Prise de position ferme et définitive du PCR contre la répression

1968 : Le Parti communiste réunionnais condamne l’écrasement du Printemps de Prague

6ème Congrès du PCR : 8, 9 et 10 mai

5 mai 2009

Depuis 50 ans, le PCR est un acteur décisif de la vie réunionnaise. De cette importance témoigne le dossier spécial publié dimanche par le “JIR”, à la veille du 6ème Congrès, qui entend retracer cinquante années d’histoire du PCR. On ne peut que regretter que notre confrère ait fait le choix de la polémique plutôt que de l’histoire, des ragots plutôt que des sources scientifiques, de l’approximation plutôt que de l’enquête. Destiné à un usage idéologique, l’ordre chronologique choisi par le “JIR” manque ainsi malheureusement les grandes dates de l’histoire du mouvement communiste réunionnais.

Ainsi, la réaction des communistes à l’invasion de Prague par les troupes du Pacte de Varsovie n’est pas mentionnée, alors qu’elle trouva écho bien au-delà de La Réunion, et marqua la spécificité du PCR dans le champ du communisme international.

Le 21 août 1968, les troupes du Pacte de Varsovie envahissent la Tchécoslovaquie, mettant brutalement fin au “Printemps de Prague”, mouvement d’émancipation de masse initié au sommet du Parti communiste tchécoslovaque (PCT) et soutenu par la population tchécoslovaque. L’invasion constitue un “moment-test” pour les partis communistes du monde entier. Le PCR est alors l’une des seules organisations à véritablement condamner l’intervention, heurtant de front l’Union soviétique.

Un projet communiste humaniste…

Le “Printemps de Prague” trouve son origine dans le programme de réforme et de démocratisation engagé depuis 1967 par le PCT. Sur le plan économique, les transformations engagées visaient à la décentralisation, à l’accroissement de la rentabilité des entreprises publiques, au contrôle des finances et à l’introduction de mécanisme de marché maîtrisés au sein l’économie socialiste.

Le caractère politique de la réforme s’affirme lorsqu’en avril 1968, le Secrétaire Général Aleksander Dubček prononce un célèbre discours proclamant l’avènement du « socialisme à visage humain », fondé sur le respect des droits humains et politiques.

Les dirigeants soviétiques, qui avaient un temps apporté leur soutien à Dubček, et qui, même sans bienveillance, auraient pu tolérer la mise en place des réformes, sont en revanche fort inquiets des effets potentiels de ces transformations sur l’unité du Bloc de l’Est ; ces craintes sont renforcées par les interventions répétées, auprès du Kremlin, d’une minorité de dirigeants tchécoslovaque conservatrice, qui poussent à une intervention du Pacte de Varsovie contre leur propre pays.

Allant jusqu’à invoquer l’exemple des Brigades internationales espagnoles, les dirigeants soviétiques tentent, peu après l’invasion, de justifier l’intervention par un prétendu « appel au secours » du peuple tchécoslovaque, en danger d’être submergé par les « forces contre-révolutionnaires ».

… écrasé au nom d’un internationalisme dévoyé

C’est en réalité dans la détestation unanime que cette armée de 600.000 hommes envahit, aux cris de « vive le socialisme », un Etat à direction communiste pacifique.

Le mouvement communiste international est alors placé face à ses responsabilités historiques : faut-il, au nom de l’unité du camp socialiste et de la défense de l’URSS, admettre un agissement si contraire aux principes du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à l’indépendance des partis communistes porté par Marx, Engels et Lénine ?

S’il se trouva peu de partis communistes dans le monde pour approuver le coup de force, la majorité des réactions s’exprimèrent en termes plus que modérés et ambigus. En France, la « réprobation » prononcée par les instances du PCF réunies d’urgence par Waldeck-Rochet, dirigeant sincèrement choqué par le coup de force, fut frappée d’équivoque lorsque des personnalités telles que Janette Vermeersh et Jacques Duclos exprimèrent leur soutien à la « normalisation ».

Condamnation sans ambiguïté de la part du PCR

Le PCR prononça pour sa part une condamnation dont la fermeté tranchait avec les réactions en demi-teinte de la plupart des organisations communistes ; le PCR s’élevait ainsi contre le puissant parti d’Union soviétique, malgré la précarité à laquelle le contraignait la violence politique du camp dit « départementaliste ».

Un tel choix était alors lourd de conséquence : bien que le rapport dit « Khroutchev » du 24 février 1956 ait mis fin à l’extrême concentration à Moscou de la légitimité socialiste — l’un des traits distinctifs du système stalinien —, l’URSS continuait de peser lourdement sur les destinées du mouvement progressiste international.

Pourtant, là où Michel Debré, alors ministre gaulliste des Affaires étrangères, anti-communiste et "patron" de la droite réunionnaise, ne voulut voir qu’un « grave accident de parcours », le Comité central du PCR réuni le 25 août 1968 condamna sans ambiguïté l’intervention soviétique, soulignant l’hypothèque que celle-ci faisait peser sur le devenir de l’internationalisme.

L’Histoire a validé cette analyse : le discrédit que jeta l’invasion de la Tchécoslovaquie sur le mouvement communiste international lui fut fatal. L’intervention du Pacte de Varsovie fut aussi, comme l’a noté l’historien Eric J Hobsbawm, au principe d’un désenchantement qui, outre de nombreux militants progressistes dans le monde, atteignît les dirigeants communistes eux-mêmes ; elle peut être considérée comme l’un des éléments déterminants du déclin, puis de la chute de l’Union soviétique et de ses alliés, à peine vingt-cinq ans plus tard.

Geoffroy Geraud

Parti communiste réunionnais PCR6ème Congrès du PCR

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