Routes et transports : l’élément central du budget de la Région

Rattraper 50 ans de retard

8 janvier 2008, par Manuel Marchal

Le budget primitif de la Région voté vendredi dernier accorde une large part aux investissements dans les infrastructures routières et de transports publics. Cela correspond à une nécessité : rattraper cinquante ans de retard.

Chacun peut constater quotidiennement la saturation du réseau routier à La Réunion. Au rythme annuel de 30.000 véhicules importés chaque année, il devient de plus en plus difficile de se déplacer. Ceci est le résultat de décisions prises voici plus de cinquante ans, et qu’il appartient de corriger dans l’urgence afin de préserver les chances de développement du pays.
C’est pour cette raison que le financement des grands chantiers tient une place centrale dans le budget de la Région. Cette tendance se poursuivra ces prochaines années. En effet, plusieurs grands travaux auront lieu de manière simultanée. Si ces deux prochaines années seront marquées par l’achèvement de la Route des Tamarins, les études pour le tram-train ont déjà commencé. L’objectif est une livraison en 2013. Concernant la nouvelle Route du littoral, les premières études ont déjà débouché sur le choix du tracé. Ce dernier devra être livrés quelques années après l’achèvement du tram-train.
Ce sont ces trois grands chantiers que la Région mène de front, et cela se concrétise dans le budget voté vendredi dernier.

Réparer l’absence d’anticipation

Ainsi, sur un total de 204,5 millions d’euros dédiés aux infrastructures routières et aux transports publics, 83 millions concernent la Route des Tamarins, 14,7 millions d’euros le tram-train, et 7,9 millions la nouvelle route du littoral. Il est à noter que le solde, c’est-à-dire 106,9 millions d’euros, sont consacrés à la modernisation des routes nationales qui ont été transférées depuis le 1er janvier dernier à la Région. Cela concerne notamment le Sud, avec la déviation de Grand-Bois, ainsi que la pénétrante de Saint-Joseph. Malheureusement, le projet de la rocade du Tampon est repoussé (voir encadré).
Tous ces investissements concourent à un objectif : rattraper cinquante ans de retard accumulés dans les infrastructures des déplacements. Chaque jour, les Réunionnais subissent en effet les conséquences de décisions, et d’absences de décision, qui ont amené à l’impasse actuelle.
L’accroissement démographique était pourtant prévisible. Au moment de l’abolition du statut colonial, La Réunion comptait à peine 250.000 habitants. Elle en a aujourd’hui trois fois plus, avec en parallèle une transformation totale de son économie. L’émergence du secteur tertiaire entraîne en effet un besoin de déplacements sans commune mesure avec l’économie de plantation qui était la caractéristique de La Réunion de l’après-guerre.
Or, au cours des dernières décennies, plusieurs choix ont été faits sans prendre en compte ce contexte.
Il s’agit tout d’abord de la suppression du chemin de fer. Ce dernier était le principal lien entre les différentes communes de l’île. Au lieu de le moderniser afin d’en faire autre chose qu’un moyen de transporter des cannes à bas prix, les décideurs de l’époque ont décidé de le démanteler. Cela a eu pour effet d’imposer l’automobile comme unique mode de déplacement.

