Paul Vergès : Penseur et homme d’action
1er septembre, parPaul Vergès : 2016-2026
Symbole d’un retour en arrière pour La Réunion
18 novembre 2025, par

Le démontage de l’autopont de La Possession aurait pu être l’occasion de tourner la page d’un projet démesuré, ruineux et imposé contre l’intérêt général. Au contraire, il marque la reprise d’un chantier dont l’histoire incarne l’un des plus grands gâchis financiers de l’histoire de La Réunion : la route en mer voulue par Didier Robert, gaspillage bâti pour empêcher toute renaissance du train réunionnais et préserver, coûte que coûte, les privilèges du lobby du tout-automobile.
Pendant des années, ce projet a englouti l’argent public comme aucun autre : 1,6 milliard d’euros déjà dépensés pour seulement la moitié d’une route inachevée, fragilisée par la montée du niveau de la mer et les cyclones de plus en plus violents. Désormais, pour en terminer l’ouvrage, ce sont 800 millions d’euros supplémentaires — au minimum — que la population devrait consentir. Une aberration financière et écologique.
Si les travaux avaient été interrompus, c’est parce que la réalité a fini par rattraper les illusions : plus de matériaux, plus d’argent, plus aucune cohérence. Pourtant, malgré cette faillite manifeste, l’ancienne majorité régionale et le gouvernement français ont persévéré dans ce choix absurde, comme si dépenser toujours plus pour une infrastructure polluante et vulnérable devenait une obligation sacrée.
Ce qui se joue ici dépasse une simple route. C’est une vision de société que l’on tente d’imposer. Une société prisonnière de la voiture individuelle, dépendante d’un carburant importé, ruinée par les fluctuations du marché mondial, et privée d’alternative collective digne du XXIᵉ siècle. Tout cela alors que La Réunion possède un potentiel immense en énergies renouvelables, capables d’alimenter un train moderne, propre et accessible, indispensable pour sortir notre île du tout-routier.
Le retour en force du chantier à La Possession, au moment même où la COP30 rappelle l’urgence climatique mondiale, est un symbole violent. Partout sur la planète, on travaille à inventer une nouvelle civilisation écologique, résiliente, libérée des énergies fossiles. Partout, sauf ici, où l’on s’entête à couler du béton sous la mer pour protéger le modèle climaticide du passé.
Ce choix politique envoie au monde un message désastreux : celui d’un pays qui refuse de se préparer aux défis climatiques, qui gaspille des milliards pour une infrastructure menacée avant même d’être achevée, et qui rend difficile les investissements nécessaires à une véritable transition écologique.
La Réunion mérite mieux qu’un futur bâti sur la dépendance et l’erreur. Elle mérite un transport public structurant, équitable, financé par l’argent public au profit du plus grand nombre, et non d’intérêts privés. Elle mérite un train, pas une route en mer qui symbolise l’échec d’une vision dépassée.
Face à l’urgence, l’heure n’est plus aux demi-mesures. Il s’agit enfin d’engager la construction d’un système de transport durable, cohérent et protecteur pour les générations futures.
M.M.
Paul Vergès : 2016-2026
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