APE entre l’UE et tous les pays voisins incluant les services

Alerte sur l’emploi à La Réunion : qu’attendent les élus pour mobiliser le monde économique ?

10 juin, par Manuel Marchal

Après la mobilisation des maires contre la baisse des contrats aidés financés par l’argent de la France , une autre menace pèse sur l’emploi à La Réunion : l’Accord de partenariat économique signé entre l’Union européenne et les pays voisins. En ouvrant totalement le marché réunionnais aux produits et services régionaux, cet accord va fragiliser les emplois productifs locaux. Face à ce risque, les mêmes élus vont-ils se mobiliser pour défendre l’avenir de l’emploi réunionnais.

Le 20 mai dernier, les 24 maires de La Réunion, accompagnés de la Région et du Département, se sont réunis pour tenter de faire pression sur l’État français. En cause : la réduction drastique du nombre de contrats aidés financés par la France. Une menace autrement plus grave pèse sur l’avenir de La Réunion : celle qui concerne les emplois productifs et durables avec la signature d’un APE ouvert aux services entre l’UE et tous les pays voisins.

Mobilisation seulement pour les PEC ?

Depuis des années, le fonctionnement de nombreux services publics locaux repose sur des emplois précaires, à temps partiel et financés par l’argent public. Ce qui représentait autrefois le quota d’une seule commune devra désormais être partagé entre les 24 municipalités. Les élus s’inquiètent. Beaucoup de promesses faites aux électeurs seront difficiles à tenir. C’est ce qui était à l’origine d’une mobilisation unitaire des maires et collectivités devant la préfecture le 24 mai.
Mais pendant que l’attention se focalise sur la diminution des emplois précaires, une menace autrement plus grave pèse sur l’avenir de La Réunion : celle qui concerne les emplois productifs et durables.

Menace de hausse massive du chômage

Aujourd’hui, à Maurice, l’Union européenne signe un Accord de partenariat économique (APE) avec les pays voisins de La Réunion. Cet accord s’applique à notre île au titre de région ultrapériphérique de l’Union européenne. Conséquence : le marché réunionnais s’ouvre totalement aux produits et aux services provenant des pays signataires.
Cette situation place La Réunion dans une position particulièrement vulnérable. À seulement 200 kilomètres de Maurice et à moins de 1 000 kilomètres de Madagascar, notre île se trouve en première ligne face à une concurrence régionale renforcée. Dans les secteurs de la comptabilité, de l’informatique, des télécommunications ou plus largement des services aux entreprises, les écarts de coûts salariaux sont considérables.
Alors que les élus se mobilisent pour préserver des contrats aidés, où est la mobilisation pour défendre les emplois productifs qui font encore vivre l’économie réunionnaise ? Où sont les chambres consulaires, les collectivités et les parlementaires lorsque se joue l’avenir de secteurs entiers de notre économie ?

Les jeunes Réunionnais risquent de payer le prix fort

Car ce sont les jeunes Réunionnais qui risquent de payer le prix fort. Ceux qui se forment aujourd’hui aux métiers du numérique, de la gestion ou des services aux entreprises voient se profiler un avenir incertain. Faudra-t-il accepter des salaires tirés inférieurs au RSA, partir travailler à l’étranger, rejoindre les diasporas africaines installées ailleurs dans le monde, dépendre du RSA ou espérer intégrer la fonction publique ?

Pourquoi une telle mobilisation pour défendre des emplois précaires financés par l’argent de la France et un tel silence lorsqu’il s’agit de protéger les emplois créés par l’activité économique réunionnaise ?

Les élus qui étaient unis le 20 mai doivent savoir qu’ils seront demain en première ligne face aux conséquences sociales d’une aggravation du chômage. Il est encore temps d’agir. Il est encore temps d’exiger que La Réunion bénéficie, comme les pays voisins, de protections adaptées à sa situation et à son niveau de développement.
Face aux défis qui s’annoncent, l’heure n’est plus à l’attentisme mais à la mobilisation générale.

M.M.

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