Les humiliations visant nos voisins s’accumulent

APL supprimées pour les étudiants des pays voisins, visas difficiles pour nos voisins : quel avenir pour Les Réunionnais ?

22 août, par Manuel Marchal

Alors que la Chine et la Russie proposent bourses et formations aux jeunes de l’océan Indien, Paris durcit l’accès à La Réunion : suppression des APL pour les étudiants extra-communautaires et difficultés de visas depuis Madagascar, Maurice et les Comores. Une humiliation qui risque d’éloigner nos voisins. Pourquoi fermer notre université à leur jeunesse alors qu’elle pourrait être un outil majeur de coopération régionale ? Défendre ces étudiants, c’est aussi défendre l’avenir des jeunes Réunionnais dans leur pays La Réunion et dans leur propre région.

Depuis le 1er juillet, les étudiants étrangers non originaires de l’UE ne bénéficient plus des aides personnalisées au logement (APL) sauf s’ils perçoivent une bourse d’enseignement supérieur sur critères sociaux attribuée par le CROUS. À La Réunion, cette décision nationale prend une dimension particulière. Les étudiants malgaches sont les plus représentés parmi les étudiants étrangers de l’île. Près de 200 étudiants comoriens y poursuivent également leurs études. Pour certains, la disparition des APL représente plusieurs centaines d’euros supplémentaires à trouver chaque mois. Certains envisagent déjà de repartir dans leur pays, voire d’abandonner leurs études.

Le problème des visas

À cette difficulté financière s’ajoute celle de l’obtention d’un visa pour venir à La Réunion depuis Madagascar ou les Comores. Les démarches administratives, les justificatifs demandés, les délais, le coût et l’incertitude de la procédure constituent autant d’obstacles pour des jeunes qui souhaitent simplement venir étudier dans une université francophone française située au cœur de leur propre région.
Cette nouvelle intervient à un moment particulièrement révélateur. Des puissances mondiales comme la Chine et la Russie cherchent à attirer les étudiants de l’océan Indien et du continent africain en proposant des bourses, des formations et un accès à leurs universités. Pendant ce temps, à La Réunion, les conditions d’accueil des jeunes de notre région se durcissent. Pourquoi Paris ferme-t-il La Réunion à la jeunesse de ses voisins au moment où des puissances mondiales cherchent précisément à la séduire ?

La Réunion quel partenaire ?

Pour ces étudiants, cette succession d’obstacles peut être vécue comme une humiliation supplémentaire. La Réunion est géographiquement au cœur de l’océan Indien, mais l’accès à son université reste soumis à des frontières administratives décidées depuis Paris. Comment demander ensuite aux pays voisins de considérer La Réunion comme un partenaire ?
L’Accord de partenariat économique entre l’Union européenne et plusieurs pays d’Afrique orientale et australe ouvre de nouvelles perspectives, mais comporte aussi des risques de délocalisation d’activités vers les pays voisins. La Réunion aurait donc besoin de construire des complémentarités avec ces économies, et non de s’en éloigner.
L’Université de La Réunion devrait être l’un des principaux instruments de cette stratégie. Former ensemble les jeunes de Madagascar, des Comores, de Maurice et de La Réunion, développer des recherches communes, partager les compétences et créer des réseaux professionnels : voilà les bases d’une véritable coopération régionale.
Les étudiants malgaches et comoriens ne sont donc pas simplement des étudiants étrangers. Ce sont les jeunes des peuples qui nous entourent. Ceux qui étudient aujourd’hui à La Réunion peuvent devenir demain enseignants, chercheurs, médecins, ingénieurs, entrepreneurs ou responsables publics dans leur pays. Ils peuvent constituer les réseaux humains indispensables à la construction de projets communs.

Quelle solidarité des étudiants réunionnais ?

Alors, pourquoi les étudiants réunionnais ne défendraient-ils pas leurs camarades malgaches et comoriens comme ils défendraient leur propre droit à étudier ?
La question mérite d’être posée alors que la mobilisation contre cette mesure semble invisible. Défendre les étudiants de Madagascar et des Comores n’est pourtant pas faire preuve de charité. C’est défendre l’intérêt des étudiants réunionnais eux-mêmes. Une université ouverte sur l’océan Indien représente davantage d’échanges, davantage de coopération scientifique et davantage de possibilités de construire ensemble des activités et des emplois.
Car derrière les APL, les visas et la mobilité étudiante se joue une question beaucoup plus fondamentale : quelle place les jeunes Réunionnais veulent-ils donner à La Réunion dans l’océan Indien ?
Voulons-nous une île capable de construire des relations équilibrées avec Madagascar, les Comores, Maurice et les autres pays voisins ? Ou acceptons-nous que notre avenir soit défini principalement depuis Paris, tandis que nos voisins seraient considérés comme de simples marchés pour les entreprises européennes ?
La question est aussi économique. Si les derniers emplois productifs réunionnais sont fragilisés par l’APE et si les activités sont progressivement délocalisées, quel modèle restera-t-il ? Une économie dépendante des importations, de la consommation, de la corruption, des transferts publics et du tourisme ?

Vers des Réunionnais dépendants de l’argent des étrangers en visite ?

Faudra-t-il demain que les Réunionnais dépendent de l’argent des étrangers en visite pour trouver des revenus si Paris coupe les aides sociales ? La formule est volontairement provocatrice. Elle souligne surtout l’impasse d’un modèle qui réduirait La Réunion à une économie de chômeurs et de consommation, sans véritable stratégie productive ni coopération régionale.
L’alternative existe. Elle passe par une Université de La Réunion pleinement ouverte à son environnement, par la circulation des étudiants et des chercheurs et par des projets économiques construits avec les pays voisins.
La suppression des APL et les difficultés d’obtention des visas ne sont donc pas deux problèmes isolés. Elles contribuent à éloigner La Réunion de son environnement naturel au moment même où elle devrait s’en rapprocher.
Laisser progressivement fermer les portes de l’Université aux jeunes de l’océan Indien serait une perte pour toute la jeunesse réunionnaise. Les défendre aujourd’hui, c’est défendre le droit des Réunionnais à avoir demain une place pleine et entière dans leur propre région et de vivre dans un pays développé et libéré de la pauvreté, du chômage et de la corruption.

M.M.

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