Les questions du temps présent
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Illustration de la coopération entre Air Austral et Corsair via une filiale mahoraise
23 décembre 2021, par

Air Austral a créé elle-même sa concurrence par une low-cost 4 fois par semaine sur sa liaison historique. L’accord d’affrètement annoncé par Corsair fera qu’Ewa assurera 7 vols par semaine sous son nom ou celui de Corsair entre Mayotte et La Réunion à partir de février. Air Austral sera donc concurrencée 7 fois par semaine par sa filiale qui propose des prix imbattables. Dans ces conditions, l’avenir d’Air Austral sur sa liaison historique est compromis. Ce coup porté à Air Austral se fait grâce à un accord entre Corsair et Ewa, la filiale mahoraise d’Air Austral. N’est-ce pas une préfiguration de l’avenir d’Air Austral au sein d’une holding commune à Corsair, si le rapprochement capitalistique entre deux compagnies concurrentes devenait réalité ?
Depuis mardi, Ewa assure 4 vols par semaine entre Mayotte et La Réunion à partir de 129 euros l’aller-retour. La filiale mahoraise d’Air Austral vient donc s’implanter sur une liaison desservie quotidiennement par Air Austral, et 2 à 3 fois par semaine par Corsair. Ewa exploite un Boeing 737 reconfiguré en classe unique pouvant embarquer plus de 180 passagers. Entre Mayotte et La Réunion, Ewa est donc une compagnie low-cost.
C’est d’ailleurs Air Austral qui nourrit la création de sa concurrence par une low-cost. En effet, elle loue l’avion à Ewa et fournit ses pilotes. Ceci est sans doute un cas unique dans le monde. D’où la crainte du personnel du transfert de l’activité dans ce domaine d’Air Austral à Ewa, filiale mahoraise où les conditions salariales sont nettement moins favorables qu’à Air Austral. Paris refuse que les salariés mahorais bénéficient des mêmes droits qu’à La Réunion alors que dans le même temps, Paris considère que Mayotte est un département français au même titre que La Réunion.
Mais la concurrence interne d’Ewa n’est pas la seule menace pour Air Austral. En effet, dans un communiqué en date du 20 décembre, Corsair indique ceci :
« Afin de répondre à la demande croissante, Corsair a décidé d’augmenter les fréquences de vols entre La Réunion et Mayotte, avec un programme allant jusqu’à 8 vols par semaine et permettre ainsi aux clients de pouvoir profiter des vacances australes et des fêtes de fin d’année en famille. »
Dans le même temps, Corsair dit manquer de pilotes, ce qui amène la compagnie guadeloupéenne à recourir à des affrètements pour assurer La Réunion-Mayotte. Du 7 au 20 décembre, Corsair a affrété l’avion de la filiale d’Air Austral. Jusqu’à fin janvier, elle utilisera un avion affrété à ETF, une compagnie croate, avant de se tourner de nouveau vers Ewa à partir de février.
Ce choix permet aussi à Corsair via Ewa d’offrir les mêmes services qu’à bord des avions d’Air Austral. En effet, jusqu’alors, les liaisons entre La Réunion et Mayotte de la compagnie guadeloupéenne étaient assurés par des Airbus A330 qui étaient stationnés à La Réunion entre deux vols pour Paris. Ceci faisait que Corsair ne proposait pas la possibilité d’embarquer des bagages en soute. Avec l’affrètement d’un 737 basé à La Réunion, cette incapacité disparaît.
A partir du mois de février, cet accord entre Corsair et la filiale d’Air Austral aura donc pour effet d’ajouter 2 à 3 vols par semaine au programme de 4 vols hebdomadaires Mayotte-La Réunion pour l’avion qu’Ewa loue à Air Austral. Cela signifie également que près de la moitié de l’activité d’Ewa sur cette ligne sera assurée par des passagers volant avec un billet Corsair.
Rappelons que les conditions d’exploitation depuis Mayotte d’un Boeing 737 densifié permettent de proposer un prix de départ à 129 euros, ce qui est hors de portée d’Air Austral.
A partir de février, Ewa assurera donc sous ses couleurs ou celles de Corsair un vol quotidien en moyenne entre La Réunion et Mayotte. Le partenariat entre Corsair et Ewa augmente considérablement l’offre de sièges entre Mayotte et La Réunion. Il restructure le paysage aérien en doublant l’offre classique d’Air Austral par une offre low-cost assurée par la filiale d’Air Austral à qui Corsair offre la possibilité de rentabiliser encore plus son avion. Cette brusque inflation de l’offre de siège correspond-elle vraiment à la demande entre Mayotte et La Réunion ?
Tous les vols Mayotte-La Réunion d’Air Austral seront concurrencés par une offre moins chère. Sachant qu’entre Mayotte et La Réunion, le prix du billet est le facteur de choix décisif, il est clair que les avions d’Air Austral vont se vider.
Dans ces conditions, l’avenir d’Air Austral sur sa liaison historique est compromis. Et ce coup porté à Air Austral se fait grâce à un accord entre Corsair et Ewa, la filiale mahoraise d’Air Austral. N’est-ce pas une préfiguration de l’avenir d’Air Austral au sein d’une holding commune à Corsair, si le rapprochement capitalistique entre deux compagnies concurrentes devenait réalité ?
M.M.
Ceux qui n’ont que la France comme horizon indépassable tournent en rond
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