Budget 2026 à l’Assemblée nationale

Plus de 90000 familles réunionnaises privées de « prime de Noël » : les députés de La Réunion vont-ils laisser faire sans démissionner ?

5 novembre 2025, par Manuel Marchal

Le gouvernement veut supprimer en 2026 la prime de Noël versée aux bénéficiaires du RSA et aux chômeurs en fin de droits sans enfants, soit 91 000 familles à La Réunion l’an dernier. Numériquement, les 7 députés réunionnais ne peuvent faire basculer la majorité de l’Assemblée nationale. Mais si une majorité de députés acceptait ce projet du gouvernement, la démission des 7 députés de La Réunion aurait un retentissement considérable, à l’image de celles des députés Paul Vergès et Élie Hoarau en 1987 . Les victimes du système néocolonial sauraient que des personnes sont capables d’utiliser leur mandat en y renonçant, malgré les importants avantages matériels liés. Cette démission serait un acte de résistance pour organiser la lutte des Réunionnais contre un budget de régression sociale.

Le gouvernement a confirmé lundi, dans le cadre des discussions sur le budget 2026, sa volonté de supprimer la « prime de Noël » versée aux bénéficiaires du RSA et aux chômeurs en fin de droits sans enfant. Une mesure présentée comme un ajustement budgétaire par le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, qui a estimé sur France Inter que « la générosité qu’on a connue pendant des décennies est peut-être arrivée à son terme ».Les ultra-riches continueront de bénéficier de « la générosité », pas les pauvres qui paient des impôts injustes comme la TVA.

Les plus pauvres encore attaqués

Derrière cette phrase, c’est tout un symbole de solidarité nationale qui vacille. La prime de Noël, d’un montant moyen de 150 euros pour une personne seule et 228 euros pour un couple sans enfant, représente à peine un souffle d’air pour les plus précaires. À La Réunion, 91 000 familles l’ont perçue en 2024. Sa suppression toucherait directement celles et ceux qui vivent déjà dans une insécurité matérielle profonde, dans un territoire où le taux de chômage dépasse le seuil de l’intolérable et où une grande partie de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Face à l’impasse parlementaire, donner une utilité à son mandat par la démission

Cette annonce rappelle un précédent historique. En 1987,un an après leur élection, les députés réunionnais Paul Vergès et Élie Hoarau avaient démissionné de l’Assemblée nationale pour dénoncer une loi qui faisait des Réunionnais des inférieurs aux Français. Leur geste, à la fois politique et moral, avait marqué une étape décisive dans la bataille pour l’égalité sociale issue de la loi du 19 mars 1946, garantissant aux Réunionnais les mêmes droits que les citoyens français, qui se traduit notamment par le droit aux mêmes prestations sociales qu’en France, dont la « prime de Noël » pour les plus grandes victimes de la pénurie d’emploi causée par le système néocolonial à La Réunion, les Réunionnais privés de travail et contraints de survivre avec un revenu minimum.

Aujourd’hui, l’enjeu n’est pas moindre. La suppression de la prime de Noël ne changerait peut-être rien aux équilibres budgétaires de la France, mais elle signifierait beaucoup pour les plus pauvres. Numériquement, les 7 députés réunionnais ne peuvent faire basculer la majorité de l’Assemblée nationale. Mais si une majorité de députés acceptait ce projet du gouvernement, la démission des 7 députés de La Réunion aurait un retentissement considérable. Les victimes du système néocolonial sauraient que des personnes sont capables d’utiliser leur mandat en y renonçant, malgré les importants avantages matériels liés. Cette démission serait un acte de résistance pour organiser la lutte des Réunionnais contre un budget de régression sociale.

M.M.

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