La conscience d’être force de propositions

Mine de rien, un mouvement de fond se dessine

19 octobre 2004

Prendre en compte les opinions de chacun, en considérant que tout le monde peut apporter sa contribution à des projets qui engagent notre avenir. Un des mérites du débat public “Comment mieux se déplacer demain” est de montrer l’intérêt des Réunionnais pour cet exercice de démocratie participative : un large mouvement est en marche.

Certes, l’exercice est nouveau et il faut habituer le grand public à cette pratique peu commune qui consiste à demander aux citoyens de s’exprimer sur de grands projets. Certes, il existe ici et là quelques personnes, quelques vraix-faux citoyens qui se réfugient dans l’anonymat pour feindre de participer aux débats avec d’autres objectifs plus ou moins avoués, plus ou moins avouables aussi. Mais l’important n’est pas là. L’important est que chacun se sente concerné et puisse se dire qu’il a aussi voix au chapitre, que le destin ne notre pays n’est pas confisqué par une “élite” qui peut se permettre de décider, d’engager l’avenir durablement sans avoir de comptes à rendre...

Interrogations de fond

À plusieurs reprises, René Robert, président de la Commission du débat public a pu faire part de sa satisfaction de voir qu’ici et là, dans les réunions décentralisées, dans les ateliers thématiques, des prises de paroles ont pu se faire. Une large publicité a été faite sur la question des déplacements de demain, sans sujets tabous, avec parfois des interrogations de fond qui nous interpellent sur nos mentalités.
Sommes-nous prêts à ranger notre sacro-sainte voiture au profit d’un transport en commun, pour peu qu’il nous offre les mêmes prestations du mode de transport plébiscité par la population à savoir la voiture ? Quand un quidam téléphone à la commission pour dire en substance : “c’est bien, le train. Il faut le faire. Comme ça, je pourrai rouler tranquillement avec ma voiture”. Cela peut paraître anecdotique, mais ces propos sont révélateurs d’une tendance lourde qui a pris naissance dans les années soixante, quand fut prise la décision de rayer de la carte le chemin de fer au profit du tout automobile. Une tendance exacerbée par l’amélioration des conditions de vie, par l’accès au crédit et la possibilité pour un grand nombre de nos concitoyens d’accéder à l’automobile, signe extérieure de réussite sociale...

Une prise de conscience collective

Le mérite de ce débat public et de tous ceux qui ont bien voulu y participer est aussi d’avoir pris les problèmes dans leur globalité. Comme le souligne René Robert, on trouve dans nombre de contributions ce qu’il est convenu d’appeler “le bon sens populaire”. Il est dans notre population des hommes, des femmes, qui, sans exercer de responsabilités particulières ni de fonctions électives, ont leur une petite idée sur ce que devrait être demain. Sans doute ne se rendent-ils pas compte sur l’instant, mais ils contribuent à un mouvement de fond, à une prise de conscience collective qui fera que de plus en plus, l’on passera d’une démocratie par procuration à une démocratie participative. Dans notre système, il est confortable de critiquer les élus, de dire d’eux pis que pendre, de les réélire pour mieux en médire, et de leur déléguer toutes responsabilités et décisions pour mieux critiquer ensuite.

Le rôle des élus

En participant aux multiples rendez-vous du débat public, hommes et femmes de notre île ont fait un pas en avant. Ils sont sortis du rang pour montrer qu’ils peuvent aussi s’exprimer - pour peu qu’on leur en donne l’occasion - autrement qu’en ronchonnant, en maugréant, en moucatant. Mais il ne s’agit là que d’une première étape. Aux élus et décideurs ensuite de faire le tri entre le possible et le souhaitable. Aux élus d’expliquer les raisons de leur choix en fonction des souhaits émis par les citoyens, à l’aune des moyens dont dispose la collectivité. À eux de se battre, le cas échéant, en prenant à témoin la population, pour faire avancer une cause commune.
Ce matin, René Robert, Jean Chatel et Jean-Raymond Mondon présenteront un bilan des ateliers thématiques qui se sont déroulés la semaine dernière et évoqueront les auditions en séance publique qui restent à venir. Nul doute que ce bilan sera une nouvelle fois riche d’enseignements qui vaudront certainement bien plus qu’un ronchonnement isolé ou qu’un courrier de lecteurs fielleux...

S. D.


Di sak na pou di

Sécuriser la route du Littoral
...sans l’abandonner

Actuellement se déroule un débat public sur la question “comment mieux se déplacer demain ?”. Dans le dossier support de ce débat, on lit page 44 : "L’actuelle route du littoral doit, au regard des risques, être abandonnée à terme...". Et l’on envisage plusieurs options (p.45) pour la remplacer : couvrir la route actuelle, passer par les Hauts, abattre la falaise, construire un viaduc, voyager par mer, creuser un tunnel, faire une 2X3 voies, utiliser le tunnel existant, créer une digue en mer. Seule cette dernière option semble avoir les faveurs du maître d’ouvrage (l’État) : "la création d’une digue en mer pourrait être une solution satisfaisante", est-il écrit dans le dossier Débat public.
Bien sûr une route-digue construite à plusieurs mètres du rivage n’est plus exposée aux risques de chutes de pierre ou d’éboulements en grande masse. Il est dit dans le dossier officiel (p.57) que "les quantités de remblai nécessaires à la construction de la digue sont évaluées entre 8 et 16 millions de mètres cubes (gros enrochements et tout-venant)". Mais nulle part n’est indiqué où et comment l’on se procurera ce volume considérable de remblai : l’ouverture de carrières sur les sites de La Grande Chaloupe, de la Ravine à Jacques, ou de la Grande Ravine est exclue puisqu’ils sont classés en “réserve naturelle” ou en “espace remarquable du littoral à préserver”, voire en ZNIEFF (dossier Tram-Train du 17 août 2001, p. 26 et 27).
Mon idée de sécuriser la falaise par des travaux de terrassement pour réaliser des gradins à paliers à contre-pente est rejetée au motif que cela nécessiterait la neutralisation du trafic sur la route littorale pendant une longue durée. Ce n’est pas exact. Ce que je suggère peut être entrepris sans risque :

- Dans un premier temps, élargissement de la route actuelle de 12 à 15 mètres côté mer sur une longueur de 250 à 300 mètres seulement.

- Dans un deuxième temps, la voie côté montagne est désaffectée et l’on y construit un gabion renforcé, de 7 à 8 mètres de haut et 6 à 7 mètres d’épaisseur à la base. Un tel ouvrage peut stopper des éboulis de masse très importante. J’en ai fait l’expérience à l’époque à Madagascar.

- Dans un troisième temps, on entreprend les travaux d’aménagement de la falaise en gradins, sans risque pour la circulation qui n’est pas interrompue puisqu’elle emprunte l’actuelle voie côté mer et la nouvelle voie ajoutée par élargissement sur la mer, totalement à l’abri grâce au gabion précédemment décrit. Et les déblais sont récupérés pour réaliser un nouveau tronçon prolongeant le premier.
Et l’on poursuit ainsi de suite, dans de bonnes conditions de sécurité et là où la montagne présente un risque, ce qui n’est pas le cas sur toute la longueur. L’actuelle voie côté montagne, qui aura été neutralisée pendant ces travaux mais qui à la fin se trouve sécurisée, pourrait par la suite être utilisée pour le TCSP/Tram-Train. La sortie sur Saint-Denis se ferait de préférence par un tunnel, compte-tenu de l’aspect et de la nature du Cap Bernard.
Avantages : 1. Phasage qui peut se programmer de manière très souple en fonction des disponibilités budgétaires. 2. Sécurisation définitive sans abandon de la structure routière actuelle. 3. Solution au problème de remblai qui reste sans réponse dans l’option route-digue du dossier soumis au débat public.

Roger Defaud
Saint-Paul


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Témoignages - 82e année


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