit sur l’Association des usagers pour la liaison La Possession/Saint-Denis. C’est un écran de fumée derrière lequel ce groupuscule veut dissimuler la réalité : le peuple a tranché, il n’a pas soutenu cette manifestation malgré des moyens considérables pour assurer sa promotion.

Quand un responsable subit un échec, il doit être capable de l’accepter et d’assumer la responsabilité de cet échec. Mais pour ceux qui ont orchestré la manifestation de mardi contre la Région, assumer la responsabilité de ce flop monumental est bien difficile.
Sous couvert de l’Association des usagers de la route en corniche (AURC), des personnes ont pu bénéficier de moyens considérables pour organiser une manifestation contre la Région mardi. D’après “le Quotidien”, l’AURC compte 2.000 membres. Or, combien étaient-ils mardi ? Quelques dizaines, et essentiellement des personnes qui n’étaient pas là pour défendre des usagers de la route, mais pour faire campagne contre le tram-train, la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise et la Route des Tamarins. Ils composaient un “tapis mendiant” dans lequel on retrouvait une union entre la Relève de Jean-Paul Virapoullé représentée par Patricia Hoarau, l’indépendantiste Aniel Boyer, le socialiste Pascal Murat et Antoine Franco de Coll’air.

Des moyens considérables

Malgré cette union et les soutiens médiatiques considérables dont ce groupe a bénéficié pour préparer sa manifestation, celle-ci a été un échec. Comment l’expliquer ?
Tout d’abord, jeter la responsabilité de l’effondrement de la falaise sur une personne, Paul Vergès, qui en tant que président de la Région n’a pas la compétence de la route du littoral et qui a toujours combattu ce choix, c’est un mot d’ordre qui n’a pas marché.
Car c’est un mensonge de dire que la route du littoral est de la responsabilité de la Région, et les Réunionnais le savent. La visite du ministre de l’Outre-mer au lendemain de la catastrophe, la mission d’une délégation d’experts du ministère du Transport sont autant de reconnaissance par l’État de sa responsabilité sur cette route. Responsabilité confirmée par le communiqué publié mardi par la Préfecture suite à la première réunion du Comité de suivi. La Préfecture affirme notamment que c’est le ministre des Transports, et donc le gouvernement, qui prendra la responsabilité d’ouvrir à nouveau la route, pas la Région.
Ensuite, l’objectif déclaré par l’Association des usagers de la route du littoral n’a pas été suivi dans l’opinion. Un de ses dirigeants, Roland Lambert, l’a confirmé encore mercredi : il ne voulait pas être reçu à la Région. Il voulait que le président de la Région vienne rendre des comptes à ceux qui s’érigent en représentants du peuple. Résultat : ceux qui prétendaient représenter le peuple n’étaient que quelques dizaines, et ils ne voulaient pas être reçus à la Région. Alors pourquoi ensuite accuser Paul Vergès de se dérober, puisqu’on ne voulait pas dialoguer avec lui mais l’insulter ?

Coupés des réalités

Enfin, l’échec lamentable de cette pitoyable opération politicienne montre le décalage qui existe entre le peuple et ceux qui prétendent vouloir le représenter en bénéficiant du relais complaisant de journaux, de radios et de télévision complices de l’orchestration de cette opération.
Rappelons-nous qu’à peine la falaise tombait sur les automobilistes, RFO ouvrait tout de suite son micro à Roland Lambert, présenté comme représentant LES usagers. D’autres participants à la manifestation de mardi disaient parler au nom du peuple.
Mais le peuple a tranché, et pas dans le sens voulu par ceux qui ont monté cette manipulation, et par les “faiseurs d’opinion” qui ont mis leurs colonnes et leurs micros à leur service. Car chacun a pu dénombrer ceux qui sont venus devant la Région mardi, chacun a pu constater qu’on était vraiment très loin des 2.000 personnes annoncées comme membres de cette association, et donc une chose était sûre : le peuple ne soutenait pas cette manifestation. C’est un exemple qui doit interpeller tous ceux qui ont participé à cette lamentable opération politicienne.
Ils sont totalement coupés du peuple, ils ne le comprennent pas et ils n’ont pas tiré les enseignements de leur échec du 29 mai dernier. Souvenons-nous : malgré la collusion de l’UMP, du PS, des médias audiovisuels et de la presse qui appelaient à voter pour le traité constitutionnel européen, une large majorité des Réunionnais a voté pour une autre Europe que celle que l’on tentait de lui imposer.
Les instigateurs de la manifestation de mardi dernier feraient mieux de se demander pourquoi ils ont échoué plutôt que de polémiquer et jeter le discrédit sur l’Association des usagers de la liaison La Possession/Saint-Denis. Ils n’ont pas été suivis par l’immense majorité des Réunionnais au nom de qui ils prétendaient parler, et ils doivent donc être capable d’en tirer les conséquences et d’assumer leurs responsabilités dans ce désaveu.

