Des travaux et des hommes - 4 -

Puissance des machines et patience géologique

29 juillet 2006

La section 1 de la route des Tamarins est de dimension modeste - environ 6 kilomètres, moins du quart de la longueur routière totale. Elle va de Saint-Paul ville à la RD 10 ou route du Théâtre. C’est une section exceptionnellement dense par la concentration et la variété des ouvrages réalisés, par le nombre de ravines "interceptées", appelant des ouvrages hydrauliques, courants ou non courants, dimensionnés pour une crue centennale. Hors ouvrages hydrauliques, cette portion de route comporte 9 ouvrages d’art courants, une tranchée couverte de 150 mètres, un tunnel à deux tubes de près de 300 mètres chacun et 1.780 mètres de tablier d’ouvrages non courants (quatre viaducs).
En cette fin juillet 2006, les Travaux de terrassement-ouvrages d’art-raccord de communication (TOARC) de Saint-Paul Ville ont progressé à grande vitesse, supprimant momentanément toute végétation le long du canal qui borde la chaussée royale. Des espèces d’arbres et de végétaux ont été prélevés et mis en pots, en attendant des jours meilleurs. L’histoire ne dit pas si c’est avec ou sans les landormi réputés pour peupler cette zone...
Ce qui avance beaucoup moins vite est le chantier situé au pied des rampes de Plateau-Cailloux : le creusement de fondations spéciales par barrettes, destinées à supporter les piles du viaduc de Saint-Paul. Sur la quarantaine de barrettes nécessaires au portage de la dizaine de piles (ou piliers) du viaduc, il n’y en a que six effectivement creusées, et les opérations se heurtent à la dureté des roches en sous-sol.
Dures aussi sont par endroits les roches du tunnel du Cap La Houssaye, contre lesquelles sont lancées des brise-roches hydrauliques (BRH) qui avancent en alternance, un coup côté mer, un coup côté montagne - pour ne pas secouer tout le cap en même temps ! Les conducteurs d’engins de Spie-Batignoles ne devraient pas voir “le bout du tunnel” avant quelques mois encore. En principe, avant la fin de l’année.
C’est encore sur cette section de route que sera réalisée, avant la fin de cette année, la première jonction d’ouvrage à ouvrage : du tunnel du Cap la Houssaye au viaduc de Bras-Boucan, sans jonction de terrassement.
À cette débauche de technologie, la nature résiste plus qu’il n’y paraît, et un retard en un point de la route peut vite pénaliser d’autres chantiers, voire l’ensemble des travaux. "La route des Tamarins, ou on la livre complètement, ou pas du tout", explique Alain Bonduel, coordonateur de sécurité - de la société Présents - pour la section 1.
Un jugement qui dit bien l’entière solidarité des hommes devant les défis que leur lancent des éléments naturels résistant de toute la force de leur longue histoire.

P. David (texte et photos)


Rencontre avec deux femmes hautement qualifiées

o Emmanuelle Bertin, chargée de Qualité Sécurité Environnement

La responsable “Qualité sécurité environnement” chez Spie-Batignoles/Razel est une jeune femme, en charge de différents suivis. Peu d’ouvriers, techniciens et ingénieurs travaillent sur les chantiers de cette section hautement mécanisée. Les équipes sont toutes hautement qualifiées. Emmanuelle Bertin veille bien sûr aux risques habituels, liés à la circulation des engins ou aux risques électriques.
Les deux entrées Sud du tunnel du Cap La Houssaye ont été bétonnées sur environ 30 mètres pour le soutainement. Les risques, de ce côté-là, sont amoindris. De l’autre côté, où se fait la progression par brise-roches hydraulique, c’est l’exposition au bruit qui peut causer des dommages. Elle rappelle inlassablement les consignes de sécurité à respecter : ventilation, protections auditives, lunettes et masques anti-poussières. "Les alarmes se déclenchent si on franchit certains seuils : en dessous de 19% d’oxygène ou au dessus de 25%, ou encore si les relevés signalent trop de carbone, de méthane ou un taux élevé de dioxide de carbone. Cela ne s’est encore jamais produit", constate-t-elle.

o Marie Lesimple, géologue

Elle travaille sur le chantier du tunnel du Cap La Houssaye, dont elle assure le suivi géologique. Après chaque excavation, elle analyse des échantillons de rochers, fait le suivi des failles. "Nous sommes ici sur le terrain des brèches de Saint-Gilles, assez hétérogènes dans le détail mais homogènes dans l’ensemble ; cela n’offre pas beaucoup de "surprises" au plan géologique : pas de venues d’eau, pas de failles... Pas de jolis cailloux, pas de jolis minéraux". Rien qu’une avalanche de débris, des matériaux remaniés, de 300.000 à 400.000 ans d’âge. De quoi nourrir tout de même la curiosité d’une géologue. Nous la retrouvons sous le tunnel, en train de vérifier les lasers qui servent à donner l’alignement du tunnel.

Route des Tamarins

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