Application de l’APE : vers plus de chômeurs que de salariés à La Réunion
8 août, parUne catastrophe se prépare dans l’indifférence
Une catastrophe se prépare dans l’indifférence
8 août, par

Avec plus de demandeurs d’emploi que de salariés du privé, La Réunion aborde l’entrée en vigueur de l’APE UE-pays voisins dans une situation fragile. En ouvrant les services, l’accord expose des secteurs comme l’informatique, la comptabilité, les télécommunications ou le conseil à une concurrence régionale accrue. Alors que des emplois productifs pourraient être délocalisés, l’absence de débat public et le silence des décideurs font craindre une aggravation durable du chômage.
La Réunion détient déjà un triste record : notre pays compte désormais plus de personnes inscrites à France Travail que de salariés du secteur privé. Environ 209 000 demandeurs d’emploi pour 200 000 salariés. Ce déséquilibre traduit le résultat d’un système, le néocolonialisme qui vise à maintenir les Réunionnais dans le sous-développement et la dépendance à l’argent de la France.
Pourtant, au moment où cette situation exigerait une mobilisation générale, un nouveau bouleversement se prépare dans une indifférence presque totale : l’application de l’Accord de partenariat économique (APE) renforcé entre l’Union européenne, les Comores, Madagascar, Maurice et les Seychelles.
L’accord ne concerne plus seulement les marchandises. Il ouvre également les services, les investissements et les marchés publics. La Commission européenne est explicite : il s’agit de faciliter la fourniture de services transfrontaliers, de garantir un traitement équitable aux investisseurs et de favoriser les investissements dans de nombreux secteurs.
Les domaines concernés sont immenses : télécommunications, informatique, ingénierie, comptabilité, services financiers, conseil aux entreprises, transport maritime, activités numériques ou encore livraison. L’accord facilite aussi la mobilité temporaire de professionnels entre les pays signataires.
Des entreprises de Maurice, de Madagascar, des Comores ou des Seychelles disposeront demain d’un cadre juridique renforcé pour proposer leurs prestations sur le marché réunionnais. Les obstacles réglementaires seront réduits, les échanges numériques facilités et les investissements encouragés.
Pour les grandes entreprises européennes, cette évolution est une opportunité. Pour La Réunion, elle peut devenir un choc.
Car notre île ne se situe pas à Bruxelles. Elle est au cœur de l’océan Indien, à quelques centaines de kilomètres de pays où une jeunesse nombreuse et qualifiée travaille pour des rémunérations inféreures au RSA. Les activités de comptabilité, de développement informatique, d’assistance administrative, d’ingénierie ou de relation clientèle peuvent être réalisées à distance. Avec la généralisation du numérique, la proximité géographique et les faibles coûts de production renforcent encore cet avantage concurrentiel.
Ce sont précisément ces emplois productifs qui créent de la richesse à La Réunion. Contrairement aux emplois financés par les transferts publics, ils génèrent une activité économique durable. Leur affaiblissement entraînerait une diminution des recettes fiscales, de l’investissement privé et de l’emploi.
Nos voisins se préparent depuis longtemps à cette nouvelle étape de l’intégration régionale. Ils forment des ingénieurs, des comptables, des informaticiens et développent des filières exportatrices de services. Que fait La Réunion ? Où est la stratégie ? Où est la mobilisation des collectivités, des organisations patronales, des syndicats, des chambres consulaires et des parlementaires ?
Le plus inquiétant est ce silence. Alors que l’APE pourrait transformer profondément l’économie réunionnaise, aucun véritable débat public n’est organisé. Comme si l’avenir de milliers d’emplois ne méritait ni information ni discussion.
Pourtant, il est encore temps d’agir. L’accord n’est pas encore définitivement appliqué. Il reste possible de défendre la reconnaissance des spécificités de La Réunion et d’obtenir des protections comparables à celles dont bénéficient les pays voisins pour leurs secteurs stratégiques.
Faute d’une mobilisation rapide, La Réunion risque de franchir un nouveau seuil dans le sous-développement : devenir un pays où le nombre de chômeurs dépasse durablement celui des salariés créateurs de richesses. Cette perspective devrait être au cœur du débat politique. Aujourd’hui, elle est presque passée sous silence sauf par « Témoignages ».
M.M.
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