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60e anniversaire de la création du PCR : que s’est-il passé le 15 mars 1959 à Saint-Denis ? -1-
13 mars 2019, par

Dans quelques semaines, le PCR fêtera son 60e anniversaire. Depuis déjà plusieurs mois, différentes activités ont eu lieu dans ce cadre. L’une d’entre elles se tiendra vendredi à Sainte-Clotilde. Elle rappellera que le 15 mars 1959, lors des élections municipales de Saint-Denis remportées par la liste d’Union contre la Fraude conduite par Paul Vergès, le pouvoir organisa une fraude massive pour changer le résultat, tandis que des nervis assassinèrent par balle Eliard Laude et blessèrent gravement avec une arme de ce type Antoine Baïkom, parce qu’ils faisaient partie d’une foule en liesse qui célébrait le retour des communistes à la direction de la Mairie de Saint-Denis. Le même soir, Paul Vergès fut frappé par des policiers devant la mairie de Saint-Denis et laissé pour mort sur un trottoir.
La création du PCR s’est située dans un contexte marqué par une violente répression contre les progressistes. Depuis le 19 mars 1946, La Réunion n’était plus une colonie mais un département. C’était le choix fait par les Réunionnais qui avaient soutenu la principale revendication portée par les candidats du Comité républicain d’action démocratique et sociale, le CRADS.
Ce mouvement était la traduction politique des mobilisations syndicales commencées avant la Seconde guerre mondiale, demandant une décolonisation par l’intégration à la France sur un pied d’égalité. Il s’agissait d’obliger l’État à appliquer à La Réunion toutes les conquêtes obtenues par le mouvement social en France. Les deux années de blocus de l’île et les privations de la guerre allaient faire tomber l’écrasante majorité des Réunionnais dans la misère. Ceci allait renforcer le mot d’ordre de « Réunion département français ». D’autant plus qu’au lendemain de la Seconde guerre mondiale, les nouveaux dirigeants de la France rassemblés dans une large coalition dominée par les communistes et les gaullistes vont construire les bases d’un État moins inégalitaire avec la création de la Sécurité sociale.
Se soigner gratuitement, avoir droit à une retraite, créer des contre-pouvoirs légaux à l’arbitraire patronal dans les entreprises, voir les plus riches contribuer selon leur fortune au fonctionnement des services publics en payant l’impôt sur le revenu : tous ces rêves étaient à portée de main. La création du CRADS était un moyen de concrétiser ces rêves. C’est cette politique que la population a choisi, en donnant la victoire aux listes du CRADS dans la majorité des communes de La Réunion, dont les plus grandes villes lors des municipales de 1945. Ces victoires ont préparé celles des cantonales et des législatives d’octobre 1945. Les deux députés de La Réunion étaient du CRADS. Raymond Vergès et Léon de Lépervanche firent l’union avec leurs collègues de Martinique, de Guadeloupe et de Guyane pour obtenir en moins de 6 mois de l’Assemblée nationale le vote à l’unanimité de la loi transformant leurs territoires en départements français. Les articles 2 et 3 de ce texte stipulaient que l’application des lois en vigueur en France devait être effective au 1er janvier 1947. Mais les gouvernement à Paris n’eurent de cesse de refuser d’appliquer la loi. Cela maintint les Réunionnais dans une grande précarité.
En 1958, la ration alimentaire moyenne servie aux Réunionnais était de 1900 calories, soit moins que la Corée qui avait vu ses villes détruites par les bombardements américains 5 ans auparavant, que Madagascar (2293 calories), le Maroc (2431 calories) tandis que la ration quotidienne moyenne en France s’élevait à 3012 calories.
C’était la situation quotidienne d’une île ayant un statut de département français. Entre temps était née en novembre 1947 la Fédération communiste de La Réunion, dont ses membres étaient issus du CRADS. Pour sortir de la crise, la population accordait toujours une grande confiance à ceux qui avaient obtenus la loi d’égalité. Lors des législatives de 1956, la liste conduite par Paul Vergès obtint la majorité absolue et deux députés sur trois dans un scrutin à un seul tour.
Profitant alors quelques mois plus tard du décès de Raymond Vergès, maire de Saint-André, le pouvoir dévoila sa stratégie : remettre en cause le suffrage universel pour placer à la tête des institutions des personnes inféodées à Paris. Il fallait pour cela organiser la dissolution des municipalités dirigées par les communistes, et une fraude électorale à grande échelle pour obtenir les résultats souhaités.
(à suivre)
M.M.
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