Conséquences de choix et d’inactions

La conséquence est aujourd’hui l’extrême tension du réseau routier. Un accident à Saint-Denis à l’heure de pointe peut ainsi totalement paralysé tout trafic entre l’Est et l’Ouest de l’île. Plus que jamais, il est essentiel de proposer une autre alternative, c’est l’objectif du tram-train.
Autre décision lourde de conséquences : le choix du tracé de la Route du littoral. Plutôt que mettre en valeur plus de 10.000 hectares sur le plateau de La Montagne tout en garantissant un itinéraire sécurisé, le gouvernement de l’époque et ses soutiens locaux ont décidé la construction d’une route en pied de falaise. L’impossible sécurisation d’un tel tracé est une évidence. Pour remédier à cela, il est obligatoire de mettre en chantier une nouvelle route.
Quant à la Route des Tamarins, elle est la première étape de la route de moyenne altitude qui corrigera une autre erreur commise dans l’aménagement du territoire. En effet, alors que le littoral est sur-occupé, les zones de mi-pente sont un espace qui pourra accueillir une grande partie des habitants de La Réunion du million d’habitants. Or, face à cette échéance démographique prévisible, il a fallu attendre que la Région prenne l’initiative de lancer le chantier de la Route des Tamarins pour que commence ce vaste projet. C’est le résultat de l’absence de décision dans ce domaine de la part de ceux qui, à l’époque, avaient la compétence pour agir. Cela oblige donc à des investissements.
Tout cela explique pourquoi les travaux d’infrastructures sont le poste principal du budget de la Région. Il s’agit, comme le soulignait vendredi Paul Vergès, de rattraper cinquante ans de retard.

Manuel Marchal


Route du littoral : corriger une décision prise depuis plus de 50 ans

En décembre 1974, un débat relatif à la route du littoral a lieu au Conseil Général. Il concerne la construction de la quatre voix que nous connaissons aujourd’hui. À cette occasion, une commission d’enquête du Conseil général avait soulevé la responsabilité de l’Etat dans la surcharge financière qu’impose le choix de la route en pied de falaise. Et de pointer du doigt des études bâclées, dont chacun peut constater aujourd’hui le résultat. Conséquence, il faudra construire une troisième route du littoral.
Membre de la Commission d’enquête, Paul Vergès était intervenu. Voici un extrait de "Témoignages" du 23 décembre 1974 :

« Paul Vergès présente l’histoire de cette hésitation qui, en passant par le Chemin des Anglais et le tunnel de chemin de fer, devait conduire au choix définitif et malheureux de 1955 : une route le long du littoral
Pourquoi ce choix est-il malheureux ? Paul Vergès l’explique. On a sacrifié, en le faisant, toute possibilité de réaliser un aménagement équilibré du territoire, souligne-t-il. On a préféré établir entre Le Port et Saint-Denis le cordon ombilical de la route directe, sans voir quelle importance économique primordiale représentait, pour le pays, la construction d’une voie passant par les hauteurs. Si la route à grande circulation franchissait la Montagne- Saint-Denis, on assurait le développement et l’urbanisation de 15.000 à 20.000 hectares de terres agricoles, aujourd’hui délaissées.
A partir de ce moment, précise Paul Vergès, ont été créées les conditions d’un déséquilibre profond de l’aménagement du territoire, alors que dans les projets envisagés, pour une voie de 9 mètres de large le coût était de 3 milliards de francs et de 2,2 milliards pour la route littorale, c’est-à-dire guère plus. Mais, tes hypothèses techniques d’un tracé du côté de la mer n’ont pas elles-mêmes été toutes épuisées. Et celle qu’on a retenu et mise en pratique a donné lieu a une accumulation d’erreurs graves. »


Au moins 10 ans d’embouteillages pour Le Tampon

Pour avoir une idée précise de ce que peut être le prix d’une mauvaise décision ou de l’inaction, il suffit de prendre pour exemple le refus de construire la rocade du Tampon.
Au terme de dix années d’études et de démarches, le premier coup de pioche allait être possible. C’est un investissement de 100 millions d’euros qui allait voir le jour pour d’une part moderniser la RN3, et d’autre part améliorer la qualité de vie des habitants du Tampon.
Or, une décision prise remet tout en cause : c’est le refus de ce projet. Il faut donc tout recommencer. L’expérience rappelle qu’il faut plus de dix ans pour qu’une telle infrastructure soit livrée. Ce qui veut dire que pendant dix ans, des dizaines de milliers de Tamponnais seront quotidiennement condamnés à des embouteillages qui ne pourront que s’aggraver.
Ce qui veut dire que les conséquences de cette décision produiront leurs effets sur une durée bien plus longue que celle d’un mandat électif. C’est le prix d’une décision irréfléchie dans l’aménagement du territoire.

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