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4 juin, parNos peines
Inquiétant courrier du PDG d’Air Austral
4 juin 2022, par

Un inquiétant courrier du PDG d’Air Austral au personnel de la compagnie confirme que les prêts accordés par l’État n’ont permis que d’éviter que la bombe Air Austral explose pendant les campagnes électorales de la présidentielle et des législatives. La direction dit étudier comment aller au-delà de la fin du mois dans l’attente de repreneurs éventuels. Une accumulation d’erreurs stratégiques depuis que Didier Robert a changé la direction de la compagnie a placé Air Austral dans de très graves difficultés.
Dans un courrier adressé le 1er juin au personnel d’Air Austral, son PDG annonce que la restructuration de la compagnie aérienne « est inéluctable. Elle aura lieu. Elle a même déjà commencé ». Il évoque aussi « les prétendants à la reprise d’Air Austral » : « Ils disposent des fonds nécessaires au sauvetage de la société, et les services de l’Etat avec qui ils devront discuter, sont bien orientés envers notre compagnie. Certes, tout cela demande du temps, rien n’est jamais simple, mais le cap est fixé ».
Marie-Joseph Malé ajoute :
« Tous les acteurs de ce dossier, qu’il s’agisse de notre actionnaire de référence, la SEMATRA, de toute la classe politique locale, du CIRI et des autres Ministères, de nos partenaires financiers, connaissent parfaitement les enjeux et le calendrier. Ils croient en notre avenir et n’envisagent pas une seconde qu’Air Austral ne soit plus dans le paysage aérien français demain. Avec eux, nous organisons la sortie de crise, chacun à sa place. La direction générale gère au quotidien, depuis 2 ans déjà, la trésorerie de l’entreprise, avec les moyens financiers octroyés par l’Etat et la reprise des ventes qui nous permettaient de tenir au moins jusqu’à la fin de ce mois. Je dis bien, au moins car, comme vous vous en doutez, nous étudions déjà comment aller au-delà et faire le lien avec la solution pérenne. »
Depuis le changement de direction imposé par Didier Robert en 2012, Air Austral a accumulé les difficultés bien avant la crise COVID. Le 16 novembre 2021, interrogé sur l’éventualité d’un rapprochement d’Air Austral avec Corsair à l’Assemblée nationale, Olivier Dussopt, secrétaire d’État aux Transports, avait d’ailleurs déclaré :
« L’État a garanti des prêts à hauteur de 80 millions d’euros mais a également, de manière directe, accordé un prêt de 20 millions d’euros à la compagnie, ce qui représente un total de 100 millions d’euros d’aides de trésorerie pour traverser la crise.
Cette dernière, vous le savez, a révélé les fragilités structurelles d’Air Austral et, au-delà, d’autres compagnies qui desservent les territoires d’outre-mer, fragilités auxquelles nous devons répondre. »
Ces « fragilités structurelles » de plusieurs choix stratégiques dont notamment le refus de créer la première compagnie low-cost long-courrier destinée à desservir l’outre-mer. C’était le projet d’un partenariat avec Airbus afin de diminuer de 30 % le prix du billet d’avion toute l’année, pour tout le monde et sans subvention. Mais ceci allait à l’encontre de la stratégie de Didier Robert : utiliser les fonds publics pour financer sa popularité via la distribution de bons de réduction pour acheter des billets d’avion.
Par conséquent, Air Caraïbes a récupéré le projet qui s’est concrétisé par la création de French Bee qui fait voler des A350 dernier cri densifiés avec le succès que chacun peut constater. La ligne entre Orly et Gillot constitue d’ailleurs le coeur de l’activité de French Bee.
La gestion de la compagnie l’a rendue fortement dépendante des aides publiques : ce sont plus de 200 millions d’euros qui ont été injectés sous la présidence de Didier Robert à la Région via la SEMATRA, malgré la vente d’importants actifs comme un Boeing 777-200 LR. Ceci n’a pas empêché l’accumulation d’une dette estimée à 200 millions d’euros.
Le résultat est le suivant : l’État a accordé des prêts afin que la bombe Air Austral n’explose pas pendant les campagnes électorales de la présidentielle et des législatives. Le courrier du PDG d’Air Austral ne fait que confirmer cela, car il avoue implicitement que la visibilité financière de la compagnie ne va pas au-delà de la fin du mois, c’est-à-dire 11 jours après le second tour des élections législatives.
M.M.
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