Manuel Marchal


Jean-Paul Virapoullé largué

Vendredi dernier, la catastrophe de la route du littoral a été le point de départ d’une série d’attaques verbales d’une rare violence venant du maire de Saint-André. Mais pour bien comprendre comment il a pu en arriver à utiliser l’émotion légitime créée par cette tragédie pour se refaire une santé politique, il suffit de revenir sur les différentes phases de son déclin.
2004 : élections cantonales et régionales. Dans sa commune, les candidats soutenus par Jean-Paul Virapoullé sont battus dans les deux cantons renouvelables par l’Alliance, et sa liste aux régionales est battue également. Au Conseil général, il n’arrive pas à imposer son candidat à la présidence et c’est Nassimah Dindar qui est élue. Avec Paul Vergès, la conseillère générale de Saint-Denis apparaît comme la grande gagnante des élections de 2004, et Jean-Paul Virapoullé comme le grand perdant.
La même année, nouvel échec pour le sénateur-maire de Saint-André : Paul Vergès, tête de liste de l’Alliance de l’Outre-mer, est élu au Parlement européen malgré les manœuvres de certains dirigeants socialistes.
Cette année, il voit son déclin se confirmer. Aux cérémonies de commémoration du 19 mars, un de ses arguments s’effondre. L’accolade entre Paul Vergès et Jean-Louis Debré remet complètement en cause son idéologie d’affrontement. La réconciliation et la fraternité sont deux choses qui minent sa seule stratégie.
Dans le même temps, le maire de Saint-André doit se rendre à Saint-Louis pour participer aux festivités organisées par Cyrille Hamilcaro. C’est ce qui a consacré la passation des pouvoirs à la tête de la Relève au profit du maire de Saint-Louis. Ce qui renforce son amertume car il perd la main sur sa propre création.
Autre déconvenue : sa manœuvre pour placer son fils Jean-Marie à la 1ère vice-présidence du Département a elle aussi échoué. Malgré la présence de Jean-Paul Virapoullé à l’assemblée plénière de mercredi, où il est arrivé avec Jean-Claude Fruteau, son projet a été repoussé par la majorité du Conseil général. Une majorité qu’il ne contrôle plus.
Quant à sa tentative de faire dévier le débat sur la route du littoral à travers une motion défendue par Jean-Jacques Morel, elle a été mise aux voix et rejetée par une majorité qui allait bien au-delà de l’Alliance.
Cette perte d’influence se double d’une perte de confiance. À Saint-André, une quincaillerie exige de la Mairie le remboursement d’une dette de 290.000 euros et qui, ne voyant rien venir, est obligée de saisir la justice. Quel chef d’entreprise peut accepter de travailler pour un si mauvais payeur ? Qui peut prendre le risque de mettre en péril sa société puisqu’il n’est pas sûr d’être payé par la Mairie de Saint-André ?
Tout ceci explique pourquoi Jean-Paul Virapoullé a sombré dans l’outrance et a multiplié depuis vendredi les attaques personnelles contre Paul Vergès. Mais ce qu’il n’arrive pas à comprendre, c’est que La Réunion a changé. Perdre du temps dans les divisions et autres affrontements politiciens de bas étages, cela ne marche plus. Les Réunionnais sont conscients de cette réalité, et 60 ans après l’abolition du statut colonial, ils sont chaque jour plus nombreux à vouloir tirer un trait sur ces méthodes du passé, qui n’ont fait que retarder le développement durable et solidaire du pays.
Jean-Paul Virapoullé rêvait d’un destin national, mais son déclin et son incompréhension de La Réunion d’aujourd’hui montrent qu’il est vraiment largué, et prêt à dire n’importe quoi pour faire croire qu’il peut encore peser sur les événements.


Rectificatif

Dans notre édition d’hier, nous faisons état de la participation du “socialiste Hugues Maillot” à la manifestation contre la Région mardi.
Contrairement à ce que laisse entendre cette légende, nous précisons que Hugues Maillot est employé du Conseil général et qu’il est à l’UMP, pas au PS. Toutes nos excuses pour cette erreur que de nombreux lecteurs ont sans doute rectifiée par eux-mêmes.

Route du littoral

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Témoignages - 82e année


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