Psychologie et sécurité routière

Le volant selon un gendarme psychologue

30 août 2006

’Dis-moi comment tu conduis, je te dirai qui tu es’ : l’adage de la psychologie du conducteur ? Derrière l’âge, le métier, le sexe, se cachent les indicateurs de l’attitude au volant. Jean-Marc Bailet, Docteur en psychologie du conducteur, met en ligne ses conclusions sur les attitudes à risque des automobilistes.

Hommes et femmes ne conduisent pas de la même façon. Cadres et ouvriers n’ont pas le même comportement au volant. Les jeunes n’ont certainement pas la même expérience de la route, que les conducteurs plus expérimentés. Les chiffres témoignent de ses évidences. On pourrait même ajouter que le niveau d’éducation influe sur le style de conduite d’un automobiliste. Jean-Marc Bailet, gendarme, premier membre des forces de l’ordre à avoir obtenu le titre de Docteur en psychologie de la conduite, est auteur d’un livre fort intéressant "Le volant rend-il fou ?", éditions L’Archipel. Ses conclusions, relevant presque de la psychosociologie, révèlent des évolutions troublantes pour la sécurité de nos routes. Et encore, ce travail ne s’est pas intéressé à la violence routière réunionnaise. Mais, on peut supposer que les conclusions de ce gendarme psychologue coïncident avec notre réalité. La voiture - la nôtre ! - exacerbe sentiments et émotions. Notre façon de conduire en dit long sur notre personnalité.

Entre homme et femme, deux conduites ?

À chacun l’affirmation de sa personnalité. Plus sûrs d’eux, les hommes considèrent leur voiture comme une extension de leur personnalité. Pourrions-nous alors tenter de comprendre le phénomène qu’est la pousse, course illégale sur des tronçons de route utilisés par les usagers de la route ? Les jeunes ne sont pas les seuls concernés dans l’accidentologie réunionnaise, mais force est qu’ils sont souvent pris en flagrant délit. Cela juste pour montrer son dernier modèle de voiture “gonflée” “ronronnante” ? C’est peut-être une place sociale que les jeunes tiennent à affirmer, la “maigre” réussite exhibée au volant d’une bombe humaine, prête à voler des vies sur le réseau routier. Les femmes, elles, en général, appréhendent la voiture comme l’un des multiples objets de leur quotidien. Sûrement par instinct maternel, la sécurité est presque innée chez la gent féminine. Mais aussi selon Jean-Marc Bailet, cela est principalement dû à une peur quasi phobique des blessures corporelles, notamment du visage. À noter : ces différences entre hommes et femmes sont néanmoins en train d’être gommées avec l’évolution de la société. Et malheureusement c’est le pire qui doit être envisagé. Ce sont plutôt les femmes qui tendent vers un comportement masculin.

Le syndrome de l’incivilité

Mais attention, tout le monde peut être nocif sur la route. Vous n’êtes pas sûr ? Vous arrive-t-il de slalomer entre les voitures ? Doublez-vous par la droite sur la quatre voies ? Quand vous êtes pressé(e), vous arrive-t-il de faire des queues de poisson ? Vous arrive-t-il de coller de trop près les voitures pour qu’elles vous cèdent le passage ? Considérez-vous les piétons et les deux-roues comme des obstacles sur votre chemin ? Vous arrive-t-il de stationner sur le trottoir ou places réservées aux personnes handicapées ? Pris(e) dans un bouchon, vous arrive-t-il de rouler sur la bande d’arrêt d’urgence ? Pensez-vous qu’un camion en arrêt livraison est une nuisance insupportable ? Vous arrive-t-il de ne pas respecter les passages piétons ? Doublez-vous une file de voitures pour ne pas attendre ? Vous arrive-t-il d’être impatient(e) derrière une voiture qui effectue un créneau ? Empiétez-vous sur les pistes cyclables et les voies d’autobus ? Vous arrive-t-il de téléphoner en conduisant ? Klaxonnez-vous pour manifester votre impatience ? Vous arrive-t-il d’injurier les autres conducteurs ou les piétons ? Que pensez-vous de votre conduite, après ce bref examen de conscience ? Êtes-vous atteint du syndrome de l’incivilité ?

