2016-2026 : 10e anniversaire de la disparition de Paul Vergès, témoignage de Houssen Amode

40 ans auprès de Paul Vergès !

9 septembre, par Houssen Amode

Après la partie consacrée au contexte de son intervention, Houssen Amode précise le lien singulier qu’il le liait à Paul Vergès. Du coup, c’est aussi son histoire personnelle. L’an dernier, il n’a pas hésité de faire le voyage à Maurice où le centenaire de Paul Vergès y était célébré. Houssen Amode sait, plus que tout autre, comment fonctionnait Paul Vergès. Notez les points qui vous semblent mériter un approfondissement. Il se fera un plaisir de vous répondre. Ary.

« J’ai été sollicité afin d’intervenir à ce sujet en qualité de grand témoin.
Ce qui m’amène tout naturellement à vous faire part de mon long parcours professionnel avec sa totale confiance à ses côtés. D’abord au Port et ensuite à la Pyramide.
Monsieur Paul Vergès avait été élu maire de la Ville du Port en mars 1971 et je l’ai rapidement rejoint pour assurer la fonction de Secrétaire Général. Il m’avait nommé à un poste de haute responsabilité alors que je n’avais que 26 ans, tout droit sorti de l’Université d’Aix-en-Provence avec un diplôme de Droit.
J’ai été ainsi son principal collaborateur en mairie pendant 3 mandatures de 1971 à 1989, soit pendant 18 ans. A son départ, je suis resté en fonction jusqu’en 1998 auprès des maires de sa mouvance politique qui lui ont succédé, MM Pierre Vergès et Jean-Yves Langenier et qui ont continué son œuvre.
J’ai donc été SG de la mairie du Port au total pendant 28 ans, avec également une activité en temps partiel au lancement du SIVOMR, syndicat à vocation multiple regroupant les communes de Sainte-Suzanne, La Possession, Saint-Louis, Saint-Pierre, Saint-Leu et Le Port. (Note de la rédaction : un syndicat affinitaire car regroupant que des Mairies estampillées PCR).
J’ai été ainsi bien placé pour être témoin et aussi acteur à ses côtés s’agissant du formidable développement de la cité maritime, dont il avait par ailleurs renforcé la dimension stratégique pour l’ensemble du territoire réunionnais. Nos grands dossiers se traitaient alors directement avec la Préfecture et non comme cela avait été le cas par la suite avec la Sous-préfecture de Saint-Paul.
Ma carrière s’est poursuivie auprès de Monsieur Paul Vergès élu en 1998 en qualité de Président de la Région Réunion. Il m’avait alors demandé de le rejoindre pour occuper le poste de DGS (Directeur général des Services) fonction que j’ai assurée auprès de lui pendant deux mandatures soit 12 ans qui se sont achevées en 2010 à la fin de sa présidence.
Pour revenir à la ville du Port, sa préoccupation première dès son arrivée en fonction avait été d’arrêter les grands principes d’aménagement et de développement de cette cité maritime, d’un territoire de caractère, avec des orientations fortes qui ont été actées dans une délibération du conseil municipal en date du 2 décembre 1971 relative au Plan directeur d’urbanisme, qu’il avait personnellement marquée de son empreinte et qui fait toujours référence aujourd’hui, 55 ans après.

Elle prenait en considération le droit de la population : à la Ville — à la nature et en particulier à la mer — à un logement décent — à la formation scolaire, professionnelle et culturelle — et aux loisirs.
Ce droit collectif a été en permanence à la base de ses préoccupations.
Cette contribution reflétait ses exigences, non négociables, et notamment :
- Son refus de voir rejeter à la périphérie de la Ville, et donc hors de l’agglomération, les habitants les plus modestes et en situation très précaire.
- La réappropriation de la façade maritime par les Portois avec le libre accès à la mer, la clôture de l’enceinte portuaire y faisant en grande partie obstacle.
Il aura ainsi fallu affronter sur ce plan les réticences de la DDE / arrondissement maritime représentant l’État et engager un bras de fer avec le concessionnaire la toute puissante Chambre de Commerce et d’Industrie d’alors, régnant sans partage sur le domaine portuaire.
- Sa détermination quant aux réponses à apporter face aux besoins premiers des habitants
*déficit de logements — carences de l’alimentation en eau / je me rappelle des slogans qui fleurissaient un peu partout sur les murs au début de la mandature « de l’eau Monsieur le Maire ».
* rattrapage en matière de constructions scolaires primaires et maternelles / aucune école à la Rivière des Galets…).
- Sa volonté d’attirer au Port les entrepreneurs, mais aussi les sièges sociaux des entreprises commerciales, industrielles et surtout du BTP en leur proposant une fiscalité locale maîtrisée et lisible à moyen et long termes sur la base d’une étude financière prospective sérieuse et partagée.
- Son souci d’une nécessaire maîtrise du foncier sur l’ensemble du territoire. Il s’agissait là d’un impératif pour permettre la réalisation des équipements publics et des logements, avec un programme volontariste de rattrapage.
- Enfin son ambition d’action de façon significative sur le climat et sur la qualité de vie de ses administrés avec un programme d’envergure de plantation et de verdissement de la Plaine des Galets. Un véritable défi à faire partager.

Je reviendrai plus longuement sur ce point notamment en l’illustrant à travers des initiatives et des projets ambitieux qui pouvaient même surprendre, connaissant la réalité et les handicaps d’un territoire ingrat comme celui du Port ancien site alluvionnaire de la rivière des Galets. »

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