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13 juin, par

L’APE renforcé entre l’Union européenne et les pays voisins de La Réunion ne concerne plus seulement les marchandises. Il ouvre aussi les services, les investissements, le numérique et les marchés publics. Télécommunications, informatique, comptabilité ou conseil pourraient être davantage exposés à la concurrence régionale et aux délocalisations. Alors que l’accord n’est pas encore appliqué, l’absence de débat et de mobilisation à La Réunion contraste avec l’importance des enjeux pour l’emploi productif et l’avenir économique de l’île.
Le 10 juin dernier, l’Union européenne, les Comores, Madagascar, Maurice et les Seychelles ont conclu les négociations d’un Accord de partenariat économique (APE) renforcé. Présenté comme le premier accord de libre-échange moderne et global entre l’UE et des pays d’Afrique subsaharienne, il marque une nouvelle étape dans l’intégration économique de notre région. Pourtant, à La Réunion, le silence est presque total.
L’attention de la classe dirigeante reste concentrée sur les demandes de financements supplémentaires à la France, les contrats aidés et les transferts publics. Pendant ce temps, un changement structurel majeur se prépare pour l’économie réunionnaise.
Car le nouvel APE ne se limite plus aux marchandises. Son cœur est désormais l’ouverture des services, des investissements, du numérique et des marchés publics. La Commission européenne est claire : l’accord vise à faciliter la fourniture de services transfrontaliers, à garantir un traitement non discriminatoire aux investisseurs et à ouvrir de nouvelles possibilités d’investissement dans de nombreux secteurs.
Les services concernés couvrent un champ très large : télécommunications, services financiers, livraison, transport maritime, activités numériques, ingénierie, comptabilité, conseil et prestations aux entreprises. L’accord prévoit également de faciliter la mobilité temporaire de certains professionnels pour exercer leurs activités dans les pays signataires.
Autrement dit, les entreprises de Maurice, de Madagascar, des Comores ou des Seychelles disposeront demain d’un cadre juridique renforcé pour proposer leurs services sur le marché réunionnais. Les flux de données numériques seront facilités, les obstacles réglementaires réduits et les investisseurs bénéficieront d’une sécurité juridique accrue.
Cette réalité concerne directement les emplois productifs réunionnais. Ceux qui vivent de la création de richesse et non des transferts publics. Les jeunes qui se forment dans les métiers de l’informatique, de la gestion, de la comptabilité, des télécommunications ou du numérique pourraient être confrontés à une concurrence régionale accrue dans un environnement où les écarts de coûts salariaux sont considérables.
Le document souligne également la volonté de renforcer les liens entre les secteurs privés européens et ceux des pays de l’Afrique orientale et australe, de favoriser les investissements, de développer les infrastructures et de soutenir les entreprises capables de saisir ces nouvelles opportunités. Nos voisins s’y préparent depuis longtemps. Qu’en est-il de La Réunion ?
Le plus inquiétant est peut-être l’absence de débat public. L’accord n’est pourtant pas encore définitivement appliqué. Il doit encore être approuvé par les institutions européennes puis ratifié par les États signataires. Il existe donc encore une possibilité d’intervention politique pour demander des protections adaptées à la situation particulière de La Réunion.
Mais pour cela, encore faudrait-il que nos responsables regardent vers l’avenir. Car lorsque l’accord entrera en vigueur, il sera trop tard pour découvrir ce que signifie réellement l’ouverture des services et l’intégration de La Réunion dans la mondialisation.
M.M.
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