Paul Vergès : Penseur et homme d’action
1er septembre, parPaul Vergès : 2016-2026
Jackpot pour Madagascar, pas pour La Réunion
17 septembre 2025, par

Un an après l’ouverture de la ligne Dubaï–Antananarivo, Emirates affiche des chiffres impressionnants : 51 000 passagers ont emprunté cette desserte. La compagnie du Golfe, qui cible une clientèle internationale à haut pouvoir d’achat, n’a pas tardé à augmenter ses fréquences de vol vers Madagascar : de 4 à 6 par semaine. Un signe clair : quand les conditions sont réunies, le tourisme international suit et les devises entrent dans le pays.
À La Réunion, pourtant, le constat est amer : toujours aucune desserte Emirates, aucun flux de visiteurs venus d’Asie ou du Moyen-Orient, et un tourisme largement dépendant d’une clientèle unique : la France. Or ce choix politique se révèle être une impasse.
Le profil des visiteurs français n’est pas celui des passagers d’Emirates. Ce sont des touristes « affinitaires », qui viennent rendre visite à leur famille, logent chez leurs proches et consomment peu dans l’hôtellerie ou la restauration. À l’inverse, les clients d’Emirates sont en quête d’hôtels, d’expériences, de services : ils injectent directement leur argent dans l’économie locale. Mais voilà, à La Réunion, les rares touristes non-UE doivent faire face à un véritable parcours du combattant administratif.
Là où Madagascar délivre un visa en quelques minutes à l’aéroport sur présentation d’une adresse et d’un billet retour, La Réunion reste sous le joug de la politique migratoire française. Les riches touristes chinois, indiens ou du Golfe doivent déposer un dossier long, coûteux, et sans aucune garantie de résultat auprès d’un consulat français. Autant dire qu’ils renoncent, et se tournent vers Maurice, Seychelles ou Madagascar.
Ajoutons à cela le coût exorbitant de la vie à La Réunion : hôtellerie, restauration, services sont beaucoup plus chers que dans les îles voisines. Un couple de voyageurs disposant d’un budget confortable trouvera un séjour plus luxueux et moins onéreux ailleurs. Résultat : notre île reste une destination de niche, captive d’un marché français en crise, alors que la région attire à bras ouverts les touristes du monde entier.
Le succès de Madagascar démontre à quel point La Réunion a raté le coche. La dépendance coûte cher. Cette fermeture volontaire sur la France condamne notre économie touristique à la stagnation, voire au déclin.
Pendant que Madagascar engrange les devises et diversifie ses visiteurs, La Réunion continue de tourner en rond. Tant que nous resterons enfermés dans cette logique de dépendance, l’avenir de notre tourisme sera condamné. L’exemple est sous nos yeux : ouvrir les portes aux compagnies du Golfe, assouplir les règles d’entrée, baisser nos coûts, prévoir des infrastructures adaptées aux riches touristes voilà le seul chemin. Sinon, demain, nous regarderons encore nos voisins récolter la richesse que nous aurons refusée.
M.M.
Paul Vergès : 2016-2026
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