L’université de La Réunion inaccessible aux Comoriens, Malgaches et Mauriciens selon la volonté de Paris

APL supprimées par la France pour les étudiants de notre région à La Réunion : quel avenir pour La Réunion dans son environnement régional ?

21 août, par Manuel Marchal

Depuis le 1er juillet, les étudiants extra-communautaires ne bénéficient plus des APL. À La Réunion, cette mesure fragilise notamment les étudiants malgaches et comoriens, certains envisageant de repartir ou d’abandonner leurs études. Elle affaiblit aussi la coopération régionale, alors que l’Université devrait être un pont avec les pays voisins, un atout pour contrer la dynamique de l’APE entre l’UE et nos voisins. Quel modèle économique restera-t-il si les emplois productifs disparaissent ? Une île réduite à la consommation, au tourisme et aux transferts publics ? Jusqu’à dépendre du tourisme sexuel, des mariages avec des étrangers et de l’aide de la diaspora si Paris coupe les aides ? Cette perspective souligne l’urgence de se réveiller !

Depuis le 1er juillet, les étudiants étrangers extra-communautaires ne bénéficient plus des aides personnalisées au logement (APL). À La Réunion, cette décision nationale prend une dimension particulière. L’île accueille de nombreux étudiants venus de son environnement régional, notamment de Madagascar et des Comores. Pour ces jeunes, souvent issus de familles aux revenus modestes, l’aide au logement constituait un soutien déterminant pour poursuivre leurs études.

Une manière d’expulser les jeunes malgaches et comoriens ?

Les conséquences peuvent être immédiates. Les étudiants malgaches sont les plus nombreux parmi les étudiants étrangers présents à La Réunion. Près de 200 étudiants comoriens y étudient également. Pour certains, la suppression des APL représente plusieurs centaines d’euros supplémentaires à trouver chaque mois. Certains envisagent déjà de repartir dans leur pays, voire d’abandonner leurs études.

De quoi les Réunionnais ont-ils l’air pour nos voisins ?

Au-delà des situations individuelles, c’est la relation de La Réunion avec son environnement régional qui est en jeu. Quel regard les jeunes et les familles de Madagascar, des Comores, de Maurice ou d’autres pays voisins porteront-ils désormais sur La Réunion ? Comment ces pays pourront-ils percevoir une île qui affirme vouloir renforcer les coopérations régionales tout en rendant plus difficile l’accès à son université ?

Dans le contexte de l’APE

La question est d’autant plus importante que l’Accord de partenariat économique (APE) entre l’Union européenne et plusieurs pays d’Afrique orientale et australe ouvre de nouvelles perspectives, mais comporte également des risques pour les économies de la région. Dans son état actuel, il peut notamment favoriser des délocalisations d’activités vers les pays voisins, alors que La Réunion devrait au contraire rechercher des complémentarités économiques avec eux pour éviter la catastrophe.
L’Université de La Réunion constitue justement un formidable outil pour construire ces complémentarités. Former ensemble les jeunes de l’océan Indien, développer des recherches communes, partager les compétences et créer des réseaux professionnels sont autant de moyens de préparer un développement régional fondé sur la coopération. Les étudiants malgaches et comoriens ne sont pas seulement des bénéficiaires d’un dispositif universitaire : ils peuvent devenir demain des acteurs des relations entre La Réunion et les pays voisins.
En rendant leur séjour plus difficile, la suppression des APL affaiblit cette dynamique. Le message envoyé apparaît contradictoire : Paris encourage les échanges économiques avec les pays de la région tout en réduisant les conditions d’accueil de leurs étudiants à La Réunion.

La Réunion : vers une île de chômeurs consommateurs ?

Et quelle économie restera-t-il à La Réunion si les emplois productifs disparaissent progressivement ? Une économie reposant davantage sur les importations, la corruption, la consommation, les transferts publics et quelques activités de services ? Une île où le chômage et la pauvreté contraindraient la population à vivre essentiellement de revenus venus de France, jusqu’à ce que Paris décide de fermer le robinet ?
La question peut sembler provocatrice, mais elle mérite d’être posée jusqu’au bout :comme dans d’autres anciennes colonies, les femmes de La Réunion devront-elles dépendre du tourisme sexuel ou d’un mariage avec un étranger pour trouver des revenus leur permettant de continuer à vivre comme des Occidentales ? Cette perspective illustre au contraire l’impasse d’un modèle qui réduirait La Réunion à une économie de chômage et de consommation de produit importés, au lieu de lui permettre de développer ses propres capacités productives et ses échanges avec son environnement régional.

La Réunion a besoin de ses voisins

La suppression des APL dépasse donc largement la question d’une aide sociale. Elle interroge la place que la France veut réellement donner à La Réunion dans l’océan Indien. Si l’Université devient moins accessible aux jeunes des pays voisins, si les coopérations scientifiques et humaines sont affaiblies et si, parallèlement, les accords commerciaux facilitent les délocalisations, comment construire une véritable intégration régionale ?
La Réunion a besoin de ses voisins et ses voisins ont besoin d’une Réunion ouverte sur l’océan Indien. L’Université peut être l’un des principaux ponts entre ces territoires. Permettre aux jeunes Malgaches, Comoriens, Mauriciens et autres étudiants de la région d’y étudier n’est pas une dépense inutile : c’est un investissement dans l’avenir commun. Faire disparaître progressivement ces possibilités, c’est prendre le risque de transformer La Réunion en simple marché de consommation, dépendant des importations et des transferts publics, au lieu d’en faire un pays libéré du sous-développement et de la pauvreté.

M.M.

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