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Air Austral reprise par des investisseurs réunionnais : la meilleure solution pour l’État ?

Une fusion Corsair-Air Austral pourrait coûter plus cher à plus ou moins long terme pour les contribuables

lundi 8 août 2022, par Manuel Marchal


Selon « le Quotidien » du 5 août, la solution d’une reprise d’Air Austral par des investisseurs réunionnais tiendrait la corde, ce qui enterrerait le projet de fusion Corsair-Air Austral. Le déficit structurel de Corsair ne pourrait-il pas influer sur la décision de l’État qui privilégiait la fusion pour éviter de subventionner des entreprises concurrentes ? Car si la situation d’Air Austral n’est pas brillante, celle de Corsair est également fragile car elle était auparavant maintenue à flot par TUI. La fusion de deux structures déficitaires n’ouvrirait-elle pas la porte à un risque de catastrophe sociale à plus ou moins long terme concernant plus de 2000 salariés à La Réunion, en France et en Guadeloupe ? L’attitude de l’État serait alors la suivante : en échange d’un effacement d’une partie de la dette, laissons les Réunionnais se débrouiller avec Air Austral.


Comme le rappelait un récent article du « Monde », Corsair a bénéficié de 130 millions d’euros d’aides publiques pour se restructurer. Elle a été vendue par TUI à un consortium comprenant des intérêts antillais ainsi que des collectivités de la Caraïbe. Le siège social de Corsair a été transféré à l’aéroport Pôle Caraïbes de Pointe-à-Pître, Corsair est devenue une compagnie aérienne guadeloupéenne.
Cette aide de 130 millions d’euros rappelait que depuis de nombreuses années, Corsair était soutenue par les injections de cash de son actionnaire TUI. Sinon elle aurait sans doute fait faillite.
Le tableau suivant permet de le constater :

Bilan financier de Corsair

en millions d’euros
2000-2020 CA Net Résultat d’exploitation Résultat net
Cumul 9 880 -580 -615
Moyenne 470 -28 -29
en millions d’euros
2011-2020 CA Net Résultat d’exploitation Résultat net
Cumul 4 548 -358 -390
Moyenne 455 -36 -39

Source : infogreffe.com, societe.com et verif.com

La crise COVID-19 ne peut expliquer cela. En 2020, le résultat d’exploitation était négatif à hauteur de -121 millions d’euros, mais il était de -126 millions en 2010, compris entre -80 millions et -19,3 millions entre 2011 et 2015, de -15,4 millions en 2018 et de -45,8 millions en 2020. Il n’y a qu’en 2016 et 2017 que le résultat net était positif : respectivement 2,1 et 12,8 millions d’euros.

Air Austral : des « spécialistes du transport aérien sont partis en courant peu après avoir ouvert les livres »

La situation financière d’Air Austral n’est pas également enviable. Dans un article paru le 9 juillet dernier, « L’Echo austral » souligne ceci : « les repreneurs de la compagnie n’auront pas que des dettes à gérer. La défection des fonds d’investissement qui ont manifesté suffisamment d’intérêt pour accéder aux comptes est un signe très inquiétant. Ces spécialistes du transport aérien sont partis en courant peu après avoir ouvert les livres. Des voix commencent à se faire entendre, en interne, sur les coûts structurels d’une gestion « à la Air France », avec de consistants avantages concédés aux pilotes en échange de la paix sociale, une masse salariale qui a grossi plus vite que le chiffre d’affaires et des surcoûts liés à l’hétérogénéité de la flotte ».

Risque social d’une fusion de deux compagnies aériennes structurellement fragiles

Confier les destinées d’Air Austral fragilisée par des erreurs stratégiques à un consortium où elle pèsera moins que Corsair ouvre donc la porte d’importantes inquiétudes. Car si Corsair ne redressait pas suffisamment la barre, alors grand serait le risque de catastrophe sociale à plus ou moins long terme concernant plus de 2000 salariés à La Réunion, en France et en Guadeloupe principalement. Compte tenu d’une situation sociale tendue, il serait compréhensible que le gouvernement fasse tout pour faire l’économie d’une crise d’une telle ampleur.
Dans ces conditions, l’État serait alors plus gagnant de ne pas courir ce risque et de laisser les Réunionnais se débrouiller avec leur compagnie aérienne, tout en accompagnant la mise des repreneurs par un effacement partiel de la dette.
Néanmoins, cette solution ne manquera pas d’alerter toutes les entreprises qui ont eu recours à un PGE. L’État acceptera-t-il de faire jouer sa garantie à la même hauteur qu’Air Austral pour toutes ces sociétés ?

M.M.


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