Risque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion

APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation

9 juin, par Manuel Marchal

La signature de l’APE entre l’Union européenne et les pays voisins de l’océan Indien ouvre totalement le marché réunionnais aux produits et services régionaux, sans les protections dont bénéficient les autres signataires. La Réunion, représentée par l’UE, risque d’être exposée à des délocalisations et à une fragilisation de ses emplois. Cette situation révèle l’absence de conscience réunionnaise indispensable à toute mobilisation politique et économique locale pour défendre les intérêts de notre pays. Voilà le résultat de l’aliénation, à quand le réveil avant qu’il ne soit trop tard ?

Demain à Maurice, tous les pays voisins signeront un Accord de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne. L’APE est un accord de libre échange sur l’essentiel du commerce où l’UE ouvre la totalité de son marché. A La Réunion, l’accord s’applique en considérant notre île comme une région de l’Union européenne, avec comme conséquence une ouverture à 100 % du marché réunionnais à tous les produits et services en provenance des pays signataires de l’APE. Dans ce cas , c’est la voie à d’importantes délocalisations dans ce qu’il reste de l’économie productive réunionnaise, avec des emplois durables, pas des PEC, qui menacent d’être supprimés.
Les Comores, Maurice, Madagascar et les Seychelles ont négocié l’accord au mieux selon leurs intérêts en excluant des secteurs stratégiques et en incluant les services car, selon la Commission européenne, « les cinq pays qui appliquent déjà l’accord (APE intérimaire — NDLR) se sont déclarés prêts à aller au-delà du commerce des marchandises, vers un accord plus complet ». L’APE intérimaire prévoit, selon la Commission européenne que « les produits sensibles peuvent être totalement exclus de la libéralisation. Les principales exclusions de la libéralisation sont les suivantes :
- Madagascar : la viande, le lait et le fromage, la pêche, les légumes, les céréales, les huiles et graisses, les préparations comestibles, le sucre, le cacao, les boissons, le tabac, les produits chimiques, les articles en plastique et en papier, les textiles, les articles métalliques, les meubles ;
- Maurice : les animaux vivants et la viande, les produits comestibles d’origine animale, les graisses, les préparations et boissons comestibles, les produits chimiques, les matières plastiques et les articles en caoutchouc en cuir et en fourrure, le fer et l’acier, ainsi que les produits électroniques de consommation ;
- Seychelles : la viande, la pêche, les boissons, le tabac, les articles en cuir, les produits en verre et en céramique et les véhicules ; »

Les intérêts d’une ancienne petite colonie passent bien après ceux des Européens

Mais comme l’UE a négocié au nom de La Réunion, notre économie n’a pas pu bénéficier d’exclusions. L’UE a défendu les intérêts des Européens qui cherchent à écouler leurs marchandises dans notre région. Les Européens vivent à 10000 kilomètres d’ici et il leur est difficile d’imaginer que leurs produits et services puissent être concurrencés par ceux des Comores, Maurice, Madagascar ou des Seychelles. Cela limite considérablement tout risque de délocalisations en Europe. Pendant ce temps La Réunion est en première ligne, à 200 kilomètres de Maurice et à moins de 1000 kilomètres de Madagascar. En raison d’un coût de la vie et donc de prix artificiellement élevés à cause d’un système néocolonial entretenu par le principal bailleur de fonds, la France, La Réunion est un marché très attractif pour nos voisins qui disposent de la jeunesse formée nécessaire pour fournir des services à La Réunion, avec un salaire inférieur au RSA.
Rejeter sur l’Europe ou la France la responsabilité d’un tel désastre à venir ne correspond pas à la réalité car Français et Européens ont négocié un accord au mieux de leurs intérêts et La Réunion n’est pas leur priorité. Ils n’allaient pas faire échouer un accord qui leur permettra de s’implanter durablement dans notre région (grande distribution et banques à Madagascar notamment) pour protéger une ancienne petite colonie de moins d’un million d’habitants maintenue dans le sous-développement par un système néocolonial et dépendant beaucoup de l’argent de la France.

Résultat de l’aliénation

Le fond du problème est l’absence d’une conscience réunionnaise. C’est ce qui différencie notre pays de ses voisins. Les Réunionnais n’ont pas été consultés mais voulaient-ils l’être ? Les faits divers, les jeux de hasard, les matchs de l’équipe de France de football ou du PSG, les demandes d’aides à la France et les élections des chefs locaux ou de représentants en France sont des centres d’intérêt bien plus importants que l’avenir de leur pays pour bon nombre de Réunionnais qui se considèrent avant tout comme des Français et pas comme membres du peuple réunionnais et comptent sur la « Mère patrie » à Paris pour régler les problèmes concernant l’avenir de La Réunion… le résultat de cette déresponsabilisation, c’est l’APE qui ouvre la voie à la ruine de ce qui reste comme vrais emplois à La Réunion, découlant de la production réunionnaise.
Tout pays doté d’un minimum de conscience aurait vu ses dirigeants économiques et politiques se mobiliser pour que La Réunion puisse être partie prenante des négociations de l’APE afin de bénéficier des protections dues à tout pays en développement. Ceux qui ont fait échouer l’autonomie portent une grave responsabilité dans la domination de l’aliénation. Cette situation met aussi le doigt sur la faillite du capitalisme réunionnais, incapable d’organiser la mobilisation avec les chefs des collectivités locales et les représentants des Réunionnais en Europe. Issu de l’accumulation de richesses créées par l’esclavage, ce capitalisme local n’a pas de conscience réunionnaise ce qui explique sa faillite illustrée par la prise de contrôle de pans entiers de notre économie par des entreprises étrangères.

Des jeunes condamnés au RSA, à tenter de devenir fonctionnaire ou à rejoindre les diasporas africaines en Asie et en Occident

Résultat : les jeunes Réunionnais qui ambitionnent de travailler notamment dans la comptabilité, les services informatiques, les services de télécommunication, plus généralement les services aux entreprises voient leur rêve s’évanouir à moins d’accepter un salaire inférieur au RSA dans un pays voisin, d’émigrer vers un autre continent que l’Afrique pour rejoindre les nombreuses diasporas africaines en Asie ou en Occident, de survivre avec le RSA à La Réunion ou d’espérer intégrer la fonction publique. Voilà le résultat de l’aliénation, à quand le réveil avant qu’il ne soit trop tard ?

M.M.

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