Route du littoral

Rendre à César ce qui est à César...

27 mars 2006

Pour une fois, je reprendrai la formule évangélique à la lettre, et dans son sens le plus commun, bien qu’il faille absolument la replacer dans son contexte pour lui donner son vrai sens, - tous les pouvoirs, y compris l’Église romaine, l’ayant toujours interprétée à leur façon, c’est-à-dire dans le sens du partage du pouvoir entre le spirituel et le temporel.
Connaissant un peu l’histoire de mon île au moins durant ces 50 dernières années, je n’ai pas oublié dans quelles conditions cette route en corniche, qui n’en finit pas de faire parler d’elle, a vu le jour. J’ai même eu l’occasion d’avoir assisté au débat du Conseil général qui s’était déroulé à son ancien siège du Palais Rontaunay le 2 décembre 1953, date à laquelle était examiné le dossier “chemin de fer et route en corniche”.
La majorité de droite voulait à tout prix en finir avec le chemin de fer qui, selon elle, n’était pas rentable, les usiniers refusant de payer plus cher le transport de leur sucre et les transporteurs routiers offrant d’assurer le même service par camions dans de meilleures conditions. Je me rappelle avec quel acharnement les élus communistes de l’opposition se sont battus pour tenter de sauver le chemin de fer. J’ai encore dans les oreilles les paroles prononcées ce jour-là par le conseiller général Henri Lapierre, l’ancien professeur de philosophie au lycée Leconte de Lisle. Elles avaient pour moi un ton pathétique et prémonitoire : "Cette route sera construite sur plus de la moitié de son parcours sur de la roche pourrie ; pendant une bonne partie de l’année, cette route sera abîmée par les cataractes du Cap Bernard et il faudra des centaines de millions pour la remettre continuellement en état (...). Pour économiser quelques millions d’un côté, nous allons dépenser bien plus ailleurs".
Aussi, je considère comme indécente et profondément injuste la campagne de dénigrement menée par certains contre le président du Conseil régional Paul Vergès à qui l’on voudrait faire porter la responsabilité de tous les accidents survenus sur cette route depuis son accession à la tête de la Région, alors qu’il ne fait au fond que gérer une situation qu’il a reçue en héritage. Une simple question pour terminer : si le transfert de compétence vers la Région a pris du retard, ne serait-ce pas la faute de l’État défaillant qui refuserait d’en donner les moyens et les garanties suffisants ?

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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