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4 juin, parNos peines
Continuité territoriale
14 janvier 2009, par

La proposition parisienne de mettre à contribution les compagnies aériennes à la place de l’Etat est sous les feux de l’actualité à La Réunion. Mais pas un mot sur les graves difficultés rencontrées par Air Mauritius à cause de la crise. Elles montrent bien que toute mesure fragilisant la situation financière des compagnies régionales met en danger leur survie. Alors pourquoi persister dans cette logique ?
À 200 kilomètres de La Réunion, une compagnie aérienne nationale est en pleine crise. Deux des hauts dirigeants d’Air Mauritius ont démissionné, et la garantie de 100 millions d’euros présentée par le gouvernement pourrait ne pas suffire à sauver la compagnie mauricienne.
Sur le plan opérationnel, Air Mauritius enregistrera des pertes de 37 millions de dollars pour l’année financière se terminant à mars. Pour 2009-2010, la compagnie pourrait faire une perte massive de 141 millions de dollars, dont plus de 122 millions de dollars est associée au "hedging", un contrat d’achat de deux ans sur la base d’un baril de pétrole payé 105 dollars, soit deux fois le prix actuel. Les pertes s’expliquent également par une baisse de fréquentation touristique liée à la crise économique mondiale qui débute. Des centaines d’emplois sont en jeu.
À La Réunion, certains demandaient qu’Air Austral mène la même politique qu’Air Mauritius, plus personne n’entend ces conseillers bien mal inspirés sur ce point. Par contre, ils s’expriment sur la Charte proposée par le gouvernement aux compagnies aériennes. Deux d’entre elles disent vouloir y adhérer, sans donner pour le moment de chiffres précis sur une éventuelle baisse des prix.
Cette méthode proposée par Paris est un moyen de se désengager de la continuité territoriale. Il est important de rappeler qu’en Corse, les résidents et tous les citoyens de la République qui souhaitent se rendre dans ce territoire sont subventionnés par l’Etat à hauteur de 160 millions d’euros. Les Réunionnais doivent se débrouiller avec 9 millions. En France, un membre du gouvernement justement issu de l’Outre-mer ne lutte pas pour remettre en cause cette inégalité. Et il demande aux compagnies aériennes de payer à la place de l’Etat. Proportionnellement, l’effort le plus important est demandé aux compagnies situées dans l’Outre-mer, au risque de menacer leur équilibre financier.
Décidément, il est toujours des colonisés qui s’ignorent.
Le danger de la diversion
Dans un contexte de crise, les compagnies aériennes doivent composer avec un trafic en baisse au niveau mondial. À 200 kilomètres de La Réunion, Air Mauritius est touché par une crise sans précédent. Il peut sembler plus logique de débattre de ces questions et de vouloir tenter d’apporter sa contribution à des solutions qui peuvent faire baisser les prix, tout en tenant compte des compétences de chaque pouvoir public. Gageons que le bon sens triomphera sur cette question, comme sur d’autres où la volonté d’union des Réunionnais a déjà montré qu’il est possible d’obtenir un rapport de force déterminant pour se faire entendre et faire aboutir les revendications.
Manuel Marchal
Nos peines
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