Emmanuel Macron et la montée des extrêmes : une énorme responsabilité

17 juin, par Reynolds Michel

Après une dissolution de l’Assemblée nationale (dimanche 9 juin) qui relève plus du coup politique — le fait du prince qui cherche désespérément à reprendre la main — plutôt que la recherche d’une politique au service du bien commun de la nation, le chef de l’État, Emmanuel Macron, lors de sa conférence de presse du mercredi 12 juin 2024, s’érige en toute incohérence en rempart contre les extrêmes, alors même qu’il a tout fait pour les favoriser, l’extrême droite tout particulièrement.

La vampirisation de l’électorat de gauche et de droite

Le 7 mai 2017, le soir de son élection, le jeune président Emmanuel Macron, arrivé en tête du second tour face à Marine Le Pen avec 66 % des suffrages, s’était engagé, vous vous en souvenez, à ce qu’il n’y ait « plus aucune raison de voter pour les extrêmes ». Et d’installer dans la foulée un face à face permanent avec Marine Le Pen et le Rassemblement national. Et ce, après avoir « vampirisé » l’électorat socialiste : au premier tour de la présidentielle de 2017, 60 % de ses électeurs étaient issus de la gauche contre 40 % de la droite et du centre droit (une majorité venait du PS) et « siphonné », d’autre part, une partie des cadres et des électeurs de la droite et du centre. Rachida Dadi, l’ancienne ministre sarkozyste, est la dernière prise de guerre du président Emmanuel Macron après Éric Woerth et une dizaine de députés de droite en 2022.

Deux ans plus tard, aux élections européennes de mai 2019, la liste du Rassemblement national (RN) menée par Jordan Bardella obtient 23 % des suffrages aux Européennes contre 22 % pour la liste présidentielle conduite par Nathalie Loiseau. Au soir du dimanche 24 avril du second tour de l’élection présidentielle de 2022, l’écart entre Marine Le Pen et Emmanuel s’est resserré : le président sortant arrive en tête avec 58,55 % des voix face à Marine Le Pen (41,45 %), soit 8 points de moins qu’en 2017.

Lors du deuxième tour des législatives du dimanche 19 juin 2022, la majorité présidentielle n’obtient que 245 sièges sur les 577. Autrement dit, en 5 ans, le parti présidentiel est passé de la plus large majorité à l’Assemblée nationale sous la Ve République avec 350 sièges dans l’hémicycle en 2017, à une majorité relative en 2022. Malgré la victoire, la majorité présidentielle ne parvient pas à atteindre la majorité absolue (289 sièges). Il convient de noter l’abstention très élevée (53,77 % des inscrits).
Net désaveu pour la majorité présidentielle en attendant un possible passage dans l’opposition lors des législatives du 30 juin et du 7 juillet 2024 ! Quant au pari du président E. Macron de faire reculer les extrêmes, c’est complètement raté : la NUPES (Nouvelle union populaire écologique et sociale) obtient 131 sièges et le Rassemblement national 89 sièges. Une percée historique pour le parti de Marine Le Pen, avec un puissant groupe à l’Assemblée nationale ! Une première depuis trente-six ans. La stratégie de normalisation et de banalisation du parti de Marine Le Pen et de ses idées par le président Emmanuel Macron a porté ses fruits. La responsabilité du chef de l’État dans la montée des extrêmes est donc indéniable.

La dérive droitière d’Emmanuel Macron

« Ni de droite, ni de gauche » était la promesse sur laquelle le président Macron a été élu, en 2017, en voulant dépasser et affaiblir les formations politiques à vocation majoritaire, de droite comme de gauche ou tout simplement ses adversaires de droite et de gauche. Mais dès 2018, au même moment où une partie de son électorat de gauche l’a quitté, il a commencé à se droitiser et son discours s’est infusé progressivement des idées de la droite, voire de l’extrême droite. Le sociologue Philippe Corcuff situe le virage de Macron à décembre 2018 :
« Pour répondre aux difficultés face au mouvement des Gilets jaunes, Macron va mettre le doigt dans les thèmes ultraconservateurs, en partie, en intégrant dans le débat « immigration, insécurité, laïcité, islamisme, etc., ce qui ne correspond pas à sa compagne de 2017. On voit après, dans ses discours, comment il va contribuer à légitimer une série de thèmes jusqu’à la loi sur le séparatisme. Donc le macronisme a été à la fois aimanté par l’extrême droitisation et a été un agent qui a favorisé l’extrême droitisation » (P. Corcuff, février 2022).

Pour Cécile Alduy, professeure à Stanford et spécialiste d’analyse du discours politique, les thèmes les plus clivants étaient déjà portés de longue date par l’aile droite de LREM. « La nouveauté, explique-t-elle, tient plutôt dans un double mouvement : d’Emmanuel Macron vers le terrain linguistique et idéologique de l’extrême droite, alors qu’il a été élu sur l’idée d’en être le rempart, et de ses ministres ou députés déjà de droite, qui renchérissent sur le RN et LR » (France info, 15/05/2021).

Bref, élu, en 2017 grâce à un électorat plutôt de gauche pour mener une politique qui sera « et de droite, et de gauche », Emmanuelle Macron va glisser du centre gauche vers le centre droit et à droite dès son premier mandat. L’idée de gouverner autrement s’est vite fracassée. En 2022, il vise sans aucune ambiguïté une réélection à droite, comme en témoigne son programme économique. Son second mandat est marqué de fait par une droitisation accentuée : la loi immigration, son mépris de la démocratie sociale et parlementaire, le lien qu’il fait entre immigration et terrorisme, verticalité, autoritarisme, etc. D’où la désertion d’une partie de son électorat aux élections européennes de juin 2024 et défaite de son parti. Et dans la foulée une dissolution de l’Assemblée nationale au pire moment, alors que l’extrême droite n’a jamais été aussi proche du pouvoir.
Après avoir été élu deux fois face à l’extrême-droite grâce aux voix de la gauche sans en tirer la moindre conclusion malgré ses promesses, après avoir méprisé la démocratie sociale et parlementaire (réforme des retraites) et ignoré les aspirations citoyennes, Emmanuel Macron ne peut plus donner des leçons de républicanisme. Après la droitisation de son parti et de son électorat, après sa légitimation et sa banalisation du RN, le chef de l’Etat ne peut plus se poser en rempart contre l’extrême-droite, d’autant plus que le pacte républicain qu’il avait promis a viré au fiasco. Le Front Populaire est le seul rempart contre le fascisme : « Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : C’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer. Et puis, un jour, on le prend dans la gueule et il est trop tard pour », disait Françoise Giroud.

Reynolds Michel

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