La problématique des déplacements à La Réunion

Le tram-train : une solution providentielle à bien des égards

20 juin 2006

Hier après-midi, la problématique du transport à La Réunion et du projet du tram-train en particulier a été débattue lors d’une rencontre à la Chambre de métiers et de l’artisanat, présidée par son Président Giraud Payet, et celui du Conseil régional, Paul Vergès. La rencontre s’est déroulée en étant ponctuée de rappels historiques sur le transport à La Réunion et des interrogations teintées d’inquiétudes de la part de taxiteurs.

Jusqu’en 1946, le transport à La Réunion se faisait par le train, par quelques voitures, des carrioles, des charrettes. L’île comptait alors 14 usines et tout tournait autour de l’activité sucrière. Quand on a commencé à faire le sucre, ce sucre était évacué par la marine, jusqu’à ce que le tonnage du sucre soit trop important et qu’il ait fallu trouver autre chose : un chemin de fer. Le chemin de fer servait pour une grande part à amener la canne dans les usines.
Les marchandises étaient donc transportées par train, et les personnes par train et le “car courant d’air”. Il n’y avait pas besoin de beaucoup de transports parce que la culture de la canne n’exigeait pas d’être mobile.

115.000 voitures entrent dans Saint-Denis chaque jour

Après la guerre, en 1945, La Réunion comptait 250.000 habitants, aujourd’hui elle en compte 3 fois plus. Aujourd’hui, 8 à 9% de la population active est dans l’agriculture, 12% dans l’industrie y compris les activités du bâtiment, et le reste, environ 80%, dans les services. Les services exigent donc des transports quotidiens. Aujourd’hui, 115.000 voitures entrent quotidiennement dans Saint-Denis alors que la ville compte 130.000 habitants, c’est-à-dire que la population de Saint-Denis double chaque jour à cause des voitures.

La voiture est une impasse

Qui dit voiture dit carburant, et avec le prix du pétrole, le prix va exploser. Il faut déjà réfléchir à l’après-pétrole. Outre les problèmes liés au carburant, la voiture individuelle comme seul moyen de transport est une impasse, un obstacle pour avancer (cf. encadré). En effet, chaque année, il entre 100 km de voitures dans l’île, alors que très peu de kilomètres de routes sont construits par an ; et de toute façon, le foncier est limité et on ne peut donc construire des routes indéfiniment. Il faut donc réfléchir à la question des déplacements sur 20-25 ans d’avance.

Les commerçants désavantagés par les déviations

Toutes les routes de La Réunion ont été construites autour des Routes nationales. Vu les engorgements et embouteillages que cela crée, les Maires demandent quasiment systématiquement à ce que soient construites des déviations. Résultat : les commerçants des centres-villes sont désavantagés. En effet, aujourd’hui il est plus facile d’aller en périphérie en passant par les quatre voies pour faire ses courses qu’aller dans centre-ville. Le tram-train, avec ses dessertes en centre-ville, représente une issue providentielle pour les commerçants.

Frères siamois

Très légitimement, les professionnels du transport s’interrogent sur leur avenir, mais le Président du Conseil régional les rassure en leur expliquant qu’actuellement, il n’y a que ceux qui n’ont pas de voiture ou qui débarquent des aéroports qui prennent le taxi ou les transports en commun. Ce qui ne représente finalement que relativement peu de monde, mais avec le tram-train, ce sont 250 personnes toutes les 5 minutes qui vont débarquer à quai. Autant de personnes à transporter à destination finale. Et il faut donc dès maintenant repenser à tous les systèmes et voir comment réaménager les modes de transports dans les grandes villes. En effet, le tram-train a comme objectif de diminuer au maximum l’utilisation des voitures individuelles et d’augmenter beaucoup plus l’activité des transports en commun.
Les taxis vont apporter en début et en arrêt de chaîne la souplesse que n’ont pas le tram-train ou les cars. Il faut explorer le transport à la demande, les taxis à la demande. Les plages horaires faibles fréquentations. C’est dans ce sens que les syndicats de taxis sont en étroite collaboration avec la SR21.
Le Président de la Région rassurera définitivement les plus sceptiques des taxiteurs en concluant que les professionnels du transport et le tram-train sont liés comme des frères siamois, car si les gens restent sur le quai, ils vont reprendre aussitôt leurs voitures. Il conclura en affirmant : "On est en train de vivre le plus grand effort d’aménagement fait à La Réunion depuis des siècles".

Younous Jonas


Une évolution rapide du parc automobile et du besoin de déplacement

90% des déplacements sont réalisés en véhicule particulier ;
Le nombre total de déplacements sur l’île augmente de 3 à 5% par an ;
La population va augmenter de 40% entre 2000 et 2020 ;
Le taux d’équipement automobile croît : il sera de 0.4 véhicule personnel par habitant en 2020, soit 400.000 véhicules à La Réunion à cet horizon (280.000 aujourd’hui), le nombre de voitures importées s’élevant à 30.000 par an jusqu’à 2012.

Train

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Témoignages - 82e année


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