Le monde change, pas notre pays

L’ Airbus A350-1000 d’Ethiopian Airlines relie Madagascar au monde : La Réunion reste à l’écart

22 août 2025, par Manuel Marchal

L’atterrissage du premier Airbus A350-1000 d’Ethiopian Airlines à Antananarivo souligne l’enclavement de notre île face à l’essor africain.

Ce 18 août, l’aéroport d’Ivato a accueilli pour la première fois l’Airbus A350-1000 d’Ethiopian Airlines. Avec ses 400 sièges, cet appareil long-courrier de dernière génération relie désormais directement Madagascar au hub mondial d’Addis-Abeba, offrant plus de confort et de capacité aux voyageurs. Une avancée majeure pour la Grande Île, qui renforce ainsi son intégration dans les réseaux aériens internationaux.

Addis-Abeba, porte d’entrée de l’Afrique et du monde en développement

La compagnie Ethiopian Airlines a fait d’Addis-Abeba l’une des plateformes de correspondance les plus dynamiques au monde, la première du continent africain. Depuis ce hub, les passagers peuvent rejoindre aussi bien l’Europe, l’Asie que l’Amérique, avec des correspondances rapides et une flotte modernisée.
Dans quelques années, le projet titanesque du nouvel aéroport international Bishoftu (BIA), situé à 40 kilomètres au sud d’Addis-Abeba, fera encore changer d’échelle. Soutenu par un partenariat entre Ethiopian Airlines et la Banque africaine de développement, il prévoit 10 milliards de dollars d’investissements et une capacité initiale de 60 millions de passagers par an, extensible à 110 millions. Trois pistes, 3,7 millions de tonnes de fret annuelles, une ville aéroportuaire complète avec hôtels, commerces, liaisons ferroviaires et autoroutières… le chantier doit démarrer fin 2025 pour une ouverture en 2029.
Face à ces ambitions, lees aéroports parisiens, principal débouché aérien de La Réunion, paraissent bien modestes.

La Réunion, enfermée dans l’axe unique Paris–Saint-Denis

Pour notre île, le constat est amer. Alors que Madagascar s’ouvre à l’Afrique et au reste du monde via Addis-Abeba, La Réunion demeure enclavée dans une logique de dépendance vis-à-vis de Paris. La capitale française, pourtant un hub important il y a encore vingt ans, n’est aujourd’hui qu’une plateforme secondaire à l’échelle mondiale.
Le développement du tourisme réunionnais reste donc freiné par cette orientation unique, alors même que les pays africains connaissent une croissance. L’émergence d’une classe moyenne sur le continent ouvre de nouvelles perspectives. Chaque année, des millions d’Africains disposent de moyens financiers croissants pour voyager, consommer et investir. Pourtant, les politiques actuelles de visas isolent La Réunion de son continent, coupant l’île des flux touristiques africains.

Miser sur notre continent, pas seulement sur Paris

Le succès d’Ethiopian Airlines et l’essor du futur aéroport de Bishoftu rappellent une évidence : l’Afrique avance, vite. En s’accrochant à l’unique desserte de Paris, La Réunion prend le risque de rester en marge des grandes dynamiques régionales et mondiales.
Plutôt que de réclamer davantage de liaisons avec la France, il serait stratégique de s’ouvrir davantage à notre continent, de faciliter les échanges avec l’Afrique de l’Est, l’Afrique australe et au-delà. Le tourisme réunionnais pourrait y trouver de nouveaux leviers de croissance, tandis que les entreprises locales gagneraient un accès élargi aux marchés voisins.
Pour l’heure, Madagascar sera directement connectée au futur géant aéroportuaire éthiopien, véritable porte d’entrée africaine sur le monde. La Réunion, elle, continue de regarder vers Paris – au risque de se retrouver reléguée dans un cul-de-sac aérien.

M.M.

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