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Voitures électriques : que faire des dizaines de milliers batteries usagées à venir à La Réunion ?

Des déchets non-recyclables localement et actuellement impossibles à exporter

jeudi 10 août 2023, par Manuel Marchal


Une conséquence de l’électrification du parc automobile est l’importation de batteries de grande capacité. Mais arrivées en fin de vie, ces batteries deviennent des déchets dangereux qui restent à La Réunion en raison du refus des compagnies maritimes de les transporter vers des usines de dépollution et de recyclage. Il est donc urgent d’anticiper ce problème à venir d’une part par la limitation drastique du parc automobile grâce au retour du train, et d’autre part par la création d’une usine de dépollution dans notre île, ou par celle d’une compagnie maritime réunionnaise afin que notre île puisse elle-même exporter ces déchets vers des centres de retraitement.


L’électrification du parc automobile est poussée par l’évolution de la législation. D’ici 2035 sur le territoire de l’Union européenne, la vente de voitures thermiques neuves sera interdite, sauf pour les modèles les plus chers accessibles à la classe la plus riche, Ferrari et autres. Cela signifie que la part des voitures fonctionnant à l’électricité est amenée à augmenter progressivement jusqu’à atteindre 100 % en 2035. La Réunion faisant partie de la République française, État membre de l’Union européenne, cette législation s’applique.

Au moins 13000 batteries de moteur électrique en circulation

Cette électrification du parc automobile pose plusieurs problèmes. Celui de la fabrication de ces véhicules est bien connu. L’empreinte carbone nécessaire est bien plus importante que pour un véhicule équivalent, sans oublier les conditions de travail insupportables infligées dans certains pays à ceux qui extraient la matière première des batteries indispensables aux voitures électriques. Il faut donc rouler plusieurs dizaines de milliers de kilomètres pour arriver à un bilan carbone équivalent à celui d’une voiture thermique qui sort d’une usine. Ce problème ne pourra être résolu que lorsque la technologie permettra de fournir au moteur électrique un dispositif de stockage ne nécessitant pas de polluer l’environnement pour être fabriqué.
Un autre problème moins connu commence à poindre : le recyclage des batteries usagées. Ces batteries ont une durée de vie limitée. Par ailleurs, lors d’un accident endommageant la batterie, bien souvent le véhicule et sa batterie sont mis à la casse, car le coût du remplacement de la batterie dépasse facilement la valeur résiduelle du véhicule.
Selon les données de l’Observatoire de l’énergie à La Réunion, 13000 voitures électriques sont en circulation, auxquels s’ajoutent les véhicules hybrides disposant d’une batterie de stockage plus petite.

Déchets dangereux stockés à La Réunion

Mais La Réunion ne dispose pas d’installation permettant de recycler ces déchets polluants. Ils doivent donc être exportés vers des pays qui sont capables de gérer ces batteries usagées. Mais, selon un article de « l’Usine nouvelle » daté du 1er août dernier, les compagnies maritimes desservant La Réunion refusent de transporter ces déchets. Même sur des véhicules neufs, les batteries peuvent être sujettes à un emballement thermique susceptible de provoquer un incendie dans le bateau. C’est pourquoi certaines compagnies ont décidé d’imposer le transport de ces véhicules dans un container pour limiter le risque de propagation de l’incendie sur un bateau en pleine mer. Ce risque est tout aussi présent pour une batterie usagée ou abîmée par un accident.
Actuellement, La Réunion compte un parc automobile surdimensionné. Ce fait est révélateur de l’impasse dans laquelle se situe La Réunion à cause d’un sous-développement en matière de transport depuis la suppression du train. Ceci a conduit à plus de 400.000 véhicules pour une population de moins de 900000 personnes se concentrant sur une zone habitable d’à peine 1000 kilomètres carrés.

Anticiper pour éviter un problème environnemental

L’introduction de véhicules électriques se limite à les substituer à des véhicules thermiques. Autrement dit si rien n’est fait pour remettre en cause la politique des transports à La Réunion, l’application mécanique de la législation de l’Union européenne dans notre île aura pour conséquence la présence de centaines de milliers de voitures électriques dans notre île, et donc de centaines de milliers de batteries qui arriveront en fin de vie après quelques années d’usage.
Ceci rappelle l’urgence de limiter drastiquement le nombre de voitures particulières à La Réunion en faisant de notre île un pays développé en matière de transports. Cela passe par la reconstruction du train reliant les agglomérations du littoral, couplée avec une large offre de transports collectifs pour relier les gares aux quartiers excentrés.
Ceci n’empêchera pas la présence dans notre île de dizaines de milliers de voitures électriques. Il est donc tout aussi nécessaire de régler le problème des batteries usagées. Il existe deux possibilités.
La première est de créer à La Réunion une filière de recyclage et de dépollution de ces déchets dangereux pour protéger notre environnement et notre santé. Ceci pourra créer des emplois dans notre pays.
La seconde est la création d’une compagnie maritime réunionnaise afin de renvoyer vers les pays producteurs de voitures électriques ces déchets dangereux. C’est un autre moyen de créer des emplois pour les Réunionnais à La Réunion.
L’inaction risque de transformer la transition énergétique dans les transports en grave problème environnemental à La Réunion.

M.M.


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