10 000 touristes à haut pouvoir d’achat par semaine

En 3 ans, Emirates a fourni plus d’un million de riches touristes à Maurice : impossible à La Réunion

28 février, par Manuel Marchal

Pendant que Emirates propulse Maurice vers des records touristiques, La Réunion reste à l’écart. La cause n’est pas géographique mais politique : le verrou des visas imposé par France, le coût excessif de la vie à cause de la surrémunération versée par Paris et le sous-développement des infrastructures touristiques malgré l’argent public disponible en abondance ferment notre île aux voyageurs du monde. Résultat : dépendance, manque à gagner et générationns sacrifiées.

Entre 2022 et 2025, la compagnie Emirates a transporté plus d’un million de visiteurs vers Maurice, soit plus d’un cinquième des arrivées enregistrées sur la période. En 2025, l’île sœur a accueilli 1 436 250 touristes, un sommet historique, en hausse de 3,9 % sur un an. Sur la même période, Emirates a fait progresser de 5,7 % le nombre de passagers acheminés vers Maurice, atteignant environ 309 000 voyageurs, contre 207 000 en 2022.

2 A380 et 1 Boeing 777-300ER tous les jours de Dubaï à Maurice

Cette dynamique s’appuie sur un renforcement massif de la desserte. Depuis décembre 2025, trois rotations quotidiennes relient Dubaï à Maurice, dont deux en A380 et une en Boeing 777-300ER, représentant plus de 10 000 sièges par semaine. À cela s’ajoute la montée en gamme avec l’introduction d’un Boeing 777 rénové doté d’une cabine Premium. L’objectif est clair : capter une clientèle internationale à fort pouvoir d’achat transitant par le hub de Dubaï.

Les flux proviennent majoritairement d’Europe — Royaume-Uni, Allemagne, France, Italie, Belgique, Suisse ou Pays-Bas — mais la stratégie vise aussi les États-Unis, la Chine, la Corée du Sud, les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite. En diversifiant ses marchés, Maurice réduit sa dépendance historique et consolide toute sa chaîne touristique : hôtellerie, restauration, excursions, transports, emplois directs et indirects. Les recettes devraient dépasser les 2 milliards d’euros en 2025, confirmant le rôle moteur du secteur.

Dans le même temps, Madagascar et les Seychelles bénéficient eux aussi de l’apport d’Emirates. Une île manque pourtant à l’appel : La Réunion.

La Réunion n’est pas accueillante pour les riches touristes asiatiques ou africains

Pourquoi cette absence ? À La Réunion, l’entrée sur le territoire est régie par les règles fixées par France. Si les ressortissants de l’Union européenne peuvent voyager aisément, il n’en va pas de même pour les visiteurs venus d’Asie, d’Afrique ou du Moyen-Orient. Là où Maurice ou Madagascar délivrent des visas à l’arrivée, La Réunion impose des démarches préalables auprès d’un consulat français : justificatifs financiers, assurance santé, billet retour, hébergement, frais non remboursables en cas de refus. Et possibilité d’être obligé de compter son argent en public sur simple demande du fonctionnaire contrôlant les passeports à l’arrivée à La Réunion.
Ce parcours dissuasif envoie un signal négatif à des voyageurs habitués à la fluidité des grands hubs internationaux. Une compagnie comme Emirates fonde ses choix sur l’accessibilité, la simplicité et la qualité d’accueil offertes à ses passagers internationaux. Si ces conditions ne sont pas réunies, l’intérêt économique s’efface.

La Réunion est une destination hors de prix à cause de la surrémunération versée par Paris

Les conséquences sont lourdes. Le tourisme réunionnais demeure largement affinitaire et centré sur l’Europe, un continent fragilisé par les crises et l’érosion du pouvoir d’achat. Les touristes européens peuvent facilement trouver une destination où le prix du billet d’avion et le coût de la vie sont moins élevés. A cause de la surrémunération versée par Paris, La Réunion est une destination hors de prix. De plus, l’importation de l’extrême droite française a donné lieu à une progression intolérable du vote raciste ce qui donne de La Réunion l’image d’un pays peu accueillant, nourrissant un complexe de supériorité vis-à-vis de tout ce qui ne vient pas de France. Pendant ce temps, des milliers de voyageurs à fort pouvoir d’achat choisissent Maurice ou Madagascar, où l’entrée est plus simple et l’environnement perçu comme plus ouvert.

Voulons-nous participer pleinement à la dynamique de l’Afrique et de l’océan Indien ?

Au-delà des chiffres, c’est un choix de société qui se dessine : rester arrimé à un modèle dépendant des transferts publics ou ouvrir réellement notre île sur son environnement régional et international. L’exemple mauricien démontre qu’une politique d’accessibilité cohérente, adossée à une stratégie aérienne ambitieuse, peut transformer une destination.

M.M.

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Messages

  • Triste constat qu’est celui de la Réunion alors qu’elle a un vrai potentiel touristique. Ce manque de volonté politique n’est plus a dévoiler, on le voit notamment à l’intérieur même de l’île quand l’aéroport de Pierrefonds ne propose en grande majorité que des vols militaires. Une fois le problème sur la table il faut maintenant parler des actions à mener pour palier à cette problématique.

  • Très bel article qui nous explique très bien, chiffres à l’appui l’évolution du tourisme ici et dans l’île soeur Maurice. Aussi, j’aurais aimé en savoir plus sur le nombre de touristes réunionnais qui vont à Maurice, le nombre de passagers qui décident d’y aller en bateau, je pense qu’il en existe encore et ce serait très bien de le développer car d’après ce que je sais, le navire qui propose des places de passagers transporte aussi du fret, n’est pas vraiment de dernière génération. De plus, aucune info sur le nombre de touristes qui viennent de la Russie, il faut savoir que là aussi, parmi les compagnies aériennes qui vont à Maurice, se trouve l’Aéroflot, un existe une ligne directe et cela a l’air de fonctionner, les russes aiment eux aussi aller au soleil et boire du punch pour changer de la vodka. C’est vrai que l’on est dans une paradoxale situation, malgré les efforts, la Réunion a une mauvais image, comme vous le précisez. Cela serait tellement mieux pour elle, ses jeunes de trouver un travail dans ce secteur, tout est à revoir si on le veut vraiment. L’avenir nous le dira. Les choses s’accélèrent, et on verra si le décideurs auront la volonté de réagir ? Arthur ? Bon dimanche et mois de Mars qui commence, un mois d’élections locales, ça tombe bien, promesses, promesses ; abstention révélatrice elle aussi.


Témoignages - 82e année


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