À chacun son profil

Jean-Marc Bailet a ainsi dressé une liste de profils de conducteurs, 16 en tout. Ainsi, le cadre sera le moins prudent au volant, parce qu’il est habitué aux déplacements professionnels, à prendre l’avion. Lorsqu’il prend sa voiture, il faut que cela aille vite. La voiture devient son bureau. Il n’hésite pas à prendre des risques sur la route, malgré les sanctions. L’agent de maîtrise est lui plus responsable sur la route, car il occupe un poste où il doit gérer son travail mais aussi organiser celui des autres, dont il va être responsable auprès de ses supérieurs. Il adopte un comportement similaire au volant, prudent et attentif, il respecte strictement les règles. L’employé ou l’ouvrier est prudent et responsable, souvent par peur de l’infraction. Il juge qu’il est important de transmettre la conduite comme une valeur à ses enfants. Mais la route, ce sont aussi les fous du volant qui ne respectent pas les règles routières, les alcooliques qui ne remettent pas en cause leur aptitude à conduire, les “Fangio” amateurs de vitesse qui ne rendent plus compte des risques courus. Leur point commun : ils surestiment leur capacité de conduite et de réaction. L’actualité nous prouve presque tous les jours la dangerosité de certaines attitudes au volant. Que dire aussi des conducteurs sans permis. Il peut s’agir de conducteurs "ordinaire" ou de véritables délinquants qui passent leur temps à jouer au chat et a la souris avec les forces de l’ordre. Dans tous les cas, ils sont persuadés que leur expérience suffit à faire d’eux des conducteurs exemplaires.

L’âge de raison !

Bien conduire est-ce une question d’âge ? Oui, selon l’expert. Il faut du temps pour maîtriser la conduite. "Il faut arrêter de stigmatiser les jeunes conducteurs", souligne Jean-Marc Bailet. Dépourvus d’expérience, c’est une évidence. Mais ils sont souvent très prudents durant les quatre premières années de conduite. Ensuite, il faut compter sur un relâchement de l’exemplarité. Alors à quel moment devient-on un conducteur raisonnable, posé, prudent et expérimenté ? "En moyenne, autour de 42 ans", souligne le spécialiste de la psychologie du conducteur. Certes, il y a des chauffards à 45 ans, et des conducteurs très prudents à 30 ans. Mais en moyenne, il faudra donc attendre plusieurs années pour appréhender la route.

Comment changer son profil ?

Pour Jean-Marc Bailet, le principal moyen de faire évoluer le comportement des conducteurs est malheureusement la prise en flagrant délit et la rencontre avec les forces de l’ordre. Donc, il importe d’intensifier la présence des forces de l’ordre sur les routes. Même en étant témoins des conséquences d’un accident de voiture, avec des blessés par exemple, l’effet sur la conduite n’est que transitoire. En revanche, la rencontre avec un policier ou gendarme qui vous prend la main dans le sac est formatrice : impossible de nier sa faute, et de minimiser les éventuelles conséquences. La verbalisation, la sanction (retrait de points, interdiction de conduire) restent les moyens les plus efficaces pour une évolution positive des attitudes des automobilistes. Par ailleurs, rien ne vaut l’apprentissage dès le plus jeune âgé. Les ateliers de prévention routière engagés dès le primaire, le code de la route pour les collégiens sont importants, mais pourquoi ne pas développer la conduite accompagnée. Les parents seront ainsi directement impliqués dans la formation de leur enfant, en partageant l’expérience de la route. Le psychologue va même plus loin : "souvent à cet âge, il existe de nombreuses difficultés de communication. La conduite accompagnée est un moyen de renouer le dialogue, en abordant des sujets sensibles tel que l’alcool, la drogue, le civisme, la responsabilité...", souligne Jean-Marc Bailet. Peut-être également accroître les stages de conduite, pour acquérir de l’expérience. "Dans tous les cas, il n’y a aucun conducteur modèle", souligne Jean-Marc Bailet. Nous risquons tous un jour ou l’autre de faire des infractions. En attendant, deux mots clés peuvent nous aider à atteindre au plus vite la sagesse routière : le respect, et l’anticipation...

Bbj


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Messages

  • Bonjour
    Je suis psychologue de formation et je travaille dans un service de transport.
    J’aimerai donc en savoir plus sur l’ouvrage le volant selon un gendarme psychologue.
    Merci bien


Témoignages - 82e année


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