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Un gouvernement avoue que les inégalités viennent de décisions politiques
22 janvier 2015, par

En écho à l’annonce en novembre dernier par le chef de l’État de la nécessité de continuer la bataille de l’égalité, le Premier ministre vient d’affirmer que l’apartheid social existe. L’utilisation de mots d’une telle puissance doit interpeller : quel contenu réunionnais donner aux propositions pour dépasser la crise ?
Le 21 novembre dernier, François Hollande était invité au dîner du CREFOM. Patrick Karam, président de cette instance, avait mis en avant le concept d’égalité réelle.
Le chef de l’État lui avait répondu ceci : « Je veux répondre aussi aux interpellations, c’est-à-dire l’égalité réelle. L’Outre-mer, c’est une bataille qui a toujours été celle de l’égalité, pour l’égalité. Vous avez évoqué l’égalité civique, l’égalité politique, sociale et ce fut un long combat avec des Présidents successifs qui ont fait avancer les choses, tous, pour arriver à l’égalité sociale, mais elle n’est pas encore partout respectée ».
« Les inégalités sont considérables en Outre-mer. Elles sont déjà significatives en France métropolitaine mais chaque fois qu’il y a un problème, et il y en a, dans l’Hexagone, il est accentué, amplifié Outre-mer », avait-il poursuivi.
Développement et plus rattrapage
Pour répondre à la demande d’égalité réelle sur une génération, le chef de l’État avait répondu en proposant une méthode : « Je suggère donc que nous ayons non pas un plan, mais des plans territoire par territoire. Il appartiendra au Gouvernement sur la durée de piloter le dispositif, de choisir les mesures et de donner les trajectoires.(…) Les Outre-mer ne doivent pas être dans une course vers ce qui serait le niveau de vie moyen. Ce n’est pas simplement pour combler les écarts, pour annuler des retards, ce qu’il faut, c’est accélérer le rythme, c’est élever encore l’intensité du développement. Je pense que c’est sur cette idée d’accélération que nous devons insister bien plus que celles du retard ou du rattrapage, même s’il s’agit de cela aussi ».
Un mois plus tard, le contexte a changé en France, avec l’émotion suscitée par les attentats contre Charlie Hebdo, les réactions en Occident et ailleurs dans le monde. C’est pourquoi dans ses vœux à la presse, le Premier ministre a précisé la réponse du pouvoir aux causes de ce drame.
Manuel Valls n’a pas hésité à utiliser l’expression « apartheid social » pour décrire la situation de la France. Cet apartheid s’exercerait aussi sur les plan du territoire et de l’origine ethnique.
Qui dit apartheid dit organisation de l’inégalité à la suite de décisions du pouvoir politique.
Cette « révélation » suscite des réactions très hostiles d’une partie de la classe politique française qui refuse d’admettre la responsabilité du pouvoir dans les inégalités.
Or, c’est précisément la situation de La Réunion depuis 68 ans. En effet, l’application de la loi du 19 mars 1956 abolissant le statut colonial devait entraîner le 1er janvier 1947 l’égalité de tous les Réunionnais en droit avec les citoyens de la République vivant en France. Mais le gouvernement de l’époque a refusé l’égalité, et il a contribué à instaurer l’inégalité comme base de la société réunionnaise. Au lieu d’aligner les salaires de tout le monde sur ceux de la France, Paris a choisi d’aller au-delà du droit commun pour une minorité, et de refuser l’égalité pour l’immense majorité des travailleurs qui n’étaient pas des agents de l’État.
L’expression utilisée par Manuel Valls pour décrire la situation de la France rejoint celle utilisée depuis longtemps par Paul Vergès pour La Réunion.
Après ces deux annonces, il reste à leur donner une dimension opérationnelle. Le président de la République veut soutenir la marche vers l’égalité grâce à des plans de développement dans chaque territoire, alors que le Premier ministre estime qu’il faut mettre fin à l’apartheid social.
Si telle est la véritable intention du pouvoir, alors il sera essentiel de donner à cette démarche un contenu progressiste par et pour les Réunionnais.
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