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Maurice : le train Metro Express ferme la parenthèse du tout-automobile

Le nouveau réseau ferré suit une partie du tracé du train qui circula pendant un siècle dans l’île soeur

mardi 26 juillet 2022, par Manuel Marchal


« Témoignages » du 25 juillet rendait compte des premiers essais sur l’extension Sud du train Metro Express à Maurice (Metro Express à Maurice de Port-Louis à Curepipe : le retard de La Réunion s’amplifie). Après la mise en service de la première phase en janvier 2020, la section entre Vacoas et Curepipe sera ouverte au plus tard en octobre. L’autre extension, la phase 3, de Rose-Hill à l’Université à Réduit en passant par la Cybercity, le sera au mois de décembre. Il aura donc fallu 5 ans à nos voisins pour reconstruire un chemin de fer qui touche la majorité de la population. Les 40 kilomètres de lignes desserviront les zones les plus densément peuplées du pays. Pour moins de 500 millions d’euros, la parenthèse du tout-automobile est fermée à Maurice.


En orange, la ligne en service, en gris, les extensions qui accueilleront des trains de voyageurs d’ici à la fin de l’année. (Source Metro Express Ltd)

Depuis janvier 2020, les Mauriciens peuvent prendre le train après l’ouverture de la première phase du Metro Express. L’extension Sud du Metro Express de Vacoas à Curepipe est terminée. Les essais des trains ont commencé jeudi 21 juillet dernier. L’ouverture au public doit avoir lieu en octobre. Deux mois plus tard, ce sera le cas d’une autre section qui reliera l’Université et la Cybercity à la ligne entre Port-Louis et Curepipe via un embranchement à Rose-Hill.
Les travaux du train Metro Express ont débuté en 2017. La première phase a été ouverte en janvier 2020. Moins de 3 ans après le premier coup de pioche, le train était fonctionnel. A la fin de l’année, le projet prévu sera réalisé : environ 40 kilomètres reliant les zones les plus densément peuplées du pays ainsi que sa technopole et son Université. En 5 ans, nos voisins ont reconstruit un train. Des rames de 350 passagers tous les quarts d’heure, 7 jours sur 7, de 6 heures à 22 heures : Maurice s’est installée dans le 21e siècle.

Le train à Maurice transportait des passagers de 1864 à 1956

Le Metro Express ferme donc la parenthèse du tout-automobile qui a duré une soixantaine d’années à Maurice. Car tout comme à La Réunion, nos voisins avaient aussi un train. Il fut mis en service en 1864, 20 ans avant celui de La Réunion, avec un écartement des voies standard tandis que dans notre île, la voie ferrée avait une largeur de un mètre, une voie étroite qui était le standard dans les colonies françaises.
Le train à Maurice comptait deux lignes principales : celle du Nord entre Port-Louis et Grande-Rivière du Sud-Est ouverte en 1864, celle des Midlands entre Port-Louis et Mahébourg via Rose-Hill et Curepipe, inaugurée en 1865. D’autres lignes s’embranchèrent sur ce réseau entre 1876 et 1904. Le réseau ferré mauricien avait alors une longueur de 250 kilomètres de voies d’écartement standard, soit le double de celui de La Réunion qui comptait une ligne littorale à voie métrique de Saint-Benoît à Saint-Pierre via la capitale Saint-Denis.
C’est officiellement parce que le train était déficitaire qu’il fut fermé à Maurice. Le dernier train de voyageurs a circulé en 1956, et de marchandises en 1964.

Moins de 500 millions d’euros pour construire un réseau ferré en 5 ans

Le Metro Express suit en grande partie de tracé de l’ancien train. La ligne principale entre Port-Louis et Curepipe reprend le parcours d’une partie de celle des Midlands, tandis que l’embranchement de Rose-Hill vers Réduit roule sur les traces d’une ancienne ligne secondaire, démarrant elle aussi de Rose-Hill et qui allait jusqu’à la côte Est.
C’est une des explications de la rapidité de la construction. Des expropriations ont été nécessaires, mais la marque de l’ancien réseau ferré était encore là. À La Réunion, le Sentier littoral entre Saint-Denis et Sainte-Suzanne et son prolongement vers Champ-Borne rappellent le tracé de l’ancienne voie ferrée. Le tunnel sous la Montagne a encore ses rails. Mais mis à part cela, le reste de l’emprise du chemin de fer a disparu du paysage. Des ouvrages d’art ont été transformés en ponts pour automobiles. Ailleurs la route a pris la place des rails. Dans l’Ouest, la spéculation immobilière a fait oublier le lieu de passage du train. Un touriste débarquant à l’aéroport ne pourrait deviner que le train a rythmé la vie des Réunionnais pendant près de 80 ans.
Cela expliquait pourquoi le tracé de la première phase du tram-train n’avait rien à voir avec celui de son prédécesseur. La disparition de l’emprise ferroviaire rallongeait donc le temps de réalisation, et faisait augmenter le prix. Elle était la conséquence d’un oubli organisé afin de conforter la domination du tout-automobile.
Pour moins de 500 millions d’euros, les Mauriciens ont construit en 5 ans un réseau ferré qui ferme la parenthèse du tout-automobile. 500 millions d’euros, c’est moins que la somme dépensée chaque année par les Réunionnais pour importer des voitures, bus, camions et pièces détachées ainsi que les carburants pour faire rouler un parc automobile qui ne cesse de croître chaque année : augmentation de 91 % entre 2000 et 2020, 475.000 véhicules sur les routes au 1er janvier 2021 et 580.000 en 2035 si rien ne change [1] .

M.M.


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