Projet d’un nouvel aéroport à Mayotte

Boyoni/M’Tsangamoji : Plus d’un milliard d’euros pour ne plus faire escale en Afrique sur la route de Paris

2 mai, par Manuel Marchal

À Mayotte, le président français soutient un projet d’aéroport à plus d’un milliard d’euros, réclamé par la classe dominante. Destiné uniquement à permettre des vols directs vers Paris, il est coûteux et peu utile. Des alternatives existaient déjà en utilisant l’aéroport de Jaoji. Le projet soulève des critiques : impact écologique, destruction de terres agricoles et priorité discutable face aux besoins urgents en eau et logement.

Dans l’île comorienne de Mayotte, le président français a répondu favorablement à une revendication de la classe dominante qui se maintient au pouvoir depuis 1975, quand Paris décida de soutenir les intérêts de cette classe en divisant les Comores par le maintien l’administration française dans un pays qui venait de retrouver son indépendance et qui était admis à l’ONU. Le numéro un français a promis la réalisation d’un nouvel aéroport à Mayotte. Il coûtera plus d’un milliard d’euros, ce qui représente le tiers de l’aide française à la reconstruction de l’île dévastée par le cyclone Chido fin 2024. Sa fonction principale sera de pouvoir permettre des vols sans escale jusqu’à Paris ce que ne permettent pas l’aéroport actuel et les avions qui l’utilisent actuellement.

Projet de prestige inutile

Ce projet de prestige n’amènera qu’un changement dérisoire. Les riches passagers des vols Mayotte-Paris ne seront plus contraints de faire escale dans un autre pays africain pour que leur avion emporte le carburant nécessaire au survol de l’Afrique et de la Méditerranée. Cette escale est due au fait que la piste de l’aéroport actuel, à Jaoji, soit trop courte pour permettre, comme à La Réunion, l’envol gros-porteurs long-courriers à pleine charge. La piste est construite dans le lagon de la Petite-Terre ce qui rend son extension impossible pour des raisons environnementales et peu utile à long terme à cause de la montée du niveau de la mer.

Mayotte-Paris sans escale déjà possible avec un avion adapté

Pour dépasser le problème de la piste trop courte pour rallier Paris sans escale, Air Austral, sous la direction de Gérard Ethève et la présidence de Paul Vergès, avait acheté 2 Boeing 777-200lr dont un lui fut livré sous le nom de « Marcel Goulette ». Cet avion dispose en effet d’une autonomie suffisante pour un vol sans escale entre l’aéroport de Jaoji et Paris sans avoir besoin de décoller à pleine charge. C’était un progrès considérable par rapport au détour par La Réunion. Mais le changement de direction imposé à Air Austral par Didier Robert remis en cause ce projet. Le « Marcel Goulette » fut vendu et le second Boeing 777-200lr fut annulé. Des Boeing 787 ayant servi comme prototypes furent achetés pour assurer la liaison Mayotte-Paris mais leur utilisation impose une escale au Kenya, pour embarquer un complément de carburant pour voler jusqu’à Paris.
Plutôt que de demander de l’argent à la France pour enlever une escale, il eut été plus logique et moins coûteux d’exiger qu’une compagnie aérienne puisse mettre en ligne un avion capable d’assurer un vol sans escale. Quant aux passagers allergiques aux escales en Afrique continentale, ils peuvent toujours se renseigner auprès de l’aéroport de Moroni tout proche si des places sur des vols sans escale pour la France sont disponibles ou passer par Antananarivo ou La Réunion.

Un cadeau pour la classe qui profite de la division des Comores

Au lieu de cela, la classe au pouvoir à Mamojo demande une dépense considérable et Paris abonde dans le sens de ses supplétifs. La promesse d’un nouvel aéroport pourra leur faire dire que Mayotte est au même niveau que La Réunion pour les vols sans escale vers la France.
Cette dépense de prestige interroge à Mayotte. En effet, l’aéroport détruira des terres agricoles dans une île incapable de se nourrir sans les importations et se situera au-dessus de nappes phréatiques alors que la majorité de la population subit déjà de nombreuses coupures d’eau à cause de la pénurie de cette ressource. Les plus d’un milliard d’euros prévus seront mieux utilisés à construire des logements pour tous plutôt qu’à satisfaire l’ego de ceux qui profitent de la division des Comores pour se maintenir dans la classe privilégiée.

M.M.

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