Système à bout de souffle

209000 Réunionnais inscrits à France Travail pour 200020 salariés dans le privé

1er août, par Manuel Marchal

209 000 demandeurs d’emploi pour 200 020 salariés du privé : les derniers chiffres de France Travail et de l’Urssaf-CGSS révèlent une situation sans équivalent en Afrique. Malgré les aides publiques accordées aux entreprises, La Réunion compte désormais plus de personnes inscrites à France Travail que de salariés du secteur privé. Un constat qui souligne l’urgence de se réveiller pour construire un modèle économique créateur d’emplois productifs.

La publication des derniers chiffres de l’Urssaf-CGSS et de France Travail met en lumière une réalité qui devrait provoquer un électrochoc politique à La Réunion. Pour la première fois, le secteur privé dépasse le seuil symbolique des 200 000 salariés, avec précisément 200 020 emplois au premier trimestre 2026. Mais cette progression, présentée comme un signe positif, masque une situation beaucoup plus grave : dans le même temps, plus de 209 000 Réunionnais sont inscrits à France Travail.

Plus de demandeurs d’emploi que de salariés du secteur privé

La Réunion compte désormais plus de demandeurs d’emploi que de salariés du secteur privé. Aucun autre pays d’Afrique ne connaît une telle situation. Ce constat devrait mobiliser l’ensemble des responsables politiques, économiques et institutionnels. Comment accepter qu’un pays de près de 900 000 habitants subisse une telle crise sans réagir ?
Les statistiques de France Travail confirment que ce chômage ne concerne pas seulement les personnes sans activité. Les 209 000 inscrits regroupent des chômeurs, des travailleurs précaires, des personnes en formation, en insertion ou en attente d’une solution. Cette masse de femmes et d’hommes privés d’un véritable emploi depuis plusieurs générations montre qu’il ne s’agit plus d’une difficulté conjoncturelle, mais d’une caractéristique structurelle de l’économie réunionnaise.

Employeurs assistés mais salaires inférieurs à la France

Le patronat invoque régulièrement le « coût du travail » pour expliquer les difficultés d’embauche. Pourtant, les chiffres publiés par l’Urssaf-CGSS contredisent ce discours. Le salaire moyen dans le privé atteint seulement 2 487 euros par mois, soit près de 600 euros de moins que la moyenne de la République française, établie à 3 081 euros.
Cet écart ne s’explique pas uniquement par la structure de l’économie. Dans de nombreuses entreprises, les conventions collectives ne sont pas intégralement appliquées, plaçant des salariés dans une situation contraire au Code du travail. Dans le même temps, les employeurs bénéficient d’un soutien massif de l’État, qui prend en charge une partie importante de leurs cotisations sociales. Malgré ces aides publiques considérables, les salaires demeurent inférieurs et les garanties légales ne sont pas toujours respectées.

Deux mondes à La Réunion

Le contraste est saisissant avec la fonction publique, où les agents bénéficient d’une majoration de rémunération de 53 % par rapport à leurs collègues de France. Deux mondes coexistent ainsi à La Réunion : un secteur public protégé par la loi et un secteur privé où les rémunérations restent faibles malgré des aides publiques exceptionnelles.

Conséquence de la dépendance

Cette crise sociale sans équivalent sur le continent africain n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’un modèle économique fondé sur la dépendance : dépendance aux importations, aux transferts financiers publics et aux décisions prises à Paris plutôt qu’à La Réunion. Ce système ne crée pas suffisamment de richesses locales pour absorber une population active toujours plus nombreuse.
Les faillites d’entreprises se multiplient, les emplois productifs restent insuffisants et des milliers de jeunes quittent chaque année le système scolaire sans perspective d’insertion durable. Continuer à gérer cette situation à coups d’aides et d’exonérations ne résout rien. Après plusieurs décennies, le bilan est sans appel : le chômage de masse demeure.
L’heure est venue d’engager une véritable rupture. La Réunion doit bâtir un modèle de développement reposant sur la production locale, la transformation de ses ressources, la souveraineté alimentaire, énergétique et industrielle, ainsi que sur le renforcement des coopérations économiques avec les autres îles africaines de l’océan Indien. C’est en créant des richesses sur son territoire et en développant des emplois productifs que La Réunion pourra enfin offrir un avenir aux travailleurs et sortir durablement du chômage de masse.

M.M